Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 25 mars 2026

Légende : Des enfants sans-abri sur un pont ferroviaire à Budapest, août 2024.   Source: SZERVÁC Attila, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Aujourd'hui en Europe - 25 mars 2026
Légende : Des enfants sans-abri sur un pont ferroviaire à Budapest, août 2024. Source: SZERVÁC Attila, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde. 

Au programme: 

  • Plan logement de l’UE: la situation actuelle en Europe 
  • Le nouvel accord commercial UE-Australie a été signé ce mardi par Ursula von der Leyen 
  • L’Arménie accélère son rapprochement avec l’UE: les deux territoires développent leur coopération dans plusieurs domaines

On ouvre ce journal en évoquant la crise du logement qui touche aujourd’hui toute l’Europe. Partout sur le continent, trouver un logement abordable et décent devient de plus en plus difficile. Ce qui apparaissait hier encore comme un problème local est devenu un enjeu social et économique majeur pour toute l’Union. 

Oui, et les chiffres donnent la mesure de cette crise. Entre 2015 et 2024, les prix des logements ont augmenté de 53 % en moyenne dans l’Union. Les loyers, eux, ont progressé de 27,8 % entre 2010 et le début de 2025. Près de 10 % des ménages urbains consacrent désormais plus de 40 % de leurs revenus au logement. Et le sans-abrisme progresse lui aussi fortement : environ 1,3 million de personnes dorment chaque nuit dans la rue ou dans des hébergements d’urgence dans l’Union. Selon Euronews, c’est 30 % de plus qu’en 2019, et 70 % de plus qu’il y a dix ans.

Quelles sont, justement, les causes structurelles de cette crise ? 

D’abord, il y a un déséquilibre profond entre l’offre et la demande. Dans les villes, la demande explose sous l’effet de l’urbanisation, de la hausse du nombre de petits ménages, des migrations internes et de l’attractivité des grands centres pour le travail et les études. Mais l’offre ne suit pas. Les coûts de construction sont élevés, les règles sont fragmentées, les procédures sont lentes, et le logement social a reculé : il ne représentait plus que 8 % du parc en 2021, contre 11 % en 2010. À cela s’ajoutent les locations de courte durée destinées au tourisme, qui retirent une partie du parc du marché locatif classique dans les zones parmi les plus tendues.

Et il y a aussi un facteur financier très important. 

Oui. Pendant des années, les taux très bas ont alimenté la hausse des prix. Puis, à partir de 2022, la remontée des taux a rendu les crédits plus chers, écartant une partie des ménages de l’achat et reportant davantage de demande sur la location. Résultat : les loyers ont continué à grimper. À cela s’ajoutent aussi l’investissement spéculatif et les locations de courte durée, qui réduisent encore l’offre disponible dans certaines grandes villes.

Face à cette crise, que peut réellement faire l’Union européenne, alors que le logement reste d’abord une compétence nationale et locale ?

Bruxelles ne peut pas imposer une politique unique du logement ni encadrer directement les loyers. En revanche, l’Union peut financer, coordonner et soutenir les États et les villes. C’est le sens du Plan européen pour le logement abordable présenté par la Commission fin 2025 : il repose sur quatre piliers, stimuler l’offre, mobiliser l’investissement, accompagner les réformes nationales et protéger les plus vulnérables. Côté financements, la Commission met en avant plus de 43 milliards d’euros déjà mobilisés sur la période 2021-2027, et annonce 10 milliards supplémentaires attendus en 2026 et 2027. Mais la réussite de ce plan dépendra surtout de la capacité des États, des régions et des villes à utiliser concrètement ces fonds, à les compléter par des financements nationaux et privés, et à adapter les réponses aux réalités locales. 

On continue ce journal en Australie où a été signé hier, lors de la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen à Canberra, un nouvel accord de libre échange entre l’Union européenne et l’Australie, qui devra  faciliter les échanges de biens et de services et l’accès aux ressources stratégiques.

