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Presqu'île d'Ambès : quand la montée des eaux impactent les habitants

© Cassandre Thomas. La langue de terre derrière le portail est la partie du terrain de Yann et Odile risquant d'être reprise par Bordeaux Métropole. Presqu'île d'Ambès : quand la montée des eaux impactent les habitants
© Cassandre Thomas. La langue de terre derrière le portail est la partie du terrain de Yann et Odile risquant d'être reprise par Bordeaux Métropole.

Située au nord de Bordeaux, à la confluence de la Dordogne et de la Garonne, la presqu’île d’Ambès est un territoire naturellement exposé au risque d’inondation.  Cette vulnérabilité est aujourd’hui accentuée par le réchauffement climatique et l’élévation progressive du niveau des eaux, poussant les pouvoirs publics à renforcer les dispositifs de protection existants. Des travaux jugés nécessaires, mais qui suscitent aussi des tensions chez les habitants.

"On est particulièrement exposé aux risques d'inondation parce que c'est une terre alluviale et que l'on est quasiment au niveau de la mer", explique Christian Lapeyre, adjoint au maire d'Ambès. La configuration géographique de la presqu’île, composée de terres basses entourées de deux fleuves majeurs, favorise les crues et les submersions lors de fortes marées ou d’épisodes météorologiques intenses. Le risque est connu de longue date, mais certains événements, comme la crue de 1999, ont marqué une prise de conscience durable. Depuis, la hausse du niveau de la mer, qui a doublé ces vingt dernières années selon l'Institut Copernicus, renforce le risque. 

Certaines zones, comme l'aubarède, une langue de terre entre les habitations et la Dordogne, sont inondées plusieurs fois par an. Ces phénomènes concernent directement les communes d’Ambès, de Saint-Louis-de-Montferrand et de Saint-Vincent-de-Paul, où vivent environ 14 000 habitants, mais aussi des activités agricoles et industrielles. 

Pour limiter les risques, Bordeaux Métropole, en lien avec les communes concernées, a engagé un vaste programme de rénovation des digues et des jalles d'un coût total avoisinant les 35 millions d'euros, financé en partie par la taxe de gestion des milieux aquatiques et de préventions des inondations (GEMAPI). Plusieurs kilomètres d'équipements ont déjà été rénovés depuis 2016, et la collectivité vise la finition des travaux à l’horizon 2030-2032, indique le conseiller métropolitain Alexandre Rubio.

Cependant, la réalisation du projet soulève des inquiétudes chez certains riverains. Pour assurer l'entretien de la digue, la métropole estime qu'un accès permanent est nécessaire. Hors cet accès se trouve parfois sur des propriétés privées.

Une quarantaine d'habitants pourraient ainsi voir une partie de leur terrain rachetée ou expropriée. Une perspective contestée notamment par Odile, qui estime qu'un accès ponctuel suffirait "comme cela s'est déjà fait par le passé".

"La seule chose qui fait que j'ai acheté cette maison, c'est parce que j'avais l'accès à l'eau", remarque-t-elle avec amertume. Odile pointe par ailleurs les risques environnementaux, si une route venait à être construite sur le périmètre externe de l'île, et le "gouffre financier" qu'un tel aménagement représenterait. Elle appelle également les pouvoirs publics à "écouter davantage" les habitants. 

De l'autre côté, Bordeaux Métropole insiste, mettant en exergue le coût des dégâts potentiels en cas d’inondation majeure. Ces derniers sont évalués à plusieurs centaines de millions d’euros, avec des risques humains, sanitaires et industriels notamment. 

Entre nécessité de protection collective et préoccupations individuelles et environnementales, la presqu’île d’Ambès illustre les arbitrages complexes auxquels sont confrontés les territoires exposés à la montée des eaux, dans un contexte de changement climatique durable.

Un reportage réalisé par Cassandre Thomas.