En France, sur les 60 000 livres publiés chaque année, seuls 8 % sont un jour adaptés pour les personnes qui ne peuvent pas les lire avec leurs yeux. Un chiffre loin d'être isolé : dans l'ensemble des pays européens, à peine 5 à 7 % des ouvrages deviennent un jour accessibles. Ce "désert du livre" touche les personnes aveugles ou malvoyantes, mais aussi les dyslexiques, certains patients hospitalisés, ou les personnes âgées ne pouvant plus manipuler un livre. Un droit à la lecture qui, pour des milliers de personnes, reste donc largement théorique.
Face à ce manque, une solution reste incontournable : la voix humaine, prêtée bénévolement. À Lille, la Bibliothèque Sonore réunit des centaines de volontaires : donneurs de voix, vérificateurs, donneurs de temps, pour enregistrer, corriger et faire parvenir des livres à ceux qui en sont privés.
Un catalogue national de 27 000 titres, complété par des catalogues locaux, est aujourd'hui accessible en streaming, en téléchargement, ou tout simplement par CD envoyé par la poste, gratuitement, à qui en fait la demande. De quoi couvrir, en théorie, tout le territoire, depuis la métropole lilloise jusqu'aux régions les plus isolées.
Derrière cette mécanique bien huilée, il y a surtout des visages. Une audiolectrice qui redécouvre le plaisir de lire malgré la perte progressive de la vue, et qui reconnaît désormais la voix des bénévoles qui l'accompagnent au fil des pochettes de CD. Une formatrice qui apprend aux nouveaux venus à "raconter une histoire plutôt que lire un texte". Un responsable associatif qui rêve qu'aucune personne empêchée de lire n'ignore encore l'existence de ces réseaux.