Dans "L'Europe en mouvement", une fois par mois, le Mouvement Européen Paris aborde des idées et des problématiques concrètes sur ce que l'Europe peut pour nous. L'occasion d'aborder les valeurs de l'Union européenne et son idéal.
L’avion, c’est la vitesse. Le train, c’est le voyage. Moins rapide, mais plus durable, le train attire une génération prête à repenser sa manière de voyager. Reste à savoir si l’Europe saura lever les freins d’un réseau encore trop fragmenté. Pour cette nouvelle chronique du Mouvement Européen Paris, nous recevons Charles Mazerolles, membre du mouvement.
Vous êtes un adepte du voyage en train. Racontez-nous !
Depuis la période Covid et une prise de conscience personnelle de l’urgence de la crise climatique, je me suis engagé à remplacer l’avion par le train pour voyager. Le train émet jusqu’à 100 fois moins de CO2 que l’avion, et il permet de prendre son temps.
Prendre son temps en train, c’est bien, mais c'est au détriment de la variété des destinations ?
C’est vrai, il y a moins de choix, mais il y a tant à découvrir ou redécouvrir en Europe. J’ai pu me rendre en train au Danemark, en Pologne, à Venise et à Barcelone, en Hongrie le mois dernier, et même en Irlande. On s’aperçoit que les jeunes sont de plus en plus nombreux à vouloir voyager en train, même si cette tendance concerne désormais toute la population. Globalement, la part du train a gagné près de 3 points en Europe entre 2020 et 2023.
On rêve tous de traverser l’Europe en train. Pourtant, ce n’est pas si simple, comme le montre le dernier rapport du Réseau Action Climat. Sur 31 trajets, 4 sont impossibles à effectuer dans la journée, 18 nécessitent au moins une correspondance…
Il reste des progrès à faire pour que le voyage ne se transforme pas en périple. Il faut souvent passer par plusieurs compagnies ferroviaires pour arriver à destination, avec autant d’applications et de billets différents, et sans l’assurance que les correspondances soient assurées en cas de retard (ce qui m’est déjà arrivé à Milan). L’offre ferroviaire reste moins fiable, trop limitée et trop chère pour être pleinement attractive face à son concurrent aérien.
Pourtant, l’Union européenne prend des initiatives dans ce sens ?
Avec son plan « 1 voyage, 1 ticket, tous les droits », la Commission cherche à regrouper les trajets en train en Europe. Un seul billet, réservable en une fois, pour des trajets à correspondances multiples, et qui permettrait de faire valoir ses droits en cas de correspondance manquée. L’Union européenne finance de manière significative les liaisons transfrontalières. Il existe aussi le programme Discover EU qui permet à 40 000 jeunes de 18 ans de voyager gratuitement. Mais ce programme sera-t-il reconduit en 2027 ? Pour l’instant, rien n’est sûr.
Quelles nouveautés attendent les voyageuses et voyageurs en 2026 ?
5 nouvelles liaisons en train de nuit seront lancées cette année. On peut signaler la réouverture du train de nuit Paris-Berlin en mars 2026, et une nouvelle ligne Bruxelles/Amsterdam/Milan en septembre. À plus long terme, il existe des projets de réseau transeuropéen. L’objectif est de relier de grandes villes d’ici 2040, par exemple Paris-Lisbonne ou encore Paris-Berlin-Varsovie-Tallinn.
Que font nos voisins pour encourager le train ?
En Allemagne, par exemple, il existe le « Deutschland-Ticket » qui donne accès à tous les transports régionaux, sauf les trains à grande vitesse. L’Italie, la Suisse, la Grande-Bretagne et l’Espagne ont également leurs pass. Quant au Pass Interrail, il permet de voyager dans 33 pays. C’est un Pass qui a marqué des générations de voyageurs puisqu’il existe depuis 1972.
Quelques conseils pour préparer son voyage en train sereinement ?
D’abord, anticiper les réservations, surtout sur les lignes très demandées, et prévoir des marges suffisantes pour les correspondances. Attention, le Pass Interrail impose des frais de réservation pour les trains à grande vitesse ! Et surtout, profitez des longs déplacements en train pour faire évoluer votre vision du voyage, en imaginant le trajet comme une expérience aussi riche que la destination.
Entretien réalisé par Christina Gierse du Mouvement européen Paris