Les femmes ou les "oublis" de l'Histoire

Mary Read, pirate des Caraïbes

© Teamcolibri.org Mary Read, pirate des Caraïbes
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Avec sa chronique Les femmes ou les "oublis" de l'Histoire, Juliette Raynaud explore "les silences de l'Histoire" (Michelle Perrot) et nous invite à (re)découvrir notre matrimoine oublié, une histoire après l'autre...

Vous connaissez Mary Read ?

Corsaire intrépide qui refusa le corset, elle se travestit en homme pour écumer les mers. Esprit rebelle et pirate hors pair, elle accumula un butin considérable avec son amie Anne Bonny. Nées femmes à la fin du 17e siècle, elles prirent le large pour prendre leur vie en main.

Mary Jane Read naît en 1690 dans le comté du Devon, en Angleterre. Elle grandit sans père, capitaine de la marine disparu en mer. Sa mère la travestit en petit garçon pour toucher une pension de sa belle-famille.

Se faire passer pour un homme est une question de survie (ce qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Margaret Bulkley dont je vous ai déjà parlé). Mary s’engage dans la marine en endossant son costume de garçon qui lui ouvre les portes de ce milieu exclusivement masculin. Après des années dans l’armée, elle monte à bord d’un navire anglais en partance pour les Indes Occidentales. Le navire est pris d’assaut par des pirates qui viennent y chercher de nouvelles recrues.

Le code d’honneur de la piraterie, démocratique, la séduit : les butins saisis sont partagés équitablement, chaque voix compte, les blessés ont une assurance. Les avantages sont nombreux et les esprits plus ouverts… mais pas au point d’accepter les femmes. Mary garde donc son déguisement d’homme et embarque sous le nom de Willy Read.

Plus courageuse et déterminée que la plupart des hommes, elle n’a aucune peine à dissimuler sa véritable identité et devient une pirate respectée de ses pairs.

En 1719, elle embarque sur le Revenge, le bateau du pirate Jack Rackham qui pille les eaux antillaises. La maîtresse du capitaine, Anne Bonny, elle aussi pirate, n’est pas indifférente aux charmes de Willy. Mary, qui depuis des années, s’efforce de garder sa couverture, finit par lui avouer qu’elle aussi est une femme (ce qui ne semble pas changer grand-chose à l’attirance d’Anne).

Comme Mary, Anne refuse de se conformer à ce qu’on attend d’une femme à l’époque mais son parcours est bien différent. Jeune femme de bonne famille, élevée par un père bourgeois irlandais installé dans une plantation en Caroline du Sud, elle quitte le domicile familial à 16 ans pour épouser un bandit de la mer. Sa place privilégiée aux côtés du capitaine lui permet de ne pas avoir à se cacher. Elle s’habille en homme pour des raisons pratiques, pour naviguer et se battre.

Anne et Mary forment un duo de pirates légendaire. Elles se battent en première ligne et sèment la terreur dans les eaux des Caraïbes pendant plusieurs années, accumulant un butin immense.

Un jour d’octobre 1720, après des dizaines d’abordage et le vol de tonnes de thé, d’épices et de tabac, le Revenge est attaqué par les troupes de Georges 1er. Les hommes à bord sont ivres et n’opposent aucune résistance à cet assaut. Méprisant ce comportement indigne, les deux femmes pirates prennent les armes et se battent, seules, sur le ponton. Deux morts, plusieurs blessés. Mary et Anne résistent. C’est leur liberté qui se joue ici.