"Plongée dans les océans", la chronique hebdomadaire qui vous transporte dans la faune et flore marine présentée par Sakina-Dorothée Ayata, maîtresse de conférences en écologie marine à Sorbonne Université.
Cette semaine nous continuons notre série sur l’océan austral, et vous allez en particulier nous parler de la science et de la gouvernance de cet océan qui entoure le continent Antarctique.
Sakina, comment les scientifiques font-ils et font-elles pour étudier cet océan si lointain ? Il y a-t-il des campagnes océanographiques dans cette zone ?
Oui, tout à fait, mais l’Océan Austral reste un océan difficile d’accès, avec des conditions de navigations très difficiles. Ainsi, la majorité des campagnes océaniques ont lieu pendant l’été lorsque les conditions météorologiques sont plus clémentes et qu’il fait jour plus longtemps.
Quels sont les navires océanographiques français qui se rendent dans l’océan Austral ?
Au sein de la flotte océanographique française, on trouve le Marion Dufrene, qui est le navire amiral des Terres australes et antarctiques françaises, les TAAF. Il mesure 120 mètres de long pour 20,6 mètres de largeur, avec un tirant d’eau de presque 7 mètres. Il peut transporter 114 passagers et jusqu’à 46 membres d’équipage. Sa vitesse maximale atteint les 16 nœuds (soit presque 30 km/h) et il a une autonomie de 2 mois.
Le Marion Dufresne a 4 missions principales : le transport de fret et le transport de personnel vers les TAAF, le ravitaillement en gasoil, et enfin la recherche scientifique. A bord du Marion, on trouve ainsi 650 m2 dédiés aux laboratoires. Le navire est aussi équipé d’un système de treuillage pour manipuler des engins et du matériel lourds, d’un sondeur multifaisceaux et d’un carottier géant.
Et pour aller plus au Sud et s’approcher de la banquise ?
Pour ça, les scientifiques français disposent de l’Astrolabe, un navire brise-glace, qui dépend à la fois des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), de l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (ou IPEV), et de la Marine nationale. L’Astrolabe mesure 72 mètres de long, pour 16 mètres de large. Il peut naviguer dans une glace de 70 centimètres d’épaisseur, avec possibilité de pratiquer ce que l’on appelle le «ramming», ou technique du bélier, qui consiste à utiliser le poids et l’inertie du navire pour avancer. L’Astrolabe peut accueillir jusqu’à 60 personnes, dont environ 1 tiers de membre d’équipage. Il est aussi doté d’une plate-forme pour accueillir l’hélicoptère civil de IPEV afin de réaliser des missions logistiques.
Sakina, est-il aussi possible d’étudier l’Océan Austral s’en s’y rendre ?
Oui, tout à fait ! Car il existe aujourd’hui de nombreux outils permettant d’étudier l’Océan Austral à distance. Ainsi, grâce aux satellites, on peut maintenant mesurer : la température, la salinité, la hauteur d’eau de l’océan, ainsi que la concentration en chlorophylle, qui nous donne une indication sur la production primaire des microalgues en surface. On peut également, toujours grâce aux satellites, suivre les trajectoires des prédateurs supérieurs, comme les éléphants de mer ou les oiseaux marins, qui sont équipés de balises GPS et de divers capteurs océanographiques. Il existe tout un réseau de flotteurs profileurs, ces flotteurs robots qui font des tas de mesures autonomes, comme les flotteurs Argo. Enfin, il existe aussi des modèles numériques qui permettent d’étudier l’Océan Austral à distance. C’est par exemple grâce à de tels modèles que l’on peut essayer de prédire comment l’Océan Austral va évoluer pour différents scénarios de changement climatique.
Sakina, vous nous aviez également dit que l’Océan Austral était juridiquement couvert par le Traité sur l'Antarctique. Qu’est-ce que c’est ?
Le Traité sur l’Antarctique est un accord international qui a été signé en 1959 par les douze pays dont des scientifiques avaient participer à des recherches en Antarctique dans le cadre de l’année géophysique internationale de 1957-1958. Ce traité est entré en vigueur en 1961 et il rassemble aujourd’hui 58 entités. C’est un traité très important car il dédie le continent Antarctique et l’Océan Austral à la paix et à la science. En effet, ce traité garantit tout d’abord que seules des activités pacifiques sont autorisées dans l'Antarctique et il assure un statu quo des revendications territoriales. Il assure aussi la liberté et la coopération de la recherche scientifique en Antarctique, en précisant que les observations et les résultats scientifiques seront échangés et rendus librement disponibles.
Merci Sakina pour toutes ces informations et à bientôt pour la suite de notre plongée dans l’Océan Austral !
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.