Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 25 juin 2026

Friedrich Merz lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne 2026. © Grunpfnul via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 25 juin 2026
Friedrich Merz lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne 2026. © Grunpfnul via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :

  • Berlin veut repousser l'âge de la retraite à 70 ans 
  • L'UE veut alléger la facture fiscale des entreprises
  • OTAN : un sommet d'Ankara sous tension

On ouvre ce journal en Allemagne, où le gouvernement a présenté une proposition pour repousser l'âge de la retraite jusqu'à 70 ans.

C'est mardi dernier, le 23 juin, à Berlin, qu'une commission d'experts mandatée par le gouvernement a présenté un plan en 33 points pour réformer en profondeur le système de retraite, le plus ancien au monde, créé par le chancelier Bismarck en 1889. Le chancelier Friedrich Merz a aussitôt apporté son soutien à ces recommandations, qu'il juge indispensables pour éviter l'effondrement d'un système sous pression. « Aucun citoyen n'a de raison de s'inquiéter », a-t-il assuré, promettant aux jeunes générations un « motif d'optimisme ».

Mais que prévoit concrètement cette réforme ?

La mesure phare, c'est le recul de l'âge légal de départ. Aujourd'hui fixé à 67 ans pour les départs prévus au début des années 2030, cet âge serait désormais indexé sur l'espérance de vie à partir de 2031, pour atteindre environ 70 ans vers 2092. La commission propose aussi de supprimer la retraite à 63 ans sans décote après 45 ans de cotisation, et de relever de 63 à 64 ans l'âge minimal du départ anticipé.

Mais l'âge n'est pas le seul levier.

Le plan prévoit également la création d'un fonds d'investissement public, sur le modèle suédois : salariés et employeurs verseraient une contribution supplémentaire de 2% du salaire brut, en plus des 18,6% actuels, des sommes placées sur les marchés financiers. Friedrich Merz, ancien banquier d'affaires, estime que ce fonds pourrait injecter près de 30 milliards d'euros par an dans l'économie. Les cotisations obligatoires seraient par ailleurs étendues aux fonctionnaires et aux indépendants.

Un projet qui suscite déjà la controverse.

Au sein même de la coalition, les sociaux-démocrates et les syndicats dénoncent une réforme inéquitable : supprimer la retraite à 63 ans pénaliserait les métiers pénibles et peu rémunérés, comme les maçons ou les aidants. D'autres jugent risquée cette dépendance aux marchés, dans une économie déjà fragilisée. Le gouvernement, lui, veut aller vite : il espère un vote au Parlement avant la pause estivale, le 10 juillet.

Une réforme jugée nécessaire pour répondre à un défi que partagent d'autres pays européens.

Car en Allemagne comme ailleurs en Europe occidentale, le vieillissement de la population met les systèmes de retraite sous tension. En Italie, l'âge légal de 67 ans pourrait grimper à près de 69 ans et demi d'ici 2050 ; au Danemark, il devrait atteindre 70 ans vers 2040 ; la France, elle, peine encore à appliquer son recul à 64 ans. Partout, les mêmes leviers : report de l'âge, indexation sur l'espérance de vie, maintien des seniors en activité pour tenter de relever un même défi : financer des retraités plus nombreux avec toujours moins d'actifs.

On continue ce journal à Bruxelles, où la Commission européenne veut alléger la facture fiscale des entreprises.

Ce mercredi 24 juin, l'exécutif européen a présenté un train de réformes de la fiscalité des entreprises, censé leur faire économiser de l'ordre de 8 milliards d'euros par an, dont 3,3 milliards rien qu'en coûts administratifs. Une initiative qui s'inscrit dans la politique de simplification menée depuis deux ans par Bruxelles, pour tenter de renforcer la compétitivité des entreprises européennes face aux États-Unis et à la Chine.

Mais en quoi consiste, concrètement, cette réforme ?

Aujourd’hui, une entreprise présente dans plusieurs pays de l’Union européenne doit jongler avec autant de régimes fiscaux différents, ce qui coûte cher et complique les démarches. La réforme veut simplifier tout ça : des règles plus harmonisées et la suppression de certaines taxes sur les sommes qu’une entreprise transfère d’un pays à l’autre. Elle prévoit aussi d'alléger la fiscalité sur la recherche, pour encourager les entreprises à innover et à investir en Europe.

Un projet qui suscite toutefois déjà des critiques.

Le paquet inclut une révision de la directive européenne contre l'évasion fiscale, ce qui inquiète des ONG comme Oxfam, qui défend une autre approche : alors que les profits des grandes entreprises battent des records et que les inégalités explosent, la priorité devrait être de faire davantage contribuer les plus riches, plutôt que d'accorder des avantages fiscaux aux grandes entreprises. La Commission se veut rassurante : pas question, assure-t-elle, de transiger sur les garanties contre la fraude. Reste enfin à convaincre les capitales : certaines de ces mesures devront recueillir l'unanimité des 27 pour entrer en vigueur.

On termine ce journal aux États-Unis, où le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche, ce mercredi, pour apaiser les tensions avant le sommet de l'Alliance, prévu les 7 et 8 juillet à Ankara.

L'enjeu, pour Mark Rutte, est avant tout de garder Washington dans le jeu. Le secrétaire général n’a dans cet objectif pas lésiné dans les louanges envers le président américain, saluant son rôle dans la guerre contre l'Iran et brandissant des graphiques sur la hausse des dépenses militaires européennes, plus de 90 milliards de dollars supplémentaires l'an dernier.

Mais la rencontre n'efface pas le différend de fond.

Donald Trump, qui qualifie régulièrement l'OTAN de « tigre de papier », a reproché aux Européens, en particulier à l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et Espagne, d'avoir refusé de soutenir l'offensive américaine contre Téhéran, lancée avec Israël le 28 février. Plusieurs alliés invoquent l'absence de consultation préalable et rappellent que l'OTAN reste une alliance défensive.

Une fracture que Mark Rutte tente de minimiser.

Le secrétaire général parle d'« incidents isolés » et mise sur l'effort budgétaire des Européens, qui visent 5 % du PIB d'ici 2035. Malgré ses griefs, Trump a confirmé sa présence à Ankara, par « respect », dit-il, pour le président turc Recep Tayyip Erdogan. Un sommet d'Ankara qui s'annonce donc sous tension, avec l'unité de l'Alliance en toile de fond.

Un journal de Giona Melotto et Thomas Kox