Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 5 octobre 2026

Le chancelier allemand Friedrich Merz au Sommet européen de l’Arctique, le 13 et 14 septembre 2026 à Rovaniemi en Finlande. © Katja Säilä, valtioneuvoston kanslia, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 5 octobre 2026
Le chancelier allemand Friedrich Merz au Sommet européen de l’Arctique, le 13 et 14 septembre 2026 à Rovaniemi en Finlande. © Katja Säilä, valtioneuvoston kanslia, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.

Au programme : 

  • Ukraine : la visite surprise du chancelier allemand Friedrich Merz. 
  • Lettonie : la victoire du parti pro-européen et pro-Ukraine aux élections législatives. 
  • Bosnie-Herzégovine : 3,2 millions d’électeurs appelés aux urnes ce dimanche.

On commence ce journal en Ukraine, où le chancelier allemand Friedrich Merz s’est rendu dimanche lors d’une visite surprise. 

Le chancelier est arrivé dimanche matin, à bord d’un train spécial. À ses côtés : la ministre de l'Économie, Katherina Reiche, et une dizaine de patrons de l'industrie allemande de la défense et de l'énergie. Le message est limpide : Berlin reste aux côtés de l'Ukraine. En poursuivant : « Si la Russie n'est pas arrêtée, sa machine de guerre finira tôt ou tard par se retourner contre nous ». Friedrich Merz a aussi interpellé directement Vladimir Poutine, l'exhortant à mettre fin à, je cite, « cette guerre insensée » avant d'exiger l'arrêt des attaques contre les civils. 

Une visite qui intervient en pleine escalade et alors que la capitale ukrainienne fait face à des attaques de plus en plus massives.

Depuis plusieurs jours, Moscou cible les ponts de Kyïv sur le Dniepr. Vendredi, après une vague de frappes de drones à réaction, les autorités ont fermé le pont Sud, l'un des principaux de la capitale, provoquant des embouteillages monstres. Samedi, c'est le pont Nord qui a été touché. Le même jour, le ministère russe des Affaires étrangères a sommé diplomates et ressortissants étrangers de quitter la ville, promettant de poursuivre ses « frappes de représailles massives ». De son côté, Volodymyr Zelensky a promis d'intensifier les frappes contre les raffineries russes. Et dimanche, la visite du chancelier s'est déroulée au son des sirènes et des explosions : des drones russes ont de nouveau visé le pont Nord. « Nous ne nous laisserons pas intimider », a réagi Friedrich Merz. 

Dans ce contexte, les dirigeants de l’Ukraine et de l’Allemagne ont annoncé vouloir renforcer leur partenariat. 

Durant sa visite, le chancelier a annoncé une nouvelle aide financière à l’Ukraine d’une valeur de plus de 1,3 milliard d’euros. Une aide qui inclut notamment la fourniture par Berlin de milliers de drones intercepteurs. L’Allemagne entend aussi soutenir le secteur énergétique ukrainien, alors que l’hiver approche et s’annonce particulièrement rude pour le pays. L’armée russe a déjà commencé, comme l’hiver dernier, à frapper les centrales électriques, faisant craindre des coupures d’électricité et de chauffage alors que les températures vont commencer à chuter. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a aussi confirmé le lancement d’une production conjointe d’armes à longue portée entre les deux pays. 

La visite du chancelier à Kyïv intervient alors qu’il est largement contesté à Berlin.

La popularité de l'alliance conservatrice CDU-CSU de Friedrich Merz est tombée à 18 % dans le dernier sondage INSA, son score le plus bas jamais mesuré par l'institut. L'extrême droite AfD, elle, grimpe à 30 %, un record. Sa co-présidente, Alice Weidel, a d’ailleurs aussitôt dénoncé l’aide à l’Ukraine promise par le chancelier lors de sa visite. Un discours qui trouve un écho : d'après le baromètre ARD-DeutschlandTrend de septembre, plus de quatre Allemands sur dix estiment désormais que l'aide à l'Ukraine va trop loin. Du jamais vu depuis le début de l'invasion à grande échelle, en février 2022. 

On reste à l’Est en poursuivant ce journal en Lettonie, où le parti pro-européen et pro-Ukraine a remporté les élections législatives ce samedi. 

Le parti Liste unie du premier ministre sortant, Andris Kulbergs, est arrivé en tête des élections législatives en Lettonie. Avec 35,3 % des voix, il obtient 42 sièges à la Saeima, le Parlement letton, sur les 100 qui étaient à pourvoir. Un résultat meilleur que prévu pour le parti du Premier ministre, au pouvoir depuis quelques mois, qui devrait être en capacité de gouverner grâce à une coalition.

Dans ce pays frontalier de la Russie et de la Biélorussie, le scrutin conforte l'ancrage pro-européen et pro-ukrainien. Andris Kulbergs promet de maintenir les dépenses militaires à 5 % du PIB, l'un des niveaux les plus élevés de l'Otan. 

Mais ces élections marquent aussi une poussée des populistes. En deuxième position, Lettonie d'abord, le parti d'un magnat de l'immobilier souvent comparé à Donald Trump, fait plus que doubler son score de 2022, avec 13,1 % et 17 sièges. Troisième, Pouvoir souverain, qualifié de pro-russe par ses détracteurs, bondit d'environ 3 % à 11,7 %, et décroche 14 sièges. C'est le seul parti du nouveau Parlement à rompre avec le consensus sur les dépenses militaires et l'aide à Kyïv. 

Ces formations réclament l'arrêt de l'aide à l'Ukraine, pour se concentrer sur l’inflation. Toutes deux ont profité du vote de la minorité russophone, un tiers de la population, dont une partie dénonce des politiques jugées discriminatoires. Ces formations ne devraient toutefois pas peser sur la politique du gouvernement.

On clôture ce journal en Bosnie-Herzégovine, où