Après 8 ans de négociations, longtemps bloqués à cause de débats sur l'utilisation des appellations géographiques européennes et l'importation de bœuf australien en Europe, un tournant a été franchi hier avec l'adoption d’un nouvel accord de libre échange supprimant 99% des droits de douane entre les deux territoires. Le marché se libéralise davantage pour les exportations agricoles, mais aussi pour tout type de produits, de services et pour l’accès aux minerais australiens. L’accord doit pour l’instant encore être approuvé par le Conseil européen. 

Et quel est l’impact économique prévu de ce partenariat? 

Les exportations européennes devraient croître de 33% sur la prochaine décennie. Si l’on cumule les quatre accord inédits récemment conclu par l’UE, donc avec l’Inde, l’Indonésie, les pays du Mercosur et maintenant l’Australie, c’est un nouveau marché de plus de 2 milliards d’habitants qui s’ouvre, pouvant apporter jusqu’à 4 milliard d’euro de PIB supplémentaire d’ici 2030 aux pays de l’UE. Pourtant, l’accord est aussi source de critiques, notamment par les agriculteurs, même si des quotas sur les produits agricoles sensibles de l'UE, comme le boeuf, ont été instaurés, tandis que la taxe australienne sur les voitures de luxe est elle-aussi restée.  

Mais cet accord n’est pas seulement économique, c’est aussi un partenariat renforcé sur la sécurité et la défense. 

En effet, Anthony Albanese, le premier ministre australien et Ursula von der Leyen ont convenu de renforcer leur coopération en matière de défense, renforcant leur cadre dans l’industrie de la défense, de la sécurité maritime, de la cybersécurité et de la lutte contre le terrorisme et la désinformation. C’est aussi un accord stratégique pour l’UE, car l’Australie possède de larges gisements de ressources dites critiques, comme le lithium, l’aluminium ou le bauxit: pour l’Europe, il est donc nécessaire de sécuriser l’approvisionnement de ces ressources là afin de se rendre moins dépendant de la Chine. 

Et pourquoi cet accord a-t-il été signé maintenant?

Parce qu’entre le retour de Donald Trump au pouvoir, la guerre en Ukraine, celle au Moyen-Orient et les pressions économiques chinoises, chaque accord commercial devient un enjeu stratégique pour l’UE, qui se doit de sécuriser des nouveaux marchés avec des pays stables et démocratiques, comme les pays de la région indo-pacifique. 

Nous clôturons ce journal en Arménie, qui renforce à son tour ses liens avec l’Union européenne

Ce petit pays du Caucase, qui a récemment conclu un accord de paix avec l'Azerbaïdjan pour mettre fin à plus de 30 ans de conflit dans le Haut-Karabakh, est lui aussi en train de devenir un partenaire de l’UE. En renforçant leur coopération dans les domaines du transport, de l'énergie, de la connectivité et de la sécurité, surtout depuis la réouverture de plusieurs frontières locales, Bruxelles et Erevan atteignent des relations dites exceptionnelles, selon la commissaire européenne à l’élargissement Marta Kos, en visite la semaine dernière dans le pays. 

Et qu’apporte réellement ce renforcement diplomatique de plus que l’accord déjà conclu en 2017 ?

Et bien, alors que l’Arménie avait voté l’année dernière pour débuter le processus d’adhésion à l’UE, les deux partenaires tentent aujourd'hui de maintenir un dialogue structuré et régulier sur les questions politiques et sécuritaires. Pour l’UE, cela intervient dans sa politique de voisinage et de ce qu’elle appelle son “partenariat oriental”; pour l’Arménie, c’est un pas toujours plus renforcé vers l’Ouest qui lui permet de s’éloigner de son ancien protecteur russe. Un sommet UE-Arménie est prévu à Erevan, le 5 mai prochain. 

Un journal de Giona Melotto et Salomé Moinet