Entendez-vous la Terre ?

La climatisation est-elle une maladaptation ?

© NEOSiAM via pexels La climatisation est-elle une maladaptation ?
© NEOSiAM via pexels

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de cette semaine ?

Cette semaine, la Terre nous invite à réfléchir à notre capacité d’adaptation au dérèglement climatique. Pendant la longue et meurtrière canicule de cet été, nous sommes nombreux à avoir vécu dans des bouilloires thermiques et à avoir envisagé ou déjà acheté un ventilateur ou un climatiseur.

Quand il fait très chaud dans un logement, c’est effectivement l’une des solutions les plus immédiates pour se rafraîchir. Mais elle n’est pas sans conséquences sur l’environnement...

Exactement Laurence. La climatisation ne crée pas du froid ex nihilo mais déplace la chaleur de l’intérieur vers l’extérieur. Ce qui augmente la chaleur extérieure de la rue et créé des îlots de chaleur dans les villes. D’autant que l’électricité utilisée pour faire fonctionner ces circuits génère elle-aussi de la chaleur. À cela s’ajoute les fluides frigorigènes employés pour climatiser : ils sont composés de molécules synthétiques qui captent les rayonnements infrarouges, ce qui entraîne un réchauffement de l’atmosphère.

Pourtant, sur le papier, ces fluides sont censés rester enfermés dans un circuit fermé. 

Effectivement, mais des fuites peuvent survenir en cas de défaut d’entretien ou lors des processus de recyclage. Les émissions de ces substances restent donc limitées mais elles ont un pouvoir de réchauffement jusqu’à 2000 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone selon l’Agence de la transition écologique. En 2023, l’Organisation des Nations unies affirmait que le secteur du refroidissement, soit la climatisation et la réfrigération, était « responsable à lui seul de plus de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. ».

Il est important de préciser pour nos auditeurs que la climatisation est encore peu développée en France. Selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), environ 1⁄4 des foyers français en étaient équipés en 2020, c’est bien ça Fanny ?

Tout à fait Laurence. Mais ce pourcentage pourrait fortement augmenter dans les prochaines années. L’adoption d’un « plan d’équipement pour la climatisation » est en tout cas la principale réponse du gouvernement et du Rassemblement national face à la canicule. Et je vous avoue que ça me dérange...

Bien évidemment, loin de moi l’idée de bannir complètement l’usage de la climatisation quand elle est essentielle pour la santé. Pour les services publics comme les hôpitaux, les écoles, les transports ou les maisons de retraite, elle est cruciale pour maintenir des zones refuges climatisées et éviter des décès.

Mais alors, qu’est-ce qui vous dérange exactement ?

Ce qui m’embête, c’est que la climatisation est un palliatif, une maladaptation dont l’usage excessif contribue à empirer la situation qu’elle cherche précisément à atténuer. Elle ne s’attaque en aucun cas à la racine du problème, qui tient en deux points. Tout d’abord, si nous agissions davantage pour protéger l’environnement et réduire les conséquences climatiques de nos activités, l’usage de la climatisation ne se développerait pas autant. Deuxièmement, la climatisation n’est pas l’unique solution pour réguler la température du bâti : d’autres alternatives sont envisageables avec une action bien moins contre-productive à long terme.

Quelles sont donc ces alternatives ?

Rien de révolutionnaire, ce sont des stratégies développées par les humains depuis des siècles pour produire des microclimats vivables et se protéger de la chaleur ou du froid excessif. Avant l’essor des énergies fossiles qui ont profondément transformé notre rapport à l’architecture, à l’urbanisme et à l’énergie, nos bâtiments étaient principalement pensés sous le prisme de leur efficacité climatique. Alors pour élargir le débat entre clim ou pas clim, la Terre vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un voyage dans le passé et dans les cultures.

Merci beaucoup Fanny Gelin. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.