Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.
Le 29 janvier, le président américain Donald Trump a affirmé que Vladimir Poutine avait accepté de suspendre les bombardements sur Kyiv et d’autres villes ukrainiennes pendant une semaine, le temps de laisser se poursuivre les négociations entre l’Ukraine, les États-Unis et la Russie. Quel bilan peut-on tirer aujourd’hui de cette promesse du Kremlin ?
Le bilan est le suivant : une attaque russe contre un train de voyageurs dans la région de Kharkiv – 6 morts, une double attaque contre la ville de Zaporizzya, y compris contre une maternité - 9 blessés, une attaque à Pavlohrad, dans la région de Dnipro – 15 morts et 16 blessés. Et ce n’est pas la liste complète des attaques russes contre les villes et les civils ukrainiens.
D’ailleurs, le Kremlin a démenti avoir promis d’arrêter ses bombardements des villes ukrainiennes peu après les propos du président américain. Cette promesse concernait seulement Kyiv, selon les russes, et s’appliquait que pour trois jours, jusqu’au 1 février, et pas pendant une semaine comme annoncé par Trump.
Plus encore, Poutine a réitéré sa proposition au président ukrainien Zelenskyi de venir à Moscou s’il voulait véritablement conclure une paix – une manière de plus de montrer son refus de toute vraie avancée sur le cessez-le-feu en Ukraine qui serait acceptable pour l’Ukraine.
Quand le président ukrainien a décliné la proposition de se rendre à Moscou, presque en guise de capitulation devant la Russie, le porte-parole de la Douma, la chambre basse de l’Assemblée fédérale russe, a appelé à « répondre » aux ukrainiens en frappant fort l’Ukraine avec de nouvelles armes dans la semaine qui vient.
Selon cette logique impérialiste russe, l’Ukraine devrait terminer par se plier sous les bombardements constants, plus puissants, alors que les températures vont descendre dans la semaine jusqu’au moins 30 et plusieurs milliers de ménages en Ukraine restent sans chauffage ni électricité à cause de la crise énergétique causée par les frappes russes.
Un tel comportement du Kremlin ne discrédite-t-il pas le processus de négociation ?
Certainement – en ce qui concerne la négociation sur le cessez-le-feu en Ukraine, il n’y pas de doute que la paix en Ukraine reste une réalité malheureusement très lointaine. Poutine n’est prêt à faire aucun compromis – pourtant la négociation exige qu’il y ait bien un compromis de deux partis sinon, cela s’appelle une reddition.
Le négociateur du Kremlin, le chef du Fonds souverain russe, Kiril Dmitriev s’est rendu en Floride le 31 janvier pour rencontrer l’envoyé spécial de Trump Steve Witkoff et Jared Kushner. Au-delà des déclarations sur les pourparlers « constructifs» il y a très peu de concret. Dmitriev n’est pas habilité de prendre de décisions sur le potentiel accord de paix en Ukraine, mais il est la bonne personne pour parler business, la chose qui tient Trump au cœur depuis son rencontre avec Vladimir Poutine en Anchorage, en Alaska, l’année dernière. Le fait que Lukoyl, le géant russe de pétrole sanctionné par les Etats-Unis en novembre dernier, a décidé de vendre ses actifs étrangers à la société américaine Carlyle il y a quelques jours pourrait être le fruit des négociations russo-américains en cours.
Et l’Union européenne, où est-elle dans ces négociations, et que fait‑elle face à ce que vit aujourd’hui la population ukrainienne, entre frappes russes et températures glaciales ?
L’UE est absent des négociations à ce stade – ce sont les délégations ukrainienne, russe et américaine qui se sont réunies à Abu Dabi – le 24-25 janvier et le 1 février. Par contre, l’UE a alloué 145 millions d’euros d’aide humanitaire à l’Ukraine face à une crise énergétique sans précédent. 17 pays européens ont également fourni leur aide, y compris des générateurs, des équipements pour les réparations des installations énergétiques, aide à la population. Un quart des habitants de Kyiv restent pourtant sans chauffage, toutes les régions de l’Ukraine subissent des coupures d’électricité, les plus graves à Kyiv, Kharkiv et Odessa – jusqu’à 20 heures sans électricité, alors que l’Ukraine vit les températures hivernales records - moins 25 la nuit.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.