Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- La guerre entre l’Iran et Israël se régionalise
- Frappes meurtrières contre Kharkiv
- Élections régionales dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne
On ouvre ce journal avec un premier bilan, dix jours après le début de la guerre entre Israël et les États-Unis et l’Iran. Cette première semaine complète de conflit s’est achevée ce week-end, suivie de nouvelles frappes et de nouvelles ripostes, et la guerre semble déjà entrée dans une autre dimension. Il ne se limite plus à un affrontement entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv : il affecte désormais une grande partie du Moyen-Orient. Et sur le plan politique, l’événement majeur de ces dernières heures, c’est la désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, après la mort de son père Ali Khamenei dans les premières minutes de l’offensive, le 28 février.
Oui, Après dix jours de guerre, le premier constat, c’est que le régime iranien n’a pas donné de signe de rupture institutionnelle immédiate. Israël et les États-Unis ont visé très tôt le sommet du pouvoir iranien, plusieurs responsables militaires ainsi que des infrastructures stratégiques. Mais la transition au sommet a été rapide : l’Assemblée des experts a choisi Mojtaba Khamenei, qui apparaissait déjà depuis plusieurs années comme une figure connue au sein du système. Sa nomination est importante parce qu’elle vise à montrer que l’État iranien conserve une chaîne de commandement politique, religieuse et militaire malgré les frappes. Elle intervient aussi dans un contexte de fortes pressions extérieures, alors même qu’Israël a menacé publiquement de viser directement tout successeur de l’ancien guide suprême.
Ce premier bilan montre aussi que la guerre s’est régionalisée.
Depuis le 28 février, l’Iran ne répond pas seulement en direction d’Israël : des missiles et surtout des drones ont aussi visé ou survolé plusieurs pays du Golfe, où se trouvent des bases américaines. Des installations énergétiques et des infrastructures logistiques essentielles ont également été ciblées. Bahreïn a accusé Téhéran d’avoir touché une usine de dessalement, tandis que l’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté de nouveaux drones visant un vaste champ pétrolier. Dans le même temps, les bombardements israéliens et américains sur l’Iran se sont poursuivis, notamment contre des dépôts de carburant et d’autres installations énergétiques autour de Téhéran. Après dix jours, la guerre ne se joue donc plus seulement sur le terrain militaire classique : elle touche aussi les infrastructures vitales de la région.
L’autre élément marquant, c’est l’extension géographique et humaine de la crise.
Au Liban, Israël continue de frapper des zones liées au Hezbollah, notamment autour de Beyrouth, et plus d’un demi-million de personnes ont déjà été déplacées selon l’Associated Press. Les couloirs humanitaires et logistiques sont eux aussi perturbés : Reuters rapporte que la guerre entrave fortement l’acheminement de l’aide, notamment via Dubaï, qui sert de plateforme régionale pour de nombreuses opérations humanitaires vers Gaza, le Soudan ou encore certaines zones d’Afrique de l’Est. Cela veut dire qu’après dix jours seulement, les conséquences dépassent déjà les seuls pays directement engagés dans les combats.
Pour les Européens, l’enjeu principal reste surtout indirect mais très concret : l’énergie et le commerce.
Le détroit d’Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole mondial, est fortement perturbé, et les prix du brut ont dépassé les 100 dollars, avec des effets immédiats sur les marchés. Pour l’Europe, cela signifie un risque de hausse durable des coûts de l’énergie, mais aussi de nouvelles tensions sur les chaînes d’approvisionnement entre l’Asie et l’Europe.
En Europe, les positionnements face au conflit restent d’ailleurs assez différents.
L’Espagne a adopté l’une des lignes les plus critiques, Pedro Sanchez dénonçant des frappes illégales et dangereuses, avec le risque d’un embrasement régional incontrôlable. La France, elle, tient une position plus prudente : elle appelle à la retenue et insiste sur la nécessité de replacer la question dans un cadre multilatéral, en estimant notamment que ces frappes auraient dû être débattues au Conseil de sécurité de l’ONU. Au niveau de l’Union européenne, la ligne commune reste donc surtout un appel à la désescalade, au respect du droit international et à la protection des civils, mais avec des nuances sensibles entre États membres sur l’attitude à adopter face à Washington et à Israël.
On continue ce journal en évoquant la guerre en Ukraine, où une nouvelle frappe particulièrement meurtrière a visé Kharkiv ce week-end, la deuxième ville du pays.
Au moins dix personnes ont été tuées, dont deux enfants, lorsqu’un missile russe a frappé un immeuble résidentiel de cinq étages. Seize autres personnes ont également été blessées, selon les autorités locales.
Cette attaque s’inscrit dans une offensive aérienne beaucoup plus large menée dans la nuit de vendredi à samedi contre plusieurs régions ukrainiennes.
Oui, et cette frappe rappelle à quel point Kharkiv reste l’une des villes les plus exposées du pays. Située près de la frontière russe, elle est régulièrement visée depuis le début de l’invasion. Mais les attaques de ces derniers jours montrent aussi une pression renouvelée sur les zones urbaines et sur les infrastructures.
Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a lancé des dizaines de missiles et plusieurs centaines de drones au cours de cette nouvelle vague de bombardements, visant à la fois des sites énergétiques et des zones habitées.
L’armée ukrainienne affirme avoir intercepté une grande partie des projectiles, mais plusieurs impacts ont tout de même été enregistrés sur de nombreux sites.
Volodymyr Zelensky a dénoncé une nouvelle attaque contre des civils et appelé ses partenaires occidentaux à maintenir leur soutien militaire, notamment en matière de défense antiaérienne. Car au-delà du bilan humain à Kharkiv, c’est aussi une triste illustration de la vulnérabilité persistante des grandes villes ukrainiennes.
Alors qu’une partie de l’attention internationale est aujourd’hui tournée vers le Moyen-Orient, Kyiv cherche aussi à rappeler que la guerre en Ukraine continue de faire, elle aussi, des victimes civiles presque chaque jour.
Et on termine ce journal en prenant la direction de l’Allemagne où les élections régionales dans le Bade-Wurtemberg sont particulièrement observées et constituent le premier test électoral pour le chancelier Friedrich Merz depuis son arrivée au pouvoir.
Selon les premières projections, les Verts arrivent en tête de justesse, autour de 30,4 % des voix, devant la CDU à 29,7 %. La CDU, c’est l’Union chrétienne-démocrate, le grand parti conservateur allemand de centre droit, celui de Friedrich Merz. L’AfD, Alternative pour l’Allemagne, formation d’extrême droite anti-immigration, confirme de son côté sa progression et atteint près de 18,6 %. Le SPD - les sociaux-démocrates - tombe de son côté à un niveau historiquement bas, juste au-dessus du seuil des 5 % nécessaires pour rester au parlement régional.
Ce résultat est suivi de près parce que le Bade-Wurtemberg est l’un des Länder les plus riches et les plus industrialisés du pays, hébergeant les sièges de groupes comme Mercedes, Porsche ou Bosch.
C’est aussi un territoire symbolique, longtemps conservateur, mais dirigé depuis 2011 par les Verts. Leur bon score semble avoir été porté en grande partie par la popularité de leur tête de liste, Cem Özdemir, ancien ministre fédéral et figure nationale bien connue. Pour Friedrich Merz, ce n’est pas une déroute, mais c’est un signal mitigé : sa CDU progresse par rapport au précédent scrutin, sans parvenir à reprendre la première place. Et à ce stade, la coalition sortante entre les Verts et la CDU pourrait donc être reconduite.
Un journal d’Ulrich Huygevelde et Giona Melotto.