Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 24 juin 2026

Combattants talibans dans un Humvee capturé après la chute de Kaboul, en août 2021. ©  Voice of America News, Public domain, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 24 juin 2026
Combattants talibans dans un Humvee capturé après la chute de Kaboul, en août 2021. © Voice of America News, Public domain, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :

  • Les talibans à Bruxelles : une première rencontre avec l'UE sous haute tension
  • La Hongrie vote ses lois anticorruption pour débloquer les fonds européens
  • Albanie : du projet Kushner à la révolte contre la corruption

On ouvre ce journal en évoquant une visite inédite et polémique à Bruxelles. Hier, mardi, des représentants du gouvernement taliban afghan ont rencontré pour la première fois des responsables de l'Union européenne.

C'est la toute première fois qu'une délégation représentant les talibans est accueillie par l'Union européenne, depuis leur retour à la tête de l’Afghanistan, en août 2021. Une rencontre à huis clos, organisée dans un lieu tenu secret de la capitale belge et en dehors des locaux de la Commission. La délégation afghane comptait 5 personnes, conduites par Abdul Qahar Balkhi, porte-parole du ministère afghan des Affaires étrangères. Pour se rendre à Bruxelles, ses membres ont obtenu un visa spécial, valable une seule journée et délivré par le ministère belge des Affaires étrangères. Côté européen, la réunion était co-présidée par les services de la Commission et par la Suède, en présence de représentants de 15 des 27 États membres.

Une réunion strictement technique, insiste Bruxelles.

C'est en tout cas la ligne défendue par la Commission. Selon son porte-parole Markus Lammert, ces contacts ne valent en aucun cas reconnaissance du régime, qu'aucun État de l'Union ne reconnaît. L'objectif affiché : faciliter le retour et la réadmission des ressortissants afghans sans droit de séjour dans l'Union, en ciblant en priorité ceux qui ont commis des crimes graves ou qui représentent une menace pour la sécurité. La rencontre faisait suite à une mission de la Commission à Kaboul en janvier dernier.

Mais la délégation afghane, elle, est arrivée avec ses propres demandes.

Selon le média Euractiv, les représentants talibans auraient profité de cette visite pour réclamer un accès consulaire en Europe et le rétablissement des services consulaires destinés aux Afghans. Une revendication qui s'inscrit dans une stratégie plus large : les talibans cherchent à sortir de leur isolement. La plupart des ambassades afghanes en Europe restent aujourd'hui dirigées par des diplomates nommés, avant 2021, par l’ancien régime afghan, l'Allemagne étant le seul pays à avoir accepté des représentants désignés par les talibans.

Une ouverture qui est loin de faire l'unanimité.

La visite a été vivement dénoncée par les organisations de défense des droits humains. Pour Amnesty International comme pour Human Rights Watch, dialoguer avec les talibans revient à légitimer un régime accusé de graves atteintes aux droits fondamentaux, en particulier ceux des femmes. La prix Nobel de la paix Malala Yousafzai s'est dite « profondément ébranlée ». Au Parlement européen, une résolution non contraignante a déploré l'invitation et appelé la Commission à maintenir sa ligne de non-reconnaissance. Du côté afghan, à l'inverse, le chef de la délégation Abdul Qahar Balkhi a salué une visite « historique ».

On poursuit ce journal en Hongrie, où le Parlement a approuvé ce mardi 23 juin une série de mesures anticorruption.

Un vote très attendu, qui doit ouvrir la voie au déblocage de milliards d'euros de fonds européens, gelés depuis des années en raison des atteintes à l'État de droit sous le gouvernement de Viktor Orbán. Fin mai, l'Union européenne avait annoncé être prête à débloquer plus de 16 milliards d'euros destinés à la Hongrie, à la condition que le pays mène à bien les réformes réclamées de longue date par Bruxelles.

Des réformes désormais portées par un gouvernement qui présente une ligne à l'opposée du précédent.

Le Premier ministre pro européen Péter Magyar, qui a mis fin à 16 ans de pouvoir de Viktor Orbán en avril, en a fait l'axe central de son « changement de régime ». Et le texte est passé sans encombre : 142 voix pour, 39 contre, 3 abstentions. Son parti, Tisza, contrôle plus des deux tiers du Parlement, de quoi réformer librement, y compris la Constitution, sans opposition.

Concrètement, la loi muscle le principal gendarme anticorruption du pays.

L'Autorité pour l'intégrité, créée fin 2022 à la demande de l'Union mais jusqu'ici sans réels moyens d'action, pourra désormais examiner les déclarations de patrimoine, saisir la justice et bloquer des marchés publics suspects pour vérifier le bon usage des fonds européens. Des fonds qui pèsent lourd : environ 13% du budget hongrois, selon Peter Magyar.

Mais le déblocage des fonds européens ne dépend pas que de la lutte contre la corruption.

Les fonds européens ont été gelés dans le cadre de plusieurs procédures visant les politiques de Viktor Orbán, qui concernent aussi les droits des personnes LGBTQIA+ et des demandeurs d'asile. Le Parlement doit par ailleurs réformer les médias publics, que l'ancien gouvernement était accusé d'avoir transformés en organes de propagande. Si Budapest suit l'ensemble de cette feuille de route, les premiers versements pourraient intervenir avant la fin de l'année.

On termine ce journal en Albanie, où des manifestations d'une ampleur inédite secouent le pays depuis bientôt un mois.

Tout est parti, fin mai, d'un projet touristique très controversé : un complexe de luxe prévu sur l'île de Sazan et sur un littoral pourtant classé zone protégée. Sa construction a été autorisée après une modification de la loi qui encadrait la protection de la zone, ouvrant la voie à son développement touristique. Un projet à plusieurs milliards, lié à la société de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.

Mais la contestation a vite dépassé la seule question environnementale.

Les manifestants dénoncent désormais la corruption de la classe politique, accusée de brader le pays, terres protégées comprises, à des investisseurs étrangers. Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Tirana pour réclamer la démission, et même l'arrestation, du Premier ministre Edi Rama. Ce dernier reste pour l'instant inflexible : il refuse de quitter le pouvoir.

Une crise qui tombe mal pour Tirana.

Car l'Albanie est officiellement candidate à l'Union européenne, qu'elle espère rejoindre d'ici 2027. Or la corruption, particulièrement répandue dans le pays, est précisément l'un des points qui freinent ce processus d'adhésion. De quoi donner à ces manifestations une résonance bien au-delà des frontières albanaises.

Un journal de Giona Melotto et Thomas Kox