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Faut-il s’inquiéter de la chute de la natalité en France et en Europe ?

Écrit par sur 26 mars 2021

En France, la natalité serait au plus bas depuis 1945. Selon l’Insee, le nombre de naissances enregistrées en France en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020. En Europe, de nombreux autres pays font face à une chute de leur natalité.

Pour en parler, Euradio a reçu Gilles Pison, démographe, professeur au et chercheur associé à l’INED, l’Institut national d’études démographiques.

Euradio : Est-ce que cette baisse de la natalité en France est liée à la crise sanitaire ?

Gilles Pison : Oui, cette baisse des naissances est liée à la crise sanitaire et au-delà, à la crise économique et aux interrogations dans la société. Elle va probablement perdurer pendant une grande partie de l’année 2021. C’est-à-dire que tous les enfants qui vont naître au cours des différents mois de l’année 2021 ont été conçus pour la plupart en 2020. A priori, toute l’année 2021 devrait avoir un nombre de naissances plus faible que l’année 2020.

Le bilan des crises économiques survenues, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, montre que souvent, neuf mois après le début d’une crise, le nombre de naissances diminue. C’est une diminution qui est temporaire, qui est due au fait qu’une partie des couples et des femmes qui souhaitent avoir un enfant reportent leur projet à plus tard. Donc la montée du chômage, l’incertitude quant à l’avenir pousse un certain nombre de couples, à reporter leur projet d’enfant. Mais ce n’est qu’un report. Ce ne sont pas des naissances qui n’auront pas lieu, ce sont des naissances qui auront lieu plus tard. À voir si pour cette crise qui n’est pas seulement économique, mais sanitaire au départ, et qui touche la société, on va observer une récupération en sortie de crise. Est-ce qu’elle va être totale ou partielle ? Ce sont des questions que l’on peut se poser.

Vous avez aussi publié dans la revue Population & Sociétés un article qui s’intitule “France, la fécondité, la plus élevée d’Europe”. Vous montrez dans cet article que la France se classe dans le groupe des pays du Nord de l’Europe avec un fort taux de fécondité. Les pays du Sud comme l’Espagne, l’Italie, Chypre ou encore la Grèce, enregistrent quant à eux des taux de fécondité beaucoup plus faibles. Qu’est-ce qui explique ces disparités ?

Pour l’expliquer, il faut chercher des facteurs économiques et sociaux. Les pays du Nord de l’Europe sont les pays où concilier le travail et la famille est peut être le plus aisé, même si ce n’est pas facile, notamment pour les femmes. En tout cas, c’est plus aisé que dans les pays du Sud de l’Europe. Aujourd’hui, les jeunes femmes, les nouvelles générations de femmes souhaitent avoir des enfants comme leurs mères, mais souhaitent aussi exercer un travail. Ce sont dans les pays où cette conciliation est la plus aisée que les femmes ont le plus d’enfants. Les pays du Nord de l’Europe sont les pays où la proportion de femmes qui sont actives est la plus élevée. Il y a 50 ans, on pensait que pour que il y ait plus de naissances, il fallait que les femmes retournent à la maison, et bien c’est l’inverse. C’est dans les pays où les femmes travaillent le plus qu’elles ont le plus d’enfants.

Cette chute de la natalité inquiète beaucoup. En Italie par exemple, ou encore en Hongrie, où des politiques natalistes ont été instaurées. Faut-il vraiment s’inquiéter de cette baisse de la natalité ?

A terme, cela conduit à une diminution de la population parce qu’il y a moins de naissances et c’est aussi en raison du vieillissement démographique rapide de la population. Il faut savoir que le vieillissement de la population, c’est un phénomène qui touche tous les pays du monde et qui vient d’abord parce qu’on vit de plus en plus longtemps. Il vient aussi parce que dans certains pays, les naissances sont de moins en moins nombreuses donc la pyramide des âges se rétrécit à la base. Ce n’est pas le cas de la France. Il y a un nombre de naissances chaque chaque année assez stable depuis très longtemps. Il y a aussi des pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal où le nombre de naissances diminue vite d’année en année, ce qui accélère le vieillissement démographique. Ce n’est pas en soi un problème, le vieillissement démographique, mais quand il est rapide, ça veut dire qu’il faut le gérer. Il faut gérer partout, mais c’est un défi plus important.

Quel regard portez-vous sur ces mesures et ces politiques natalistes ?

Les politiques purement natalistes ont souvent peu d’effet. Il y a aussi des pays comme la Russie qui ont mis en place des politiques natalistes avec le “capital maternel” pour pousser les femmes à avoir plus d’enfants. Alors parfois on on observe une augmentation des naissances suite à ces mesures, mais c’est temporaire. Certaines femmes, certains couples profitent de l’aubaine pour avoir les enfants qu’ils souhaitaient avoir plus tard. Mais sur le long terme, il y a peu d’effets et donc il ne faut pas forcément attendre de cette politique nataliste un changement de fond du régime démographique. Ce sont plutôt des mesures sociétales comme celles des pays du Nord de l’Europe qui visent à assurer une conciliation plus facile entre travail et famille et une égalité entre hommes et femmes. On s’aperçoit que, indirectement, une politique familiale favorise les naissances, sans qu’elle ait de but nataliste au départ.


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