L'éco de Marc Tempelman

Les marchés de prédiction

© Vitaly Gariev via Unsplash Les marchés de prédiction
© Vitaly Gariev via Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement digitale Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc

Bonjour.

Environ 40 % sur Polymarket, 43 % sur Kalshi : ce sont les probabilités de victoire attribuées à Marine Le Pen pour la présidentielle française, sur les plateformes de prédiction. Une victoire d’Édouard Philippe se situe autour de 20 %. Attention, ces chiffres ne sont pas des intentions de vote, ni des sondages. Il s’agit des cotes donnés sur les plateformes de paris en ligne. Marc Tempelman, comment ça marché ?

Les plateformes de prédiction, dont les plus connues sont Polymarket et Kalshi permettent de parier sur des événements futurs. Ces plateformes n'ont pas inventé le principe : les marchés électoraux de l'université de l'Iowa existaient dès 1988. Mais les deux plateformes ont rendu le mécanisme des paris binaires accessibles à des centaines de millions de personnes, sur tous les continents. Qui peuvent miser à partir de sommes très faibles, sur tout un tas d’évènements.

Au-delà des élections, on a l'impression que la liste des événements sur lesquels parier est presque infinie.

L'éventail est immense. Ces plateformes permettent de parier sur énormément d’évènements dans les domaines du sport, de la politique, ou de la culture. On a vu des contrats sur le nombre de publications d'Elon Musk sur X en une semaine, ou sur une confirmation de l'existence des extraterrestres par les autorités américaines. Il y a eu un marché sur les températures maximales à Paris au mois de juillet et même un marché sur la question de savoir si Cristiano Ronaldo allait pleurer pendant la Coupe du monde. Bref, le moindre détail de l'actualité peut devenir un objet de spéculation.

Concrètement, comment ça marche ?

Sur une question binaire : « Marine Le Pen va-t-elle gagner les élections présidentielles en 2027 ? ». Vous achetez un contrat « oui » ou « non », entre 0 et 1 dollar. Une part « oui » à 40 centimes suggère une probabilité implicite d'environ 40 %. Si l'événement se produit, la partie gagnante reçoit 1 dollar, la perdante a perdu sa mise.

Et pourquoi ces prédictions peuvent-ils faire mieux que les sondages ?

L'idée est que quand votre argent est engagé, vous cherchez l'information juste plutôt que d'exprimer un souhait ou une opinion. Les plateformes confrontent des analyses différentes et actualisent les prix en continu, là où un sondage est une photo à un instant T. Les chercheurs ont comparé les prévisions de parts des voix des Iowa Electronic Markets à 964 sondages nationaux : elles étaient plus proches du résultat final dans 74 % des comparaisons. Souvenez-vous des dernières élections présidentielles aux USA. Les sondages prédisaient un résultat proche de 50/50 entre les Républicains et les Démocrates. Les plateformes de prédiction donnaient Trump gagnant à près de 60%.

Ces plateformes ont-elles vraiment changé d'échelle ?

Oui. Le 8 août dernier, Kalshi dépassait déjà 148 milliards de dollars de volume de contrats traités depuis le début de l’année. Polymarket affiche un volume de transactions qui dépasse les 70 milliards de Dollars.

Au-delà de la perte de la mise de départ, il y-a-t-il d’autres dangers pour les utilisateurs ?

Je pense qu’il faut prendre trois autres risques en compte. D'abord, sur un événement précis, une personne mal-intentionnée peut falsifier la donnée à son avantage. Ainsi, un parieur qui a misé gros sur des températures extrêmes à Paris cet été n’a pas hésité à manuellement placer une source de chaleur à côté de certains capteurs de la ville pour fausser les résultats à son avantage.

Ensuite, il ne faut pas oublier que malgré les volumes de paris au total très importants, le marché sur un pari spécifique peut être très petit. Un seul acteur fortuné peut, avec des gros montants, bouger les cours dans un sens ou dans un autre, et donc manipuler la cote.

Enfin, il a été prouvé que certains acteurs détenteurs d’informations privilégiées, ont parié sur des évènements dont ils connaissaient l’issue. Des cadres dirigeants sur les résultats particulièrement bons de leur entreprise, ou des proches de Donald Trump sur le contenu précis de son allocution à venir.

En conclusion, une cote peut informer ; elle n'est ni une vérité ni un vote démocratique. C'est un prix, qui peut être erroné — ou manipulé.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.