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Journée européenne d’hommage aux victimes du terrorisme – Hashtag PFUE avec Jenny Raflik

Écrit par sur 9 mars 2022

Comme toutes les semaines, nous accueillons Jenny Raflik, professeure d’Histoire à l’Université de Nantes pour sa carte blanche de la PFUE.

Ce vendredi 11 mars, en marge de la réunion des chefs d’État de l’Union européenne, aura lieu, à Versailles, la cérémonie nationale annuelle d’hommage aux victimes de terrorisme. Pourquoi le 11 mars ?

Depuis 2020, le 11 mars est, en France, la date d’hommage national pour les victimes de terrorisme. Une date choisie pour faire écho à la journée européenne de commémoration des victimes de terrorisme, organisée tous les 11 mars depuis 2005, à la date anniversaire des attentats de Madrid : le 11 mars 2004, ils avaient fait 191 morts et près de 2 000 blessés.

L’hommage de ce 11 mars sera bien européen, et pas seulement national.

D’où vient cette dimension européenne ?

Essentiellement, d’une histoire partagée. Depuis les origines, le terrorisme est malheureusement une histoire européenne. 

Les attentats anarchistes ont frappé le monde entier à la fin du XIXème siècle, mais plus particulièrement l’Europe. Durant l’entre-deux-guerres, un terrorisme nationaliste importé des Balkans touche et déchire l’Europe. En 1934, l’attentat de Marseille coûte leur vie au ministre français des Affaires étrangères Louis Barthou et au roi Alexandre de Yougoslavie. Les survivants du commando, qui s’étaient entrainés en Hongrie, se réfugient en Italie, où ils trouvent asile. La Société des Nations avait alors dû se saisir de la question. Et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nombreuses ont été les organisations terroristes à agir à l’échelle européenne. Ce fut le cas des groupes agissant lors des années de plomb, les décennies 1970-1980. Que l’on pense par exemple aux Brigades rouges, à la bande à Baader-Meinhof ou à Action directe. Trois groupes coopérant ensemble par-delà les frontières. 

La France et l’Espagne ont affronté ensemble les Basques d’ETA. Le dernier attentat mortel d’ETA a d’ailleurs été commis en 2010 sur le sol français. On pourrait multiplier les exemples d’organisations agissant à l’échelle européenne.

Existe-t-il alors une réponse européenne à la lutte contre le terrorisme ?

Dès les années 1970, les institutions européennes amorcent une politique commune. Après l’attaque des JO de Munich en 1972 qui marque profondément l’opinion publique, est créé le groupe TREVI, première forme de coopération intergouvernementale européenne contre le terrorisme. Ce groupe TREVI dont l’acronyme signifie « Terrorisme, radicalisme, extrémisme, violence internationale », est mis en place en 1975. Il réunit les ministres de l’Intérieur et de la Justice des neuf États membres de la Communauté économique européenne (CEE). A partir de là, tous les traités bien européens mentionnent le terrorisme. Mais il faut attendre 2001 pour que s’opère la vraie rupture pour la lutte anti-terroriste,  avec le plan d’action adopté le 21 septembre par le Conseil européen.

Cette coopération est-elle aujourd’hui efficace ?

On peut souligner deux avancées essentielles. La première :  un accord sur une définition du terrorisme, qui, soulignons-le, n’existe pas à l’échelle mondiale. Cette définition de l’acte terroriste est énoncée dans la position commune du Conseil de 2001.  

La deuxième avancée : la décision-cadre de 2002 qui prône l’harmonisation des infractions terroristes dans tous les États membres en introduisant cette définition commune. Auparavant, seuls cinq États membres (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie) étaient dotés d’une législation spécifique sur le terrorisme. C’est donc un point essentiel.


Et depuis ? Où en est-on ?

L’Europe agit depuis dans un cycle action-réaction. Les attentats de Madrid le 11 mars 2004 ont entrainé la création du poste de coordonnateur de la lutte anti-terroriste.

Les attentats de Londres, en juillet 2005 (56 morts, 700 blessés) ont poussé le Conseil européen à lutter contre la radicalisation et le recrutement de terroristes, car  à Londres, pour la première fois, ont été commis des attentats-suicides sur le sol européen, et par des gens nés en Grande-Bretagne. Après les attentats de Charlie Hebdo, la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen a voté en faveur du fameux PNR : un fichier rassemblant les données personnelles collectées auprès des passagers par les compagnies aériennes sur les vols internationaux. Mais ce n’est qu’après les attentats du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles que le projet a été soumis au vote du Parlement européen, le 14 avril 2016.

Cela signifie qu’il persiste des résistances à cette coordination européenne dans la lutte anti-terroriste ?

La principale entrave, ce sont les intérêts divergents des pays européens, dans un domaine qui, quoi qu’il arrive, continue à relever d’abord de la responsabilité des États. Ces intérêts divergents se retrouvent à tous les niveaux, y compris opérationnels. Dans les affaires de terrorisme, les services sont souvent enclins à privilégier les contacts directs avec leurs homologues d’autres États membres. Or, la menace n’est pas la même dans l’ensemble des pays européens. Et la réponse non plus. Jusqu’à la vague récente d’attentats islamistes, les principales menaces étaient, depuis la fin de la guerre froide, surtout nationales. Elles avaient suscité au mieux des réactions bilatérales (franco-espagnole face à ETA, par exemple).

Deuxième facteur : à l’échelle européenne, la lutte contre le terrorisme est confrontée à la recherche d’un équilibre difficile entre répression et respect des principes de l’État de droit. Le très compliqué débat autour du PNR l’illustre.

Ajoutons à tout cela l’importance très particulière de l’émotion sur la politique européenne. Le terrorisme par nature, vise à susciter une émotion – la terreur. Sous l’effet de cette terreur, les opinions publiques et les décideurs veulent des avancées. Puis l’émotion retombe, et la rationalité reprend ses droits. C’est peut-être d’ailleurs en résistant, jusqu’ici, régulièrement à cette « dictature de l’émotion » parfois dénoncée, que l’Union européenne a le mieux répondu à la menace terroriste, ne tombant pas dans un des pièges qui lui était tendu par les organisations terroristes.

Jenny Raflik au micro de Cécile Dauguet


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