Lille, capitale de la recherche européenne pour trois jours (UACES)

Lille, capitale de la recherche européenne pour trois jours (UACES)

Du 5 au 7 septembre, les plus grands chercheurs et enseignants spécialistes de l'Union Européenne se sont rassemblés à Lille pour leur 52e conférence annuelle. Plusieurs panels ont également eu lieu le 8 septembre en ligne. L'occasion de présenter leurs recherches auprès de leurs confrères et consœurs, mais aussi de se mettre à jour quant aux derniers travaux universitaires réalisés dans une multitude de domaines. Politique étrangère, sport en Europe, énergie ou encore avenir de l'UE, tous les sujets ont été balayés.

LUNDI 5 SEPTEMBRE

Lors du premier jour de l'UACES, Duncan Freeman, maître de conférence à l'ICHEC Management School de Bruxelles, présentait ses recherches sur les discours et récits que la Chine livre d'un côté à sa population, et de l'autre au reste du monde.

Comme tout pays cherchant à servir ses intérêts au mieux sans se préoccuper du regard d'autrui, la Chine adapte son récit en fonction de son interlocuteur. Une stratégie qui ne passe pas inaperçue depuis l'Europe, et qui inquiète grandement les observateurs. Car si l'on pourrait penser que la Chine joue le rôle du méchant et l'Occident celui des gentils, cette dichotomie représente un danger qu'il faut à tout prix éviter d'après Duncan Freeman.

Interview réalisée en anglais

Maitre de conférence en droit du sport Européen à la Edge Hill University en Angleterre, Andrea Cattaneo est avant tout un passionné de sport et un fier supporter de l'Inter Milan en football. Lundi 5 septembre, il participait au panel intitulé "L'impact de la gouvernance Européenne sur la vie quotidienne : le cas du sport à travers l'Europe".

Un moment de réflexion sur l'interaction entre clubs, ligues, fédérations et gouvernements, qui a notamment permis de tracer les contours du "modèle sportif européen" basé sur le jeu et la compétition, contrairement au modèle américain dont le but principal est la quête de profits. Deux philosophies difficilement conciliables, ou plutôt, que les européens ne souhaitent pas mélanger, ce qui explique en partie l'échec de la Superleague européenne de football dont Cattaneo est devenu expert.

Interview réalisée en anglais

MARDI 6 SEPTEMBRE

Pour Patrick Bijsmans, professeur à l'Université de Maastricht en études Européennes et spécialiste de l'Euroscepticisme, la montée de cette défiance peut légitimement faire peur. Ceci dit, ce ne serait pas une mauvaise chose pour autant. En effet, derrière chaque critique se cache un reproche pouvant être pris en considération par le destinataire. Une opportunité bienvenue pour mener une sorte d'introspection et progresser vers un meilleur fonctionnement. Si cela vaut pour tous les domaines, c'est d'autant plus vrai dans l'Europe des 27, où certains membres pourraient regarder vers l'Est, avec la tentation de s'identifier à des pays de traditions autoritaires.

Interview réalisée en anglais

Le programme de l'UACES est en grande partie composé d'une multitude de panels thématiques répartis sur plusieurs jours. Ceci dit, plusieurs séances plénières de haut niveau sont également proposées en début de journée.

Mardi matin, l'Amphithéâtre Teilhard de Chardin de l'Université Catholique de Lille accueillait cinq des plus éminents chercheurs en science politique Européenne pour réfléchir autour des "Nouvelles directions pour le futur de l'Union Européenne". Parmi eux, Amelia Harfield, Professeur et cheffe du département de Politique à l'Université de Surrey au sud-ouest de Londres. Son champ d'expertise : l'énergie en Europe. L'occasion de comprendre comment cette thématique qui n'intéressait pas grand monde hier est aujourd'hui au cœur des préoccupations.

Interview réalisée en anglais

MERCREDI 7 SEPTEMBRE

Invité du panel "Quel avenir pour la France en Europe ?" des UACES de Lille, l'historien et écrivain Joseph De Weck y a présenté Emmanuel Macron: Der revolutionäre Präsident (VF : le président révolutionnaire). Un ouvrage qui est (d'après lui) sans équivalent en Allemagne "puisqu'aucun autre chercheur ne s'était intéressé [en Allemagne] au parcours atypique du chef de l'Etat jusqu'à aujourd'hui".

Une discussion d'une heure et demi durant laquelle il a été interrogé aux côtés de trois autres experts de la France et de la politique Européenne sur plusieurs sujets : l'image de la France sur le continent, le poids politique et diplomatique de l'Hexagone au sein des 27, ou encore le bilan d'Emmanuel Macron dans les dossiers Européens lors de son premier quinquennat.

En Europe de l'Ouest, le concept de "populisme" est souvent vu comme une technique utilisée par des politiciens faignants, consistant à séduire les citoyens en leur racontant ce qu'ils souhaitent entendre sans pour autant prendre en compte la complexité de certaines situations. Plus à l'Est, ce mot n'a pas la même couleur.

En Pologne par exemple, le "populisme" renvoie davantage à la nation, aux ethnies, aux racines du pays. Comme expliqué par Natasza Styczyńska lors du panel "Perceptions de la Nation en Europe et récits populistes en Europe Centrale et dans les Balkans", de nombreux pays d'Europe Centrale et de l'Est n'ont pas épousé les idéaux de multi-culturisme, multi-ethnicité ou mixité sociale contrairement à la France, au Royaume-Uni ou à l'Allemagne.

Ce domaine la chercheuse l'étudie au quotidien à la Jagiellonian University de Cracovie en Pologne. Ses analyses, Natasza Styczyńska s'en sert également pour enrichir deux autres projets européens de recherches auxquels elle participe : "Union Européenne Différentiation, Dominance et Démocratie" et "Populisme en Europe Centrale et Europe de l'Est : FATIGUE et POPREBEL (Populist Rebellion Against Modernity)".

Interview réalisée en anglais

Photo : UACES