Plongée dans les océans - Sakina Ayata

Bernard l'ermite, ce petit voleur de coquille - Sakina Ayata

 Bernard l'ermite, ce petit voleur de coquille - Sakina Ayata

Aujourd'hui, nous retrouvons Sakina-Dorothée Ayata, maîtresse de conférences en écologie marine à Sorbonne Université, pour sa chronique "Plongée dans les Océans" sur euradio.

Sakina, aujourd'hui vous allez nous parler du Bernard l’ermite.

Oui ! Il n'est pas rare de croiser ce petit crustacé voleur de coquille, ou plutôt "squatteur" de coquille, sur nos côtes. Le Bernard l’ermite est bien un crustacé, d'ailleurs les anglophones l'appellent le crabe ermite. Il possède 5 paires de pattes, soit 10 pattes au total, et fait donc partie des crustacés décapodes, comme les crabes donc, et sa première paire de pattes est équipée de pinces.

Le Bernard l’ermite commun, que l'on trouve sur nos côtes hexagonales  s'appelle en latin Pagurus bernhardus. Adulte, son corps mesure 3 à 8 cm de long. Il est de couleur orange-rouge avec quelques taches. C'est le plus grand Bernard l’ermite d'Europe du Nord-Ouest, mais il existe au total près de 800 espèces de Bernard l’ermite. On retrouve Pagurus bernhardus le long des côtes de l'Atlantique Nord Est, du Portugal au Sud jusqu'à la Norvège et l'Islande au Nord, mais aussi le long des côtes d'Amérique du Nord. Plus généralement, on appelle aussi les Bernard l’ermite des pagures.

Et qu'est-ce que ça mange un Bernard l’ermite ?

Le Bernard l’ermite est charognard, c'est-à-dire qu'il se nourrit des cadavres ou des restes d'animaux, mais aussi de débris végétaux.

Et donc, il vole des coquilles pour s'y loger ?

Oui, car son corps articulé est recouvert d'une carapace, sauf sur son abdomen. Il a donc besoin d'une coquille pour protéger cette partie molle de son corps! Il trouve donc refuge dans une coquille abandonnée, typiquement la coquille d'un petit gastéropode, en forme d'escargot, comme la littorine ou le bigorneau pour les petits Bernard l'ermite, ou le bulot pour les plus grands.

Il va sélectionner une coquille vide, adaptée à sa taille, pour y poser ses valises ! Sa coquille va aussi lui permettre de ne pas se dessécher à marée basse et l'aider à conserver ses branchies humides. En cas de danger, le Bernard l’ermite peut fermer sa coquille avec une de ses pinces, qui est plus grosse que l'autre (en l'occurrence la pince droite chez le Bernard l'ermite commun), et qui va lui servir de porte.

Et en grandissant il va changer de coquille ?

Oui, au fur et à mesure de sa croissance, le Bernard l’ermite devra emménager dans un plus grand logement ! Quand il commence à être trop à l'étroit dans sa coquille, il va en chercher une un peu plus grande. Il va alors quitter sa coquille actuelle, muer (car les crustacés sont obliger de muer, de changer de carapace, pour grandir), et rentrer dans la nouvelle coquille à reculons. Une fois son corps mou et spiralé bien installé au fond de la coquille, il va s'y maintenir fermement attaché. En vieillissant, le Bernard l'ermite va grandir de moins en moins et la fréquence de ses déménagements va donc ralentir. On pense que c'est la taille des coquilles disponibles qui va limiter la croissance du Bernard l'ermite.

Et comment se reproduit le Bernard l'ermite ?

Lors d'une parade nuptiale, le mâle séduit la femelle avant qu'elle ne mue. Dès que la femelle a mué, les deux individus sortent partiellement de leur coquille pour se reproduire. Les œufs sont ensuite portés par la femelle, grâce à des pattes situées au niveau de son abdomen et spécialement adaptées pour ça. Lorsque les œufs vont éclore, des larves planctoniques vont en sortir puis se métamorphoser en passant par deux stages successifs, avant de retomber au fond pour se métamorphoser en jeunes adultes.

Le Bernard l'ermite vit donc en ermite dans sa coquille ?

Et bien non, pas vraiment et le terme d'ermite est assez mal choisi, car, même s'il loge dans des coquilles abandonnées, il ne vit pas du tout tout-seul en ermite ! D'ailleurs, les Bernard l’ermite sont connus pour vivre en association avec des anémones de mer. Le Bernard l'ermite commun vit lui avec l'anémone Calliactis parasitica, qui est une anémone de couleur beige à marron avec de très nombreux petits tentacules fins de couleur crème. Elle va vivre fixée sur la coquille du Bernard l'ermite. Parfois on en trouve même plusieurs fixées sur un même Bernard l'ermite. Avoir une ou des anémones de mer sur sa coquille va permettre au Bernard l'ermite de se défendre car les tentacules des anémones produisent du venin neurotoxique. En échange, les anémones vont bénéficier des restes de nourriture du Bernard l'ermite. C'est du gagnant-gagnant. On appelle ça une interaction mutualiste.

Mais comment font-il quand le Bernard l'ermite grandit et doit changer de coquille ?

Et bien, ce n'est pas un problème : le Bernard l'ermite emmène sa ou ses colocataires avec lui ! Une fois sa nouvelle coquille choisie, il va utiliser ses pinces pour décrocher l'anémone ou les anémones de son ancienne coquille et les replacer sur la nouvelle, ce qui est assez unique puisque les anémones sont connues pour rester bien attachées à leur support. D'ailleurs, il est très courant de voir ses deux associés vivre ensemble dans les aquariums.

Entretien réalisé par Laurence Aubron

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