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Peine de mort: un débat raisonnable?

Written by on 9 octobre 2020

À l’occasion de la 18ème journée mondiale contre la peine de mort la France se pose encore l’éternelle question: faut-il réintroduire la peine de mort? Selon Albert Camus l’exécution capitale constitue “la plus prémédité des meurtres”.

Pas tout le monde est d’accord: Même si jusqu’en 2019, 142 pays ont aboli la peine de mort dans leur législation ou en pratique, 56 pays la pratiquent encore. Une forte opposition à l’abolition de la peine de mort persiste en Asie, dans le monde arabe et aux États-Unis. Pour sa part, l’Union européenne a développé un rôle de leader dans la lutte contre la peine de mort. C’est pour ça que tous les États membres l’ont abolie conformément à la Convention européenne des droits de l’homme.

Pour parler du passé, présent et futur, Raphael Chenuil-Hazan, directeur executif de l’ONG “Enseble Contre la Peine de Mort”. Bienvenue.

J’ai mentionné Albert Camus, mais cette question a existé depuis la naissance de la société. Quel a été en bref le parcours politique qui a porté à l’abolition en France?

La France des lumières a élaboré la question des pénalités, la question de la justice : le premier d’entre eux c’était Cesare Beccaria, un italien, un toscan, qui a poussé le Duché de Toscane à abolir la peine de mort dès du XVIIIème siècle. À la suite beaucoup d’intellectuels, comme Voltaire, ont repris cette idée de l’abolition pour arriver à la Révolution française. Même si le symbole de la Révolution française est la guillotine et si elle est connue aujourd’hui pour avoir été une révolution sanglante, pendant la première constituant dans le premier projet de loi il y avait un projet d’abolition de la peine de mort.  

Il y avait les penseurs des lumières comme Victoire Hugo, le grand homme politique, écrivain, penseur, intellectuel qui a porté le combat de sa vie pour l’abolition de la peine de mort. Il a été suivi au 20e siècle par des personnalités comme Jean Jaurès, Albert Camus, Arthur Kessler, pour arriver à cette évolution dans la loi en 1981 porté par le Guard des Sceaux de l’époque Robert Badinter et par le Président de la République François Mitterrand.

Selon un recent sondage d’Ipsos en France, 55 % des français serait à faveur de la reintroduction de la peine de mort. Vous avez écrit un article très critique à propos de ce sondage, en déplorant une manipulation politique du sujet. Pourquoi selon vous la peine de mort n’est pas un sujet de sondage comme un autre?

Aujourd’hui la peine de mort c’est un sujet très instrumentalisé par des hommes et des femmes politiques assez peu scrupuleux. En France, un retour à la peine de mort est impossible, il faut que ce soit très clair : nous ne pouvons plus revenir en arrière. Nous n’utilisons plus le supplice de la roue pour faire parler les gens, nous avons abolis l’esclavage, donné le droit de vote aux femmes, arrêté de justifier la colonisation et ça c’est un bien. Au gré des sondages, au gré de l’opinion publique, nous ne devons plus revenir en arrière. Ça c’est un sondage biaisé et utilisé soit par l’extrême droite comme un cri de ralliement virtuel parce que ce n’est pas possible. En Hongrie, Philippines, Turquie partout où il y a une tentation de retour en arrière, ils utilisent le thème de la peine de mort.  
Erdogan dit qu’il va réinstaurer la peine de mort pour faire appel à ce qu’il y a de plus bas dans l’instinct humain, la pulsion de mort comme Badinter l’appelle. 

Je pense qu’une partie du problème vient de l’absence d’information dans la société, par exemple quand on regarde les statistiques sur la criminalité ou sur les migrations. Mais l’abolition de la peine de mort a vraiment eu un impact sur les pays et les société?

Souvent quand on fait appel à la question de la peine de mort, il y a des peurs (des fois réelle et justifiées) qui sont instrumentalisée pour nous faire sentir vulnérables, peu importe qu’elles soient réelles ou pas, il est dans les têtes des concitoyens et donc intégralement permet de faire croire à une réponse facile, une baguette magique qui nous permettrait d’enlever le Covid, la mort, la peur, la guerre, etc.  

C’est vrai que, si on écoute les sondages, on est à deux doigts de la réintroduction de la peine de mort en France et puis également en Pologne, en Hongrie. En fait, la réalité c’est que nous étions le 35eme pays au monde à l’abolir et, aujourd’hui, l’application est totalement inversée : nous sommes 114 pays à avoir aboli la peine de mort. Donc il y a presque ¾ des pays représentes à l’ONU qui n’utilisé plus la peine de mort, et une petite dizaine qui la pratique régulièrement. 

Tous les arguments rationnels sont en faveur de l’abolition de la peine de mort et les sociétés les plus sécurisés sont les sociétés qui ont abolis la peine de mort : aux États-Unis les états qui l’ont aboli ont vu leur taux de criminalité diminuer par rapport aux états qui la pratiquent encore. Sans parler des cas d’innocence, d’erreurs judiciaires, de discrimination raciale, ethnique. La peine de mort sera toujours utilisée comme argument politique pour se débarrasser de quelqu’un d’encombrant, d’un opposant, pour dire “j’ai le droit de vie ou de mort sur vous mes citoyens, donc tremblés”.

La vague de démocratisation et d’enlargement des droits aujourd’hui laisse la place à des discours à faveur ou pas suffisamment contraire, à la réintroduction de la peine de mort. Je pense à l’Europe d’aujourd’hui à la Pologne et à l’Hongrie.

Le discours a toujours existé, c’est faux de penser que quand il n’y a plus de démocratie, de démocratie participative on laisse le champ libre à la réintroduction de la peine de mort. J’ai fait l’exemple du président de la Turquie, de la Hongrie, de la Pologne, où on a vraiment vécu ces dernières années une diminution de l’esprit démocratique.  

Je prenais l’exemple du droit des femmes de voter, il y avait des gens dans le passé qui pensais que c’était inadmissible, aujourd’hui les personnes ne se posent plus la question. La même chose doit être fait avec la peine de mort : il faut arrêter de penser que dans une justice et une société moderne on doit pouvoir proposer ce type de pénalité.

Si on pense aux combattants étrangers qui doivent être processé, une proposition serait d’éviter les tribunaux nationaux en faveur d’un tribunal internationale. Selon vous ça va garantir une majeure impartialité?

La question est aussi géopolitique : on va parler les atrocités fait de Daesh, mais on doit aussi parler des autres acteurs, comme Bachar el-Assad et ses hommes, Hezbollah et à tous les acteurs qui ont massacré le peuple syrien, qui ont massacré a aussi les Kurdes. Donc, je pense que faire un tribunal international c’est impossible, pour des questions logistiques, des questions de moyens, des questions de temps, parce qu’il faut des dizaines d’années pour le mettre en place et il n’y a aucun lieu et aucun pays qui peut l’accueillir.

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