Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.
Au programme :
- L’interventionnisme de l’ambassadrice des États-Unis en Grèce crée la polémique à Bucarest et à Athènes.
- Les 27 se sont réunis lundi pour établir le protocole européen contre les attaques hybrides.
- Crise du logement : l’Espagne annonce la suspension des expulsions jusqu’en 2030 et le renouvellement automatique des baux.
Bonjour à toutes et à tous. On commence ce journal en Grèce, où l'ambassadrice des États-Unis, Kimberly Guilfoyle, ancienne présentatrice de la chaîne Fox News, est au cœur d'une enquête du Wall Street Journal.
Le quotidien américain raconte une scène survenue en mars, lors d'un dîner à Athènes. L'ambassadrice se serait disputée, devant les autres invités, avec le ministre grec de l'Énergie, Stavros Papastavrou. Elle aurait évoqué la chute prochaine du gouvernement roumain, avant de lancer : « Nous pouvons faire ça dans n'importe quel pays. Nous pouvons le faire ici. » Le ministre lui aurait rétorqué que les États-Unis ne pouvaient pas remplacer un gouvernement élu par le peuple.
L'avocat de l'ambassadrice conteste cette version des faits, mais la polémique ne retombe pas.
En Roumanie, les réactions se multiplient.
Oui car en mai, quelques semaines après ce dîner, le gouvernement roumain est bel et bien tombé. Les sociaux-démocrates du PSD ont quitté la coalition au pouvoir. Ils ont ensuite voté avec le parti d'extrême droite AUR pour renverser le Premier ministre, Ilie Bolojan.
Les critiques visent donc les responsables de partis qui ont fait tomber le gouvernement. Un député de l'opposition centriste roumaine a porté plainte contre trois d’entre eux. Il les accuse d'avoir négocié avec une puissance étrangère la soumission et la déstabilisation économique de la Roumanie.
Derrière l'affaire, un enjeu gazier.
Depuis son arrivée à Athènes, l'ambassadrice défend un projet de gazoduc, le « corridor vertical ». Il doit faire remonter du gaz naturel liquéfié américain depuis la Grèce vers la Bulgarie, la Roumanie, puis l'Europe centrale et l'Ukraine. La diplomate aurait fait pression sur plusieurs dirigeants de la région pour qu'ils achètent ce gaz, mais le Premier ministre roumain de l’époque s’était montré réticent, d’où son courroux.
Et cette affaire est loin d'être isolée.
Oui, depuis le retour de Donald Trump, Washington s'immisce de plus en plus ouvertement dans la politique européenne. En février 2025, à Munich, le vice-président JD Vance critiquait déjà l'annulation de la présidentielle roumaine. Il avait ensuite rencontré Alice Weidel, la cheffe de l'AfD, le parti d'extrême droite allemand. Trois mois plus tard, l'Allemagne classait ce parti comme extrémiste. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a alors dénoncé une « tyrannie déguisée ».
Et en France ?
L'ambassadeur américain à Paris, Charles Kushner, a été convoqué deux fois au Quai d'Orsay pour ingérence. La première fois, en août 2025, il avait écrit à Emmanuel Macron pour l'accuser de ne pas lutter assez contre l'antisémitisme. Paris avait rappelé qu'un ambassadeur n'a pas à se mêler des affaires intérieures du pays où il est en poste. La seconde fois, en février, son ambassade avait relayé des commentaires de Washington sur la mort du militant d'extrême droite Quentin Deranque. L'ambassadeur ne s'est pas présenté à ces deux convocations et Paris a fini par limiter l’accès de ses ministres aux diplomates américains.
Et Washington l'assume : dans sa stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre, la Maison-Blanche dit vouloir « cultiver la résistance » à la trajectoire actuelle de l'Europe, au sein même des pays européens.
On poursuit ce journal à Bruxelles où les ministres européens de la Défense et des Affaires étrangères se sont réunis pour lancer les discussions sur une riposte collective face à la multiplication des attaques hybrides sur le sol européen.
Jusqu'ici, la réponse aux attaques hybrides repose largement sur les capacités nationales et sur la coopération avec l'OTAN. L'Union européenne entend désormais mieux coordonner les instruments dont elle dispose. La riposte commune se fera par le biais d’un protocole d’urgence, un mécanisme qui permettrait aux États membres de coordonner rapidement leur réponse lorsqu'ils sont confrontés à une attaque hybride.
Le projet s'articule autour de plusieurs enjeux majeurs.
Ce protocole doit permettre aux États membres de mobiliser plus rapidement plusieurs outils déjà à leur disposition : les sanctions économiques, le gel des avoirs, les restrictions de visas, l'expulsion coordonnée de diplomates ou encore la désignation publique des responsables d'une attaque. Mais les discussions ne font que commencer.
Cette réunion intervient dans un contexte de fortes tensions avec Moscou.
Quelques jours plus tôt, le 25 septembre, le média russe RIA Novosti avait brièvement publié une tribune évoquant une possible opération militaire contre la Lituanie. Une publication qui a alimenté les inquiétudes dans la région, bien qu’elle ne constitue pas, en elle-même, une annonce officielle du Kremlin.
Lors de la réunion, le ministre ukrainien de la défense est intervenu en visioconférence notamment pour demander un renforcement du soutien à Kiev en termes de défense aérienne.
À l'issue de la réunion, aucun nouvel engagement n'a été annoncé concernant la livraison de missiles intercepteurs américains “Patriot” à l'Ukraine. Certains États membres, comme l’Espagne et la Grèce, restent réticents à fournir à l’Ukraine les missiles dont ils disposent, d’autant plus que l’accord de Washington est obligatoire pour revendre ce type de matériel militaire.
Et on termine ce journal en Espagne où des mesures concernant le logement ont été prises, après plusieurs jours de contestations sociales.
Alors que la colère contre les expulsions et la hausse des loyers monte en Espagne, des militants pour le logement ont occupé un bureau du gouvernement à Madrid en organisant un sit-in. Ils ont réclamé la mise en place d'un cadre officiel de négociation avec les autorités afin de discuter des cas d'expulsion, des dettes et des situations de logement contestées.
Ces protestations ont notamment été déclenchées par l'expulsion, la semaine dernière, de Marie Carmen, une femme de 87 ans, de son domicile madrilène, après le rachat de celui-ci par une société immobilière.
Sous pression, le gouvernement de coalition de Pedro Sánchez est parvenu à un accord.
L’exécutif espagnol a annoncé ce mardi deux mesures pour répondre à la crise du logement : prolonger jusqu'en 2030 la protection contre les expulsions des locataires vulnérables et permettre la prorogation automatique de certains contrats de location jusqu'en 2028.
Ces deux décrets-lois doivent désormais être soumis au Congrès des députés.
Ces deux mesures, annoncées sur X par la ministre de la Santé, Mónica García Gómez, à l’issue des négociations au sein de la coalition gouvernementale, font partie de deux textes présentés par l’exécutif et qui doivent encore être votés au Parlement, où le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez n’a pas de majorité.
Un journal de Thomas Kox et Mathilde Boh.