Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 7 octobre 2026

Port Varna, Bulgarie. © wikicommons Aujourd'hui en Europe - 7 octobre 2026
Port Varna, Bulgarie. © wikicommons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.

AU PROGRAMME : 

-La Bulgarie dénonce une attaque de drones « absolument inacceptable » contre deux navires en mer Noire

- La France et l’Allemagne veulent donner à l’Union le pouvoir de fermer son marché

- Espagne : L'ancien leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont peut désormais rentrer sur le territoire espagnol librement

Bonjour à tous. On commence ce journal en mer Noire, où les attaques de drones contre des navires commerciaux se rapprochent dangereusement des côtes européennes.

Oui, bonjour. Deux navires commerciaux ont été frappés dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 octobre, dans la zone économique exclusive de la Bulgarie. Selon le Premier ministre bulgare Rumen Radev, ils ont été attaqués par des drones maritimes et aériens, à environ 130 kilomètres à l'est de la ville de Byala. Il a dénoncé une attaque "absolument inacceptable".

Que sait-on de ces deux navires ?

Le premier, l'Alfa Watan, battant pavillon togolais, a coulé ; son équipage est toujours porté disparu. Le second, l'Able, transportait du blé : un incendie s'est déclaré à bord, mais ses 18 membres d'équipage ont pu être évacués, dont deux blessés. La veille, le Royad Mammadov, un cargo turc chargé de céréales ukrainiennes, avait coulé dans la zone économique de la Roumanie après une frappe de drones. Deux marins sont morts. Volodymyr Zelensky accuse la Russie de cette attaque. Pour la Bulgarie, en revanche, Roumen Radev a reconnu qu'il était pour l'instant impossible de déterminer de quel pays venaient les drones.

Trois navires en deux jours, dans les eaux de deux pays de l'OTAN. Peut-on parler d’une escalade ?

C'est la première attaque de ce type dans la zone économique exclusive bulgare. Selon la Chambre de commerce maritime de Turquie, 226 navires civils ont été pris pour cible en mer Noire depuis le début de la guerre, en grande majorité cette année. La menace ne se limite plus aux abords des ports ukrainiens et russes.

Avec des conséquences économiques immédiates ?

D'abord sur l'assurance. Mi-septembre, le marché londonien de l'assurance maritime a étendu sa zone à haut risque à l'ensemble de la mer Noire. Les primes de risque de guerre ajoutent désormais des centaines de milliers de dollars de coûts pour chaque traversée d'une semaine. Le Premier ministre bulgare l'a lui-même souligné : ces attaques compliquent fortement la navigation et font encore grimper les primes d'assurance.

Et pour l'Ukraine, dont l'économie dépend largement de ces routes maritimes ?

L’impact pourrait être important : l'Ukraine expédie plus de 90 % de ses exportations de céréales par ses ports, et les produits agricoles représentent la plus grosse part de ses exportations. Depuis début juillet, les frappes russes sur Odessa ont fait chuter de plus de 90 % les expéditions hebdomadaires de céréales et d'oléagineux, selon des données citées par Bloomberg. Kiev a abaissé sa prévision d'exportations pour la saison à 38-40 millions de tonnes, contre 43 millions auparavant. La Banque nationale d'Ukraine estime la perte de recettes d'exportation à environ 2,5 milliards de dollars sur le second semestre. La voie de secours du Danube est elle-même limitée par une sécheresse qui fait descendre le fleuve à un niveau record.

Ces pertes tombent au pire moment pour Kiev. Que coûte cette guerre à l'Ukraine, et donc à l'Europe ?

Chaque cargaison bloquée à Odessa, ce sont des devises en moins pour un État déjà à bout de souffle. Le budget ukrainien prévoit cette année un déficit de 18,5 % du PIB. Face à cette situation, ce sont les Européens qui soutiennent largement l'économie ukrainienne à bout de bras : les Vingt-Sept ont accordé à Kiev un prêt de 90 milliards d'euros pour 2026 et 2027. Et la facture continue de grimper avec les destructions : la reconstruction est déjà évaluée à près de 588 milliards de dollars sur dix ans, presque trois fois le PIB ukrainien. 

On poursuit ce journal en évoquant la proposition de la France et de l'Allemagne qui souhaitent donner à l’Union européenne de nouveaux moyens pour protéger son marché.

Lundi, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont adressé à Ursula von der Leyen une lettre consacrée à la politique commerciale européenne. Ils y évoquent un « choc industriel massif » qui touche la pharmacie, l'automobile, l'aéronautique, la machine-outil ou encore la chimie.

Concrètement, que proposent Paris et Berlin ?

Un nouveau mécanisme qui permettrait de restreindre, voire de bloquer, l'accès au marché européen lorsqu'un pays tiers fausse la concurrence par des subventions massives, une manipulation des devises ou le non-respect des normes européennes. Ils demandent aussi une « loi sur l'accélération industrielle » et une forme de « préférence européenne » dans les secteurs stratégiques.

La Chine n'est pas nommée, mais c'est bien elle qui est visée ?

Le diagnostic lui correspond largement : surcapacités industrielles, subventions publiques, déséquilibres commerciaux, afflux de petits colis. Et pour éviter les blocages, le mécanisme fonctionnerait à la majorité qualifiée inversée : une proposition de la Commission serait adoptée sauf si une majorité qualifiée d'États s'y oppose. En attendant, Paris et Berlin demandent à Bruxelles d'utiliser plus efficacement les instruments de défense commerciale dont elle dispose déjà.

Et on termine ce journal en Espagne. L'ancien leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont peut désormais y rentrer librement, après près de neuf ans d'exil en Belgique.

Oui, le Tribunal suprême a levé ce mardi le mandat d'arrêt qui le visait depuis sa fuite en octobre 2017, après la tentative de sécession de la Catalogne. Le Tribunal constitutionnel venait de valider l'application de la loi d'amnistie au délit de détournement de fonds publics qui lui était encore reproché.

Cette décision tombe à un moment politique sensible…

Oui, à quelques semaines des élections législatives anticipées du 29 novembre. Et même s'il vit depuis neuf ans en Belgique, Carles Puigdemont garde un poids politique réel en Catalogne. Son parti, Junts, avait apporté en 2023 les voix indispensables à Pedro Sánchez pour rester au pouvoir, en échange notamment de cette loi d'amnistie. Mais depuis, les relations entre les deux hommes se sont fortement dégradées, et Junts a retiré son soutien au gouvernement socialiste, contribuant à provoquer ce scrutin anticipé.

Son retour peut-il pour autant changer la donne dans la campagne ?

Rien n'est moins sûr. Le temps a passé, et l'indépendance catalane n'occupe plus le devant de la scène comme en 2017. Son retour n'a d'ailleurs pas de date, et rien ne confirme qu'il viendra faire campagne. Pedro Sánchez a salué la décision de justice, tout en excluant de le rencontrer. Si ce retour devait peser, ce serait surtout un argument pour la droite : Puigdemont reste impopulaire dans la majeure partie du pays, et l'opposition voit toujours dans l'amnistie un État de droit sacrifié pour garder le pouvoir. Le gouvernement la défend au contraire comme un outil de réconciliation, une lecture validée en juillet par la justice européenne.

Un journal de Elise Houben et Mathilde Boht.