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L’événement – Les 1001 héroïnes de Eléonore Stevenin #22

Écrit par sur 22 mars 2022

Bonjour et bienvenue dans cet épisode de 1001 héroïnes, une chronique qui vous fait découvrir chaque semaine des héroïnes européennes de livres ou de films ! 

Il y a quelques semaines, le Parlement du Guatemala a voté la “loi pour la protection de la vie et de la famille”, qui  punit jusqu’à dix ans de prison toute femme qui “a réalisé son propre avortement ou consenti à ce qu’une autre personne l’effectue”. Plus proche de nous, au sein même de l’Union européenne, c’est la Pologne qui, en janvier 2021, a interdit l’avortement dans tous les cas, c’est-à-dire même en cas de grave malformation du fœtus, y compris si ladite malformation grave est mortelle pour la mère.

En France, les femmes ont le droit d’avorter depuis le 17 janvier 1975, grâce à la loi Veil, et grâce surtout à la mobilisation des féministes pendant les années précédentes. Car avant cette loi, en France, les femmes enceintes qui ne souhaitaient pas l’être devaient recourir à des méthodes d’avortement artisanales et clandestines, qui pouvaient leur coûter la vie. Et c’est justement ce dont parle le roman autobiographique d’Annie Ernaux sorti en 2000, récemment adapté au cinéma.

Ce livre, c’est L’événement. Annie Ernaux reprend les notes de ses journaux intimes de l’époque pour raconter ses 23 ans. Issue d’une famille d’ouvriers et de petits commerçants, elle est la première à faire des études supérieures. Elle est brillante, promise à un bel avenir, elle désire absolument poursuivre ses études. Mais un jour, ses règles n’arrivent pas. Elle attend le verdict du docteur N. : est-elle enceinte ? Et quand elle apprend que oui, elle décide de faire pratiquer un avortement clandestin, malgré tous les risques. Car nous sommes 12 ans avant la loi Veil, 4 ans avant la légalisation de la pilule contraceptive.

On imagine que ce n’est pas si simple, donc …

Non, c’est même un véritable parcours de combattante qui s’engage pour Annie. Son docteur ne veut pas l’avorter, il se contente d’un conseil par téléphone, mais sans ordonnance rien n’est possible. Son petit ami ne l’aide pas vraiment non plus. Bref, ce parcours n’est pas facile, mais Annie sera en plus terriblement seule pour surmonter les épreuves. Solitude, tromperie d’un autre médecin aussi, qui lui prescrit un médicament anti fausse couche en prétendant qu’il s’agit d’un traitement abortif… Et le temps presse, car chacune de ces étapes infructueuses prend du temps, et Annie n’a pas le temps. Elle atterrira finalement dans la cuisine d’une “faiseuse d’ange”, une avorteuse, qui déclenchera la fausse couche par l’introduction d’une sonde dans l’utérus… Si mon récit est cru, ce n’est rien à côté de celui d’Annie Ernaux. Elle laisse peu de répit à ses lecteurs et lectrices, tout comme elle n’a pas eu de répit pendant les semaines d’urgence de 1963, où il fallait absolument qu’elle trouve une solution à sa situation. Et c’est important de connaître les récits des femmes qui ont avorté illégalement, de se rendre compte de ce qu’elles vivaient et de se souvenir de l’importance de la loi Veil. Bref, c’est un roman court, mais très très intense, vous voilà prévenu.e.s. 

Tu évoquais tout à l’heure une adaptation en long métrage de ce roman ?

Oui, c’est Audrey Diwan qui a réalisé l’adaptation du roman en 2021. Le film a d’ailleurs remporté le Lion d’or à la Mostra de Venise. Et il est bouleversant lui aussi, avec des images tout aussi crues que dans le roman. Car tout est filmé, la caméra ne nous épargne rien. Audrey Diwan filme au plus près l’actrice principale Anamaria Vartolomei qui incarne Annie et qui est présente à chaque plan. L’écriture d’Annie Ernaux est sans fioriture, et le film est tout aussi minimaliste dans sa mise en scène, la réalisatrice ne prend pas de détours. Comme dans le livre, on ressent la solitude terrible de l’héroïne, jugée coupable de son désir d’avorter même par ses amies les plus proches. Et comme dans le livre, on ressent l’urgence absolue de la situation jusque dans nos tripes. 

En 2022, il est urgent de se souvenir que les droits des femmes ne sont jamais acquis, qu’il faut continuer à se battre pour le droit à l’IVG en France et partout dans le monde. Comme le disait Simone de Beauvoir : “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.”

Et pour découvrir d’autres films ou romans avec des héroïnes, rendez-vous sur le site 1001heroines.fr : 750 œuvres y sont référencées ! Bonnes découvertes et à la semaine prochaine !


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