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Lutte contre la corruption : où en est l'Europe ?

© European Union 2025 - Source : EP Lutte contre la corruption : où en est l'Europe ?
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Quatre ans après le Qatargate et quelques mois après la condamnation en appel de Marine Le Pen, l'eurodéputée socialiste Chloé Ridel, présidente de l'intergroupe anti-corruption, dresse le bilan d'une lutte encore inachevée.

Pour Chloé Ridel, la condamnation de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires du RN ne marque pas la fin de l'impunité. "Marine Le Pen a été condamnée au bout de quinze ans", rappelle l'élue, pour qui mieux vaut prévenir la corruption que la sanctionner.

Or le Parlement européen manque, selon elle, de garde-fous solides : environ 200 eurodéputés cumulent leur mandat avec une activité rémunérée dans le privé. Le procès de Rachida Dati, avocate de Renault quand elle siégeait à Strasbourg, l'illustre à ses yeux.

Le cœur du problème tient à un système fondé sur l'autodéclaration. "Personne ne vérifie si c'est vrai ou pas", qu'il s'agisse des déclarations de patrimoine, de conflits d'intérêts ou de rencontres avec des représentants d'intérêts, y compris de pays tiers. L'organe interinstitutionnel d'éthique, censé jouer à l'échelle européenne le rôle de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, n'a toujours pas vu le jour : "sa création est bloquée par le PPE".

Adoptée en mars, la première directive européenne anti-corruption, dont Chloé Ridel a été la négociatrice pour les socialistes, harmonise les sanctions pénales et impose déclarations de patrimoine et autorités de transparence dans chaque pays. Mais elle n'encadre pas le financement des partis politiques, "vecteur majeur de corruption et d'ingérence étrangère", comme en Roumanie ou en Bulgarie, où la Russie finance des formations politiques.

L'eurodéputée insiste aussi sur la protection des lanceurs d'alerte, fragilisée en Hongrie, en République tchèque ou en Slovaquie, et sur le lien entre corruption et crime organisé : les narcotrafiquants cherchent à corrompre ports, police et justice. Elle plaide pour un Parquet européen doté de moyens accrus.

À l'approche de la stratégie de la Commission, ses priorités sont claires : durcir les règles au Parlement, en interdisant par exemple certaines fonctions rémunérées dans des conseils d'administration d'entreprises inscrites au registre des lobbies, créer enfin l'organe d'éthique et renforcer la justice. "Ce n'est pas un petit combat", conclut-elle.