Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 18 mrs 2026

Ali Larijani dans une interview accordée au site khamenei.ir en 2025. Source: Khamenei.ir, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 18 mrs 2026
Ali Larijani dans une interview accordée au site khamenei.ir en 2025. Source: Khamenei.ir, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme: 

  • Pertes majeures en Iran: des nouvelles frappes israélo-américaines déstabilisent le contrôle intérieur du régime  
  • Exportation de drones portugais vers l’Ukraine: l’entreprise Tekever s’adapte depuis quatre ans au conflit. 
  • L’Inde et l’Union européenne renforce leur partenariat dans un contexte sécuritaire instable 

On ouvre ce journal au Moyen-Orient, en revenant sur les nouvelles frappes d’hier qui ont porté un nouveau coup très sévère au régime, à mesure que tombent les principales figures de son appareil sécuritaire et politique.

En l’espace de quelques heures, Téhéran a confirmé deux pertes majeures au sommet : celle d’Ali Larijani, l’un des hommes les plus puissants de la République islamique, et celle de Gholamreza Soleimani, le chef des Basij. Ali Larijani, ancien président du Parlement, ancien négociateur sur le nucléaire et proche du cœur du pouvoir depuis des décennies, était devenu l’un des personnage pivot du système depuis la mort d’Ali Khamenei au début du conflit. Quant à Gholamreza Soleimani, il dirigeait les Basij, une force paramilitaire essentielle au contrôle intérieur, mobilisée à la fois pour soutenir le régime et réprimer les contestations. 

Ce qui se joue donc ici, ce n’est plus seulement une campagne contre des sites militaires ou nucléaires, mais une offensive qui vise le cœur même du pouvoir iranien. 

En visant Ali Larijani et Gholamreza Soleimani, Israël et les États-Unis touchent à la fois un centre de décision politique et l’un des principaux instruments de contrôle intérieur du régime. 

Que vise cette série d’assassinats ciblés ?

Elle change d’abord la nature du conflit. On n’est plus seulement dans une logique d’usure militaire, mais dans une stratégie assumée de désorganisation du sommet iranien. La mort de Larijani est particulièrement marquante, car il faisait partie des rares responsables influents dans les sphères politiques, diplomatiques et sécuritaires. Celle de Gholamreza Soleimani, elle, touche directement l’outil de coercition intérieure. Et c’est bien cela qui frappe : à chaque nouvelle élimination, le régime perd non seulement des hommes, mais aussi des relais d’autorité, d’expérience et de coordination.

Mais ce vide au sommet signifie-t-il pour autant un affaiblissement très net du régime ?

Certainement, mais ce sera à vérifier dans les prochaines semaines. Reuters expliquait déjà il y a deux semaines que les Gardiens de la révolution avaient anticipé une campagne de décapitation et délégué une partie des pouvoirs bien plus bas dans la chaîne de commandement. Donc oui, il va peut-être rester moins de figures identifiées au sommet, mais celles qui resteront pourraient être les plus militarisées, les plus radicales et les moins enclines au compromis.

On continue ce journal entre Kyiv et Lisbonne, qui collaborent discrètement depuis le début de l’invasion russe, alors que les exportations portugaises vers l’Ukraine ont doublé par rapport à la période d’avant guerre. 

En effet, le Portugal a intensifié, depuis 4 ans, la vente de drones de Tekever, conçus grâce à l’intelligence artificielle pour des opérations longues durées. Ces bijoux de renseignement sont devenus essentiels pour l’armée ukrainienne sur le front, notamment pour les frappes longue portée et des opérations stratégiques de surveillance des mouvements russes sur de vastes zones, comme en Mer Noire. Et ce, parce que l’information en temps réel est devenue essentielle dans une guerre de plus en plus technologique. 

L’exportation de drones vers l’Ukraine, qui a explosé depuis le début de la guerre en atteignant 87 millions d’euro en 2025 selon le journal Economico, rapporte plus au Portugal que l'ensemble de ses ventes à la Russie. 

Oui, et cela grâce à l’entreprise Tekever, qui, pourtant, n’a jamais été conçue pour l’armement. Les principaux clients de l’entreprise portugaise se sont toujours trouvés dans le secteur énergétique, gouvernemental ou dans les forces de sécurité; selon le PDG Ricardo Mendes, les systèmes développés par l’entreprise n’étaient pas initialement pensés pour un environnement de guerre. Et pourtant, la réalité du conflit a non seulement rattrapé Lisbonne, dont l’investissement dans la défense a considérablement augmenté dernièrement, mais aussi l’entreprise Tekever, qui a vu son rôle se transformer rapidement en acteur clé du renseignement militaire européen, avec une production accrue et des technologies désormais adaptées aux exigences du front ukrainien. 

Pour Ricardo Mendes, c’est une leçon que toute l’Europe doit retenir, et face à laquelle les entreprises européennes doivent s’adapter.

Oui, dans un entretien à Euronews, le PDG de Tekever considère le conflit ukrainien comme une occasion pour l’Europe d’apprendre et de comprendre la nouvelle nature des conflits, en leur permettant d’adapter leur système et politique de défense à une nouvelle doctrine militaire et aux nouveaux types de menaces.

Au delà de ce cas c’est toute l’industrie de l’armement européenne qui tente de s'adapter au nouveau contexte né de la guerre en Ukraine. 

Depuis la guerre en Ukraine, les principales entreprises européennes d’armement, comme Airbus, Thales ou Rheinmetall, ont profondément adapté leur fonctionnement. Elles ont d’abord augmenté fortement leur production, notamment pour les munitions, avec des capacités parfois multipliées par deux ou trois. Cette dynamique s’appuie sur la hausse des budgets de défense européens, qui dépassent désormais 390 milliards d’euros par an. Cette adaptation est soutenue par le programme ReArm Europe, un plan lancé par l’Union européenne en 2025 qui vise à mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici 2030 afin d’augmenter les dépenses militaires et moderniser les capacités européennes. 

On termine ce journal en Inde, où New Delhi veut profiter du choc provoqué par la guerre contre l’Iran et par les turbulences mondiales pour resserrer davantage ses liens avec l’Union européenne. 

Oui, en visite à Bruxelles les 15 et 16 mars 2026, le ministre indien des Affaires étrangères a affiché sa volonté d’approfondir de manière spectaculaire la relation avec les Européens, non seulement sur le commerce, mais aussi sur la défense, les technologies sensibles et la sécurité. Une dynamique qui prolonge le sommet UE-Inde du 27 janvier 2026 à New Delhi.

Pourquoi ce rapprochement s’accélère-t-il maintenant ?

Parce que la guerre contre l’Iran rappelle à l’Inde comme à l’Europe leur vulnérabilité commune en matière d’énergie, de routes maritimes et de chaînes d’approvisionnement.  New Delhi s’inquiète directement des conséquences du conflit sur ses approvisionnements, sur ses ressortissants dans la région et sur la sécurité du détroit d’Ormuz, tandis que Bruxelles cherche elle aussi à éviter une nouvelle secousse énergétique majeure.

Dans quel contexte intervient cette séquence ? 

Dans celui d’un monde plus instable où l’Inde veut garder son autonomie stratégique, y compris vis-à-vis de la Russie, tout en se rapprochant des Européens sur des intérêts très concrets : commerce, industrie de défense, maritime, cyber et technologies critiques. En clair, l’UE et l’Inde se découvrent moins comme partenaires de circonstance que comme puissances qui ont désormais besoin l’une de l’autre. 

Un journal de Giona Melotto et Salomé Moinet.