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La solidarité ne s’improvise pas – Véronique Trillet-Lenoir, médecin et eurodéputée

Written by on 13 mars 2020

Comment l’Europe peut et doit réagir face au Covid 19, nous avons posé la question à Véronique Trillet-Lenoir, cancérologue et eurodéputée du groupe renew, membre de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire

En tant que député européenne et médecin, pouvez-vous dire que la France répond de la bonne façon à la crise et à la problématique qui nous est posée ?
Les mesures annoncées au niveau national par le président Macron, vont dans le sens de ce que prônent les spécialistes de l’épidémiologie et de l’infectiologie. C’est-à-dire au stade où nous sommes de l’épidémie, il importe, non pas d’éviter la propagation du virus, qui se fera vu sa contagiosité, mais de retarder au maximum l’apparition du pic épidémique. Le pic épidémique est celui qui met en tension de manière dangereuse, l’économie mais surtout les hôpitaux et les systèmes de santé. Parce que plus le pic épidémique est élevé, plus vous avez en même temps de personnes qui sont touchées, donc beaucoup de personnes qui ne peuvent pas aller sur leur lieu de travail. Ce qui est évidemment très préoccupant concernant les hôpitaux.


Quand on voit l’Italie qui est obligée de faire appel à la Chine pour se faire livrer en urgence du matériel médical pour les hôpitaux, est-ce qu’il n’y a pas un loupé de l’Union Européenne ?
On voit à l’occasion de cette crise, c’est l’un de ses rares mérites, toute la fragilité des compétences en santé de l’Union Européenne, qui s’appellent des compétences d’appui, ce qui ne fait que traduire qu’il s’agit de compétences extrêmement faibles. Elles se limitent à la capacité de faire des recommandations, de faire de la veille sanitaire, de débloquer des fonds pour du rapatriement, de l’acheminement de matériel mais pas d’avoir une coordination suffisante des options. Et la solidarité ça ne s’improvise pas ! La solidarité en matière d’échanges de matériel, ça s’anticipe, ça se prévoit et ça s’active au moment de la crise. Donc nous avons effectivement une Union Européenne, qui n’a pas la capacité à prendre des décisions suffisamment fortes, pour gérer ce type de problème. Il faudra bien évidemment en tirer toutes les leçons pour l’avenir.


Certains de vos collègues souhaitent mettre en place un renforcement de la souveraineté stratégique, à l’image des médicaments qui ne sont plus fabriqués en Europe, c’est une initiative que vous soutenez ?
Je fais bien évidemment partie de ceux qui considèrent que nous avons perdu une forme de souveraineté économique et sanitaire européenne et le meilleur exemple ce sont les médicaments. L’explication est multiple mais la principale cause est liée au fait que 80% des substances actives des médicaments sont fabriquées en dehors de l’Union Européenne et en particulier en Chine. La crise actuelle nous montre cette dépendance qui va nous obliger à nous pencher sur des relocalisations de sites de productions dans le périmètre de l’Union Européenne.


Avant d’être eurodéputée, vous êtes aussi cancérologue. Quand vous discutez avec vos collègues ce sont vos réflexes d’eurodéputée ou de médecin qui parlent ?
Probablement un petit mélange des deux. Mais il est certain que mon passé de médecin me donne un regard de santé publique qui m’a conduit premièrement à m’emparer des sujets de santé publique au Parlement Européen ; qui m’a conduit également à être parmi ceux qui ont le plus rapidement alerté le Président Sassoli sur la nécessité de prendre des mesures au sein même du Parlement Européen. C’est également ce regard de médecin qui me fait voir que cette crise sanitaire du coronavirus, elle nous montre simplement que la santé est un déterminant absolument majeur de nos sociétés. On devrait, et je plaidais pour ça bien avant la crise, instiller de la santé dans toutes les politiques. Ne pas confiner les actions de santé simplement aux soins ou à la préventions, mais bien vouloir considérer que dans le transport, dans l’emploi, dans l’économie, que dans tous les secteurs d’activité, il faut penser à la santé.


Comment continuez vous votre travail d’eurodéputé dans la situation actuelle ?
On peut continuer à assurer tout le travail de communication entre nous par les très nombreux moyens de communication qu’on a, d’autant que les assistants parlementaires sont munis de tablettes pour accéder au serveur du parlement. On partage toutes les informations. Ce qui est irremplaçable c’est le facteur humain qui nous permet entre eurodéputés de discuter, de faire des compromis et vous savez à quel point c’est une fonction importante au parlement. Et puis bien évidemment la partie législative où on vote est également suspendue. La priorité a été donnée à la santé publique et je m’en réjouis. Les activités parlementaires se poursuivent sous forme virtuelle, mais la période va forcément réduire un petit peu les décisions et les directions qui seront prises.


Il y a beaucoup d’interrogations sur la durée d’un épisode infectieux comme le Covid-19. En tant que médecin, est-ce que vous avez une appréciation de ce que l’Europe va être amenée à traverser et combien de temps ça pourrait durer ?
C’est un virus qui est totalement inconnu. Les seules informations dont on dispose viennent d’un pays qui a été contaminé très longtemps avant les autres et qui est la Chine. Pays qui a eu une période de deux à trois mois avant de pouvoir lever les mesures drastiques qui ont été prises là-bas. On peut imaginer que dans des conditions qui ne sont peut-être pas comparables, avec une connaissance du virus qui s’affine, on arrive à cantonner cette épidémie à quelques mois. Ne me faites pas dire “ça va durer deux ou trois mois”, c’est simplement une extrapolation de ce qui s’est passé en Chine.


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