Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
L’État de droit doit être respecté pour tous et sur tout le territoire européen, même dans les zones frontalières, mais alors que peut-on penser de cette dénonciation, dans ce reportage de la BBC, du groupe de mercenaires impliqués dans le refoulement de migrants à la frontière gréco-turque ?
C’est vrai Laurence que l’accusation est à la fois violente et nette. La BBC expose dans un reportage publié il y a 3 semaines, que la Grèce procède à des refoulements de migrants grâce à l’action de ce que l’on peut appeler des mercenaires.
Le problème du refoulement des migrants en Grèce n’est pas récent.
Oui, la Cour européenne des droits de l’Homme avait déjà statué en janvier 2025 : la Grèce est coupable d’avoir soumis des migrants à des pratiques de « refoulement systématique » en violation de la législation sur les droits humains. Les refoulements consistent à renvoyer - de force - des migrants de l’autre côté des frontières sans procédure régulière.
Ces refoulements seraient donc menés par des hommes masqués.
Le ministre des migrations grec estime que ces accusations sont fausses. Cependant, la région d’Evros, frontalière avec la Turquie, est considérée comme une zone militaire, elle est donc parsemée de postes d’observation.
A priori, les représentants des autorités grecques et de Frontex sont au courant des actions, considérant le caractère particulier de cette zone frontalière.
Eh oui. Ces refoulements seraient réalisés par des migrants eux-mêmes, originaires du Pakistan, de Syrie, d’Afghanistan relate le reportage. Ils agiraient, masqués, “sous les ordres d’officiers grecs”.
C’est d’autant plus délicat que les relations entre la Grèce et la Turquie sont toujours très tendues.
Exactement. Ajoutons à cela le fait que la Grèce est en crise migratoire chronique depuis les années 1990 avec les difficultés que l’on connaît. La région d’Evros est une zone d’entrée sur le territoire de l’UE par voie terrestre, en provenance de la Turquie. Ces deux difficultés, tenant à la sécurité intérieure et la sécurité extérieure de la Grèce, rendent l’accueil d’urgence de ces migrants particulièrement difficile.
On imagine qu’il est très difficile d’assurer de bonnes conditions à ces migrants de déposer un recours pour obtenir l’asile ou toute autre protection du fait de la guerre dans leur pays d’origine.
Oui! et on peut donc aisément imaginer que certains profitent de cette situation chaotique pour réduire la concurrence entre candidats à l’asile en prenant part à ces actions de refoulement brutales et illégales.
Reste maintenant à savoir quelle est la responsabilité des autorités grecques dans cette affaire, quant aux manœuvres de certains agents de l’État voire de Frontex.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.