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Ukraine-Russie : quelle place de l’Europe dans le conflit ? – Hashtag PFUE avec Joséphine Staron

Écrit par sur 4 mars 2022

Comme chaque semaine, nous retrouvons Joséphine Staron, directrice des études et des relations internationales chez Think Tank Synopia, le laboratoire des gouvernances, pour sa carte blanche de la Présidence française de l’Union européenne.

On a beaucoup entendu dire ces derniers jours que les Européens étaient encore trop timides dans les sanctions imposées à la Russie. Est-ce un aveu de faiblesse de l’Europe ?

Non on ne peut pas dire ça, d’autant que les sanctions qui ont été décidées sont d’une ampleur inédite : elles touchent quasiment tous les secteurs économiques et commerciaux, ainsi que les oligarques et même Vladimir Poutine directement. Contre toute attente, l’Union européenne a su réagir très vite face à ce qui a été une offensive d’une extrême rapidité et brutalité de la part de la Russie. Et elle a su réagir de manière unanime. Alors qu’on sait que depuis longtemps en Europe, les États membres ont des positions un peu divergentes concernant la Russie. Certains étaient même très frileux à l’idée de durcir encore les sanctions. 

Vous pensez aux Allemands ? 

Oui notamment. Les Allemands étaient jusque-là réticents à l’idée de s’opposer de manière plus frontale à la Russie de Vladimir Poutine. Et il faut les comprendre puisqu’ils sont dans une situation de forte dépendance vis-à-vis de la Russie, notamment vis-à-vis des importations de gaz. Les chiffres sont édifiants : la part du gaz russe dans la consommation nationale en Allemagne représente presque 50 % ! Ce qui veut dire concrètement qu’en cas de conflit ouvert avec la Russie, si Poutine décide de couper les vannes, l’Allemagne rencontrera des difficultés d’approvisionnement sans précédent. Donc ça explique qu’ils aient été réticents au départ. Mais ils ont quand même accepté de suspendre les autorisations de mise en service du pipeline Nord Stream 2, le gazoduc construit pour faire transiter le gaz directement de la Russie vers l’Allemagne, sans passer par l’Ukraine. Et cette décision est très importante puisqu’elle implique un risque de fragilisation de l’Allemagne en termes d’approvisionnements énergétiques. 

D’autres pays européens ont cette même dépendance à la Russie ? 

Oui, il faut bien comprendre que l’interdépendance entre l’Europe et la Russie s’est accentuée ces dernières années dans de nombreux secteurs, l’énergie bien sûr avec les importations de gaz et de pétrole, mais aussi dans l’agriculture, notamment l’importation de blé. L’Italie est la deuxième économie la plus dépendante de la Russie en matière d’importation de gaz, et comme son économie est en moins bonne santé que celle de l’Allemagne, et bien s’il y avait des ruptures d’approvisionnements, elle serait probablement encore plus impactée. 

Donc ça veut dire que les Européens prennent des sanctions tout en sachant qu’elles auront des conséquences négatives pour nous et pas uniquement pour la Russie ?

Oui même si les gouvernements européens et l’Union européenne ont tous annoncé qu’ils essaieraient au maximum de compenser les dommages que les sanctions pourraient causer en Europe. Mais c’est pour ça qu’il faut voir ce train de sanctions comme quelque chose d’assez inédit puisque les États européens changent d’attitude. Si on prend à nouveau l’exemple de l’Allemagne, c’est très visible. Non seulement ils acceptent de revoir leur politique en matière d’approvisionnement énergétique, mais en plus, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, les Allemands vont livrer des armes de guerre à un autre pays. C’est inédit et ça révèle un changement de politique fort de la part de la coalition au pouvoir et du Chancelier Olaf Scholz. Autre fait inédit, si j’ose dire inespéré, l’Allemagne a déclaré vouloir augmenter le budget alloué à la défense, ce qui était jusque-là un sujet tabou pour les Allemands. 

Il y a une autre question qui était un peu un tabou jusqu’à présent aussi, c’est celle de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Le Président ukrainien en a à nouveau fait la demande mardi auprès du Parlement européen. A-t-il une chance d’être entendu ? 

La question de l’adhésion de l’Ukraine n’est pas nouvelle. Les premières négociations ont commencé dès 2007. Mais le gouvernement ukrainien en place était réticent à l’époque et préférait se tourner vers la Russie. Il a donc fallu attendre encore 7 ans pour que les négociations se concrétisent davantage. C’est en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, que l’UE décide d’un large programme d’appui en faveur de l’Ukraine d’un montant de 11 milliards d’euros sur une période de 7 ans. Et en 2017, l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine entre en vigueur. Il a notamment 3 objectifs : approfondir les liens politiques, renforcer les liens économiques et faire respecter les valeurs communes. L’accord d’association est vu comme un préalable à toute demande d’adhésion d’un État. C’est la première étape on va dire. 

Donc le processus d’adhésion a déjà été lancé ? 

C’est l’enjeu économique. Si le processus d’adhésion est si long c’est parce qu’il faut préparer l’État candidat et son système politique, économique, social et juridique à intégrer l’acquis communautaire. Il faut donc qu’il mène au préalable des réformes structurelles importantes pour que l’entrée dans l’UE ne provoque pas un choc trop important. C’est notamment la question de la viabilité de l’économie de marché du pays et sa capacité à faire face à la pression concurrentielle du marché intérieur. La convergence économique ne peut pas se faire en un jour, ça prend du temps, et c’est à ça que servent les différentes étapes du processus d’adhésion. Se précipiter serait probablement contre-productif pour les Ukrainiens, et cela n’empêcherait de toute manière pas Vladimir Poutine de poursuivre son invasion. 

 Photo Paul Zinken/DPA via AFP

Joséphine Staron au micro de Cécile Dauguet


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