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Estefanía mexicaine française européenne

Écrit par sur 15 décembre 2021

Estefanía Vazquez Acevedo a 29 ans, originaire du Mexique, elle vit en France depuis 7 ans et a obtenu cette année la nationalité française. Portrait

J’étais une grande rêveuse et  peut-être aussi une grande voyageuse, ce qui va avec. J’ai fait des études aux États-Unis, un volontariat en Chine et des voyages un petit peu partout. C’est compliqué à expliquer. Il y a certainement une raison bien plus profonde que ça, mais la France, m’a toujours plue. C’est un sentiment très étrange, mais je me suis sentie chez moi tout de suite. 

Quelle vision aviez-vous de la France et de l’Europe quand vous étiez plus jeune? 

Alors, la culture pour la France. C’est le symbole de la liberté, les Lumières. Ce sont les cafés parisiens avec les grands artistes qui sont dans les musées, qui discutent. En fait, c’était une idée peut être très romantique de la France. J’adore la langue aussi, la sonorité tout simplement du français, me paraît toujours très belle. Plus on connaît, plus on aime !

L’Europe, je trouvais le concept, humainement parlant, assez beau et économiquement parlant aussi évidemment. Cette notion de rassemblement, d’unité, de créer un ensemble de pays qui en fasse un seul. 

Aujourd’hui, est-ce que le Mexique considère la France et l’Europe comme des partenaires économiques ou plutôt culturels ?

Le Mexique est un pays d’exportation, très ouvert à l’international. Le traité commercial le plus connu et le plus important est celui qu’on détient avec le Canada et les États-Unis. Mais effectivement, il y a un traité commercial également avec l’Union européenne. C’est un continent éloigné du Mexique, géographiquement mais pas économiquement.

 Il y a beaucoup d’associations et d’organismes qui font la promotion de la France au Mexique : promotion de la culture, du cinéma, de la littérature française. Il y a des institutions comme Campus France, c’est une institution française, qui est bien implantée au Mexique et favorise les échanges culturels. Quand j’étais étudiante à l’université, je faisais une fois par an, le festival du cinéma français dans ma ville, Guanajuato.

Après avoir parcouru une partie du monde. Vous êtes maintenant fixée en Vendée. À quel moment avez- vous souhaité prendre la nationalité française et pourquoi? 

Ça a été un choix, j’ai fait un master en France et la loi française permet aux étrangers souhaitant accéder à la nationalité française de la solliciter après deux ans d’études. Mais je n’ai pas souhaité faire ma demande à ce moment – là. Je manquais de recul, je ne me sentais pas encore prête à l’acquérir, à la mériter. Je l’ai fait  il y a deux ans. Je me suis sentie prête à faire ce dernier pas envers l’intégration de la culture française dans ma vie. 

Je travaille en France, mon conjoint est français. J’ai des amis en France, je fais ma vie en France, je paye mes impôts en France, je vis en français, je parle français, je mange du fromage, je bois du vin. Enfin voilà une partie de moi est déjà française.

J’aime dire toujours que je suis un hybride entre les deux cultures :  je ne suis ni totalement mexicaine, ni totalement française, je suis l’ensemble des deux nationalités, des deux identités qui créent une seule personne, moi ! Pour moi, c’était nécessaire d’un point de vue social, identitaire aussi. C’est l’aboutissement de l’intégration. C’est presque tout simplement, se sentir légitime pour de vrai. 

Ça revient beaucoup dans ce que vous dites. Je ne l’ai pas demandée tout de suite, parce que je ne pensais pas la mériter. Vous sentez que ça vous engage d’avoir aujourd’hui cette nationalité française? 

Bien sûr, c’est un engagement envers le pays et envers la société aussi. En fait, je m’engage à respecter certaines lois, certaines façons de vivre, c’est vraiment une intégration. D’autant plus que je vis dans ce pays, donc j’ai une part de responsabilité,  des droits et des obligations tout simplement.

Vous vous souvenez de la date où le décret est paru au Journal officiel? 

Oui, bien sûr. Un grand moment de ma vie… Je regardais tous les jours, et le jour où mon nom est apparu, je n’ai pas regardé, c’est mon conjoint qui m’a annoncé l’heureuse nouvelle !

Qu’est ce qu’on ressent à ce moment-là? 

C’est étrange, c’est l’aboutissement de beaucoup de projets. Encore une fois, c’est l’intégration complète, c’est un sentiment de légitimité. Je pense qu’il faut vraiment vouloir être expatrié. Pour ma part, c’est un choix. La situation administrative peut parfois être éprouvante, donc il faut vraiment le vouloir, ne pas se décourager, il faut tenir. Et, lors de cette annonce, il y a toutes ces années d’épreuves qui ont valu la peine. 

Bien sûr, vous n’oubliez pas votre famille proche, vos parents, votre sœur qui vivent au Mexique. Comment eux-mêmes ont- ils ont vécu votre démarche ?

Mes parents ont un sentiment mitigé, je pense. Pour eux, c’est aussi l’enfant qui part de la maison. Ils ont compris que j’étais installée et heureuse à 10 000 km. Mais, je pense qu’en tant que parents, ce n’est jamais facile à accepter. Ils sont un peu tristes que j’ai décidé de faire ma vie loin. 

Avec la nationalité française, vous êtes aussi devenue européenne. Je crois que vous avez eu l’occasion de voyager. Qu’est ce que ça change de voyager avec un passeport européen plutôt qu’avec un passeport mexicain? 

– Ca change tout. J’ai malheureusement été un jour de grève à l’aéroport donc il y a cette différenciation entre les passeports européens, les non européens. C’était la toute première fois que j’utilisais ce passeport et j’ai pu passer sur les contrôles automatiques, ce qui est plus rapide. Surtout l’Union européenne, c’est fort comme identité, 

Vous vous intéressez à la vie française, vous l’avez dit.  2022 est une année d’élection présidentielle. Vous allez participer pour la première fois à élire le Président de la République française, qu’est ce que vous pensez en général du débat dans cette campagne? 

C’est un des traits caractéristiques de la France et des Français en général, l’ouverture au débat. C’est une pratique qui est dans l’ADN de tous les Français. Ce n’est pas forcément le cas au Mexique. On a un petit peu plus de mal à exprimer des avis différents et argumentés. C’est une des choses que j’adore de la France, c’est cette liberté de parole, cette envie de débattre. 

J’ai mon propre avis, mais ce qui est réellement génial, c’est que tout le monde peut avoir le sien aussi. Cette liberté d’expression, fait partie intrinsèque de la France, donc je ne serais pas française, si je me sentais gênée avec des avis qui diffèrent du mien. 

La France va prendre la présidence de l’Union européenne à partir du 1er janvier prochain qu’est ce que vous attendez de l’Europe ou qu’est ce que vous auriez envie que la France fasse avancer en Europe? 

Le climat, c’est un vrai sujet. Pour les années à venir, il faut être acteur.  On est un pays fort qui a de l’importance en Europe et dans le monde. On est un pays aussi qui est un exemple ailleurs. Je pense que le climat, j’espère, sera une des priorités dans l’agenda. 


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