Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 13 mai 2026

Des enfants suivent un cours dans une tente de l'UNICEF dans un camp de réfugiés en Afghanistan. © Mehdi Khoshnejad via Pexels Aujourd'hui en Europe - 13 mai 2026
Des enfants suivent un cours dans une tente de l'UNICEF dans un camp de réfugiés en Afghanistan. © Mehdi Khoshnejad via Pexels

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :

  • Politique migratoire européenne : le durcissement se poursuit  
  • Cisjordanie : l'UE sanctionne l’extrémisme des colons israéliens 
  • Arrêt de la CEDH : le désaveu des personnes mal-logées

On ouvre ce journal en évoquant le durcissement continu de la politique migratoire d’une majorité d'États européens.

Mardi, la Commission européenne a confirmé son intention d’organiser à Bruxelles une réunion technique avec des représentants des autorités talibanes de facto qui contrôlent l’Afghanistan. Une lettre a déjà été envoyée à Kaboul pour évoquer cette possible rencontre, même si aucun rendez-vous n’a encore été fixé. L’objectif : discuter du renvoi vers l’Afghanistan de ressortissants afghans présents dans l’Union européenne, notamment ceux condamnés par la justice ou considérés comme une menace pour la sécurité. Des déplacements de responsables européens en Afghanistan ont déjà eu lieu ces derniers mois sur le même sujet.

Pourquoi cette apparente impatience à une reprise du dialogue avec les Talibans ?

Parce que les ressortissants afghans figurent parmi les nationalités les plus représentées dans les demandes d’asile déposées dans l’Union européenne. Depuis 2013, près d’un million de demandes d’asile de ressortissants afghans ont été déposées dans l’Union européenne, et environ la moitié ont été acceptées. Mais plusieurs États souhaitent désormais freiner cet accueil. L’Allemagne organise déjà des expulsions groupées depuis 2024. L’Autriche, quant à elle, a déjà reçu une délégation talibane à Vienne en septembre dernier.

Une visite qui pose des questions à la fois pratiques et éthiques.

Oui car les talibans, mouvement islamiste fondamentaliste revenu au pouvoir à Kaboul en 2021, ne sont pas reconnus officiellement par l’Union européenne. Leur venue en Belgique, siège des institutions européennes, nécessiterait donc des exemptions spéciales. Autre inquiétude : la situation humanitaire dans le pays. Depuis 2023, plus de cinq millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan, souvent de force. Beaucoup vivent aujourd’hui dans une très grande précarité, sans logement ni emploi.

Des ONG et la gauche dénoncent donc une politique dangereuse.

Elles craignent une décision qui pourrait coûter des vies. Mais aussi que, lors de leur déplacement à Bruxelles, les responsables talibans parviennent à identifier certaines personnes qu’ils veulent renvoyer en Afghanistan. Ce qui pourrait mettre en péril leurs droits fondamentaux.

Cette volonté de coopération migratoire concerne aussi la Syrie. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, était à Bruxelles lundi, un an et demi après la chute du régime de Bachar al-Assad.

Il a ainsi pu rencontrer les responsables politiques européens. À l’issue de cette rencontre, les Européens ont décidé de réactiver leur accord de coopération commerciale avec la Syrie, suspendu depuis 2011. Après treize ans de guerre civile, Damas espère obtenir un soutien dans sa transition politique, sa stabilisation, sa reprise économique et sa reconstruction. Pour l’UE, l’enjeu est aussi migratoire : faire de la Syrie un pays plus sûr, dont on émigrera moins et vers lequel des migrants déboutés en Europe pourront être renvoyés.

Là encore, le projet fait polémique.

Certains observateurs dénoncent le pragmatisme des Européens. Selon eux, pour éviter une nouvelle vague migratoire, l’UE se contenterait d’une stabilisation du pays, encore loin d’une réelle démocratisation, en fermant les yeux sur les droits humains. Ils pointent également la situation économique du pays : très dépendant de l’argent envoyé par sa diaspora, il n’est pas prêt à absorber des retours depuis l’Europe.

On continue ce journal en Cisjordanie occupée, après l’annonce, en début de semaine, de nouvelles sanctions européennes contre des colons israéliens extrémistes et des organisations qui leur sont liées.

Réunis à Bruxelles ce lundi, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont mis d’accord sur des sanctions visant plusieurs colons israéliens extrémistes et quatre organisations qui leur sont liées. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a rappelé que “la violence et l’extrémisme ont des conséquences”. Ces sanctions prévoient un gel des avoirs, une interdiction de voyager dans l’Union européenne, ainsi qu’une interdiction de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des personnes et entités visées.

Des sanctions inédites, que la Hongrie bloquait depuis maintenant plus de 2 ans.

Oui, cela faisait depuis 2024 que Budapest faisait systématiquement rempart à chaque projet de sanctions à l’encontre des colons israéliens. Mais la donne a changé avec l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar, le nouveau premier ministre hongrois pro-européen, qui a levé le veto maintenu jusque-là par Viktor Orbán.

Mais si l’accord marque la fin d’une longue série de négociations, d’autres mesures font toujours l’objet de débats vis-à-vis de l'État hébreu.

Les Vingt-Sept restent en revanche très divisés sur l’éventuelle suspension de certains partenariats économiques et diplomatiques avec Israël. Alors qu’une initiative citoyenne européenne a récolté plus d’un million de signatures, l’Union européenne ne parvient ainsi toujours pas à s’entendre sur une suspension de son accord d’association avec Israël. Parmi les Etats réticents, l’Allemagne, l’Italie et de nombreux pays d’Europe centrale refusent pour l’instant de faire évoluer leur position.

Et on clôture ce journal en France, après le rejet par la Cour européenne des droits de l’homme du recours de plusieurs personnes mal logées. Elles reprochaient à l’État français de ne pas avoir exécuté des décisions de justice ordonnant leur relogement au titre du droit au logement opposable, le DALO.

La Cour a en effet estimé que la France n’a pas violé la Convention européenne des droits de l’homme, malgré les délais de relogement dénoncés par plusieurs requérants reconnus prioritaires au titre du DALO. Les plaignants reprochaient notamment à l’État français son incapacité à leur fournir un logement stable dans des délais raisonnables, malgré les décisions de justice rendues en leur faveur.

Mais la Cour a aussi pris en compte “l’ampleur des défis” auxquels la France est confrontée en matière de logement.

Tout à fait, aux yeux de la Cour, malgré leur application imparfaite, les autorités françaises ont mis en place des dispositifs juridiques suffisants. Une décision vivement critiquée par plusieurs associations de défense des mal-logés, qui y voient un désaveu pour les milliers de personnes toujours sans solution de logement durable.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.