Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, Paul Thorineau et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Iran : l’UE prépare un nouveau paquet de sanctions après la répression meurtrière
- Groenland : l’Europe déploie des troupes, Washington maintient ses ambitions
- Bruxelles investit 220 millions d’euros pour développer une IA “de confiance”
On ouvre ce journal en Iran, où des ONG commencent à documenter la terrible répression qui s’est abattue sur les manifestants ces derniers jours.
Oui. D’après Iran Human Rights, qui affirme avoir obtenu de nouvelles preuves, les forces de sécurité iraniennes auraient utilisé des armes lourdes, notamment des mitrailleuses antiaériennes, lors d’attaques contre les manifestants entre le 8 et le 11 janvier. L’ONG évoque aussi des massacres de grande ampleur durant cette période.
Toujours selon ces rapports, une présence massive de forces militaires a été observée dans de nombreuses villes, avec des mesures assimilables à un état de quasi-loi martiale, notamment des restrictions très strictes des déplacements chaque soir. Les informations restent cependant toujours extrêmement difficiles à vérifier à cause du blackout imposé depuis plusieurs jours.
Et pendant que la situation reste totalement opaque sur le terrain, Bruxelles prépare une nouvelle réponse.
Oui. Selon Euractiv, l’Union européenne s’apprête à imposer un nouveau paquet de sanctions visant environ 20 responsables iraniens et 10 entreprises, dont plusieurs fabricants de drones liés aux forces de sécurité. La proposition, envoyée jeudi aux États membres, pourrait être validée d’ici la fin du mois si les Vingt-Sept parviennent à se mettre d’accord.
Mais ce paquet ne va pas aussi loin que certains l’espéraient.
En effet. Toujours selon Euractiv, il n’inclut pas le Corps des Gardiens de la révolution, institution pourtant au cœur de la répression. La France, l’Italie et l’Espagne bloqueraient pour l’instant cette mesure, jugée trop sensible politiquement.
La Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas a confirmé que ce nouveau train de sanctions devrait être prêt pour discussion lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères le 29 janvier prochain à Bruxelles.
Les États-Unis continuent eux de souffler le chaud et le froid.
Oui après avoir annoncé que “l’aide était en route” et appelé les manifestants à renverser les institutions iraniennes, Donald Trump a semble-t-il fait machine arrière sous pression de l’Arabie Saoudite et d’Oman notamment qui craignaient qu’une intervention américaine n’embrase la région. Washington a cependant annoncé une nouvelle série de sanctions visant des responsables iraniens et plusieurs réseaux financiers accusés d’alimenter l’appareil répressif du régime. Le Trésor américain parle d’un signal clair destiné à affaiblir les leviers sécuritaires du pouvoir iranien.
On poursuit ce journal au Groenland, où l’arrivée de militaires européens n’a pas entamé les ambitions américaines pour l’île arctique.
Oui. La Maison-Blanche a été très claire : le déploiement de soldats européens, assez peu nombreux au demeurant, « n’a aucun impact » sur les plans du président Donald Trump visant à prendre le contrôle du territoire. Sa porte-parole Karoline Leavitt a assuré que cette présence « n’affecte ni la prise de décision du président, ni son objectif d’acquisition du Groenland ».
Et cette affirmation intervient dans un climat diplomatique très tendu.
Oui. Quelques heures plus tôt, une réunion à Washington entre responsables américains, danois et groenlandais s’était soldée par un constat très net de désaccord, le ministre danois des Affaires étrangères parlant d’un « désaccord fondamental » avec les États-Unis sur l’avenir de l’île — un territoire stratégique, riche en ressources et situé au cœur des routes arctiques.
C’est dans ce contexte que l’Europe a décidé de renforcer concrètement sa présence sur place.
La France, l’Allemagne, la Suède et la Norvège ont annoncé l’envoi de militaires pour une mission de reconnaissance à Nuuk. Berlin précise que cette mission menée par plusieurs Etats membres de l’OTAN vise « à explorer des options pour assurer la sécurité face aux menaces russes et chinoises dans l’Arctique ». Un détachement de 13 soldats allemands est déjà déployé sur l’île, à l’invitation du Danemark. Paris, de son côté, a confirmé l’envoi de forces terrestres, aériennes et maritimes supplémentaires, avec des renforts attendus dans les prochains jours.
Et du côté de Bruxelles, l’engagement européen se veut désormais très affirmé. Oui. Ursula von der Leyen, en déplacement le 16 janvier à Chypre pour une réunion sur la sécurité en Méditerranée orientale, a assuré que l’Union européenne avait « doublé ses investissements et son soutien au Groenland ».
Elle a aussi insisté sur un point précis : malgré les tensions, l’UE compte poursuivre son travail sur la sécurité arctique « avec nos alliés, nos partenaires, y compris les États-Unis ».
Une formule remarquée, tant elle contraste avec le climat de tension actuel, Washington accusant l’Europe et le Danemark de « ne pas faire assez » pour sécuriser l’île.
Clôturons ce journal à Bruxelles, où la Commission européenne vient d’annoncer un nouveau financement pour soutenir l’innovation dans le numérique.
Oui. Plus de 220 millions d’euros seront investis pour développer une intelligence artificielle dite “de confiance”, c’est-à-dire des technologies conformes aux normes européennes de sécurité, de transparence et de protection des données. Ce financement s’inscrit dans deux appels à projets du programme Horizon Europe, le grand programme européen de recherche et d’innovation.
Et concrètement, que va financer ce programme ?
Essentiellement, des outils d’IA, audités et utilisables dans des secteurs sensibles comme la santé, l’énergie ou l’administration publique. Une partie des fonds servira aussi à développer des services de données sécurisés, indispensables pour entraîner et déployer des modèles fiables.
Et derrière cet investissement, l’Europe veut envoyer un message ?
Oui. Bruxelles veut montrer qu’il est possible d’innover sans sacrifier les droits fondamentaux, tout en soutenant les entreprises qui développent des technologies responsables. La Commission parle d’un “accélérateur stratégique” destiné à renforcer le rôle de l’UE dans la course mondiale à l’IA.
Un Journal de Thomas Kox et Giona Melotto.