Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Moscou et la Syrie de transition : Al-Charaa négocie l’après-Assad
- Conseil de l’Europe : une plateforme pour les Russes anti-guerre, sans Moscou
- Accord migratoire : Kigali réclame 57,5 millions d’euros à Londres
On ouvre ce journal à Moscou, où Vladimir Poutine a reçu mercredi 28 janvier le président syrien intérimaire Ahmed al-Charaa. Il s’agissait de la deuxième visite officielle du dirigeant syrien en Russie depuis la chute de Bachar al-Assad, ancien président renversé en décembre 2024, longtemps soutenu militairement par Moscou, notamment par l’engagement direct de l’armée russe en Syrie et les bombardements massifs d’Alep, qui ont marqué la guerre civile.
La rencontre est intervenue dans un contexte de forte incertitude pour la Syrie, engagée dans une transition politique délicate et confrontée à une pression économique et sécuritaire majeure.
Pourquoi cette rencontre ?
Cette seconde visite s’articulait autour d’un enjeu central : l’avenir de la présence militaire russe en Syrie. Moscou cherche à préserver ses positions stratégiques, notamment la base aérienne de Hmeimim et la base navale de Tartous, deux installations essentielles pour son accès à la Méditerranée et le maintien de son influence régionale.
Contraint de s’adapter aux nouvelles réalités de l’après-Assad, le Kremlin cherche désormais un terrain d’entente avec les nouvelles autorités syriennes, malgré de nombreux non-dits. Vladimir Poutine a affirmé soutenir les efforts de Damas pour restaurer l’intégrité territoriale du pays, en particulier face aux groupes kurdes dans le nord-est.
Et la Russie envisage-t-elle un retrait ?
Des responsables syriens évoquent un redéploiement partiel, notamment autour de l’aéroport de Qamichli, que les forces russes utilisaient depuis 2019 et qu’elles auraient récemment évacué. Le Kremlin est resté volontairement flou, tout en reconnaissant que la question de la présence militaire était au cœur des discussions. Une manière d’ajuster son dispositif, de réduire les coûts d’un engagement prolongé, tout en conservant des points d’appui clés.
Que peut attendre pour sa part le leader syrien de Moscou ?
D’abord, des garanties politiques dans une période où son pouvoir reste fragile. Ensuite, un soutien économique et financier : la Syrie a un besoin urgent de partenaires pour la reconstruction, l’approvisionnement énergétique et la relance des échanges commerciaux. Le président intérimaire souhaitait aussi clarifier l’équilibre des forces dans le nord-est, un dossier dans lequel la Russie demeure un acteur incontournable.
Et la question de Bachar al-Assad ?
Elle reste particulièrement sensible. L’ancien président vit toujours en Russie, où il s’est réfugié avec sa famille après sa chute. Le sujet n’a pas été abordé publiquement. Le Kremlin cherche manifestement à s'accommoder de la transition syrienne sans rompre totalement avec l’ancien régime, ni créer un précédent politique risqué pour ses autres alliés.
Le contexte régional est également en arrière plan de cette rencontre
Oui cette visite s’inscrit bien sûr enfin dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué par les menaces américaines contre l’Iran, les mises en garde de Donald Trump et la crainte d’une escalade militaire au Moyen-Orient — un climat observé avec attention à Moscou, et sans doute aussi à Damas, voisin directe de l’Iran.
On poursuit ce journal à Strasbourg, au Conseil de l’Europe — la principale organisation paneuropéenne de défense des droits humains. L’Assemblée parlementaire, l’APCE, vient d’avaliser l’entrée de 15 opposants russes en exil dans une plateforme de dialogue : ils y siègent désormais sans représenter officiellement la Russie, exclue de l’institution en mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine.
Oui les délégués russes siègeront dans une nouvelle plateforme créée en octobre 2025, et dont le Bureau de l’Assemblée a approuvé la composition le 26 janvier 2026, en ouverture de la session d’hiver. L’idée : rouvrir un canal politique avec “l’autre Russie”, celle qui rejette la guerre et revendique des droits et des libertés.
Qui sont ces 15 personnes ?
Le groupe réunit des profils issus de la société civile et de l’opposition. Parmi les personnes choisies pour représenter la Plateforme de dialogue figurent l’ancien prisonnier politique Vladimir Kara-Mourza, Nadejda Tolo konni kova, musicienne russe, artiste conceptuelle et militante politique, ainsi qu’Oleg Orlov, lauréate du prix Nobel de la paix en 2022.
Quelle sera la vocation de cette plate-forme ?
D’organiser des échanges réguliers avec des parlementaires des 46 États membres du Conseil de l’Europe — et à porter, au niveau européen, les intérêts des Russes opposés à l’agression en Ukraine. Dans le texte fondateur, l’Assemblée explique vouloir contribuer à un changement démocratique durable en Russie, à une paix juste en Ukraine et à la responsabilité pour les crimes internationaux commis. Première réunion annoncée jeudi 29 janvier à 13 heures.
On termine ce journal à La Haye, où le Rwanda vient de saisir la Cour permanente d’arbitrage pour un bras de fer financier avec le Royaume-Uni. Kigali réclame 50 millions de livres — environ 57,5 millions d’euros — après l’arrêt du partenariat migratoire conclu avec Londres, le MEDP (Migration and Economic Development Partnership). De quoi s’agit-il exactement ?
Du “pacte Rwanda” : le Royaume-Uni s’était engagé à financer Kigali en échange de l’accueil de migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, avec un objectif de dissuasion. Mais le dispositif a été bloqué par des recours, et seules quatre personnes ont finalement été envoyées — volontairement — selon Reuters.
Qu’est-ce qui pousse le Rwanda à engager une procédure d’arbitrage maintenant ?
D’après Kigali, Londres a rompu des engagements financiers. Le Rwanda explique que le Royaume-Uni lui a demandé en 2024 de renoncer à deux versements de 50 millions de livres prévus en avril 2025 et avril 2026, en attendant la fin formelle du traité. Kigali dit avoir accepté le principe bien que selon elle les negotiations n’ont jamais aboutis
Et quelle est la réponse britannique à ce stade ?
Le gouvernement Starmer, qui a enterré le dispositif en 2024, assure que le plan était un “gaspillage” et qu’il n’y aura pas de paiements supplémentaires. Londres fait valoir que le partenariat a été résilié dans les règles, et renvoie désormais le dossier à la procédure d’arbitrage, sans exclure de contester la somme réclamée.
Un journal de Thomas Kox et Giona Melotto.