Aux portes de l'UE

L’UE face au véto persistant d’Orban sur l’aide à l’Ukraine – un pari électoral

Photo de Dmitriy K.sur Unsplash L’UE face au véto persistant d’Orban sur l’aide à l’Ukraine – un pari électoral
Photo de Dmitriy K.sur Unsplash

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

La semaine dernière, les 27 chefs des états membres de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles pour discuter, entre autres, du soutien à l’Ukraine qui continue de se battre au front et de porter les conséquences économiques de la guerre avec la Russie. Un des sujets sur la table de discussion – le prêt de 90 milliards d’euros pour soutenir le budget ukrainien en déficit. Qu’en est-il des résultats de ces discussions ?

Le mécanisme du prêt de 90 milliards d’euros qui a été approuvé au Conseil européen par tous les états membres, y compris la Hongrie, en décembre dernier était effectivement le sujet de la discussion la semaine dernière à la réunion du Conseil européen. Malgré son accord en décembre, la Hongrie bloque depuis janvier le déboursement de ce prêt à l’Ukraine en exigeant le rétablissement par l’Ukraine de son approvisionnement en pétrole russe que l’Ukraine, selon Orban, bloque.

Depuis mi-janvier, où l’oléoduc Druzba est endommagé par la frappe russe, Viktor Orban n’a pas cessé de mettre la pression sur l’Ukraine pour réparer l’oléoduc rapidement pour rétablir l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole russe. L’Ukraine a prévenu de ne pas être en mesure de réparer l’infrastructure endommagée rapidement vu les dommages causés et l’urgence des réparations ailleurs suite à des frappes russes sans précédent contre son infrastructure énergétique cet hiver. Ainsi, pas de réparations avant mi-mai, il parait, côté ukrainien.

Les pays européens ont essayé de convaincre, mais sans succès, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, à changer son véto sur le prêt de 90 milliards à l’Ukraine avant la réunion du Conseil européen la semaine dernière. Alors que le communiqué du Conseil européen comporte la référence au prêt et l’espoir de pouvoir faire le premier versement à l’Ukraine début avril, la Hongrie, ensemble avec la Slovaquie qui elle dépend aussi du pétrole russe, n’ont pas signé ce communiqué.

Ce prêt européen, est -il si important pour l’Ukraine ?

Le prêt représente un soutien essentiel à l’Ukraine qui souffre d’un déficit budgétaire très important et compte sur le financement extérieur pour permettre à son économie de tenir face à l’agression russe. Il permettra de couvrir une partie conséquente du déficit du budget en 2026 et 2027. Le Président Zelenskyi, qui avait été invité à s’adresser au Conseil européen la semaine dernière, a souligné que l’aide macro financière de l’Union européenne, notamment ce prêt, est «la principale garantie financière accordée par l'Europe à l'Ukraine ».  En effet, avoir l’administration et l’appareil d’état qui fonctionnent, l’économie qui fonctionne malgré la guerre qui dure déjà cinq ans est un des éléments clés de la résilience de l’Ukraine alors que 60% des dépenses budgétaires ukrainiens sont les dépenses militaires.

Quelle est la porte de secours alors pour les pays européens pour débloquer ce prêt à l’Ukraine ?

Il semble que ce soient les élections législatives en Hongrie de 12 avril. Viktor Orban est en pleine période électorale et a fait de l’Ukraine et de Bruxelles, plus précisément de la Commission européenne, des boucs émissaires, les accusant d’être à l’origine de tous les maux du peuple hongrois. Les meilleurs spécialistes russes dans la communication stratégique ont rejoint l’équipe de campagne de Viktor Orban pour l'aider à préserver son pouvoir qu’il risque de perdre le 12 avril face au parti d’opposition Tisza de Péter Magyar.

Les chefs d’État européens semblent éviter tout affrontement public avec Viktor Orbán afin de ne pas alimenter sa campagne. Lors de la dernière réunion du Conseil européen, bien que le veto de la Hongrie avait suscité l’indignation de plusieurs dirigeants — comme l’a souligné le chancelier allemand Friedrich Merz — ni la France ni l’Allemagne ne se sont montrés particulièrement critiques à son égard.

Ainsi, les leaders européens comptent sur l’échec électoral de Orban pour pouvoir débloquer le prêt à l’Ukraine. D’ici là, il faut que l’Ukraine tient et continue les réformes nécessaires sur son chemin de l’intégration européenne.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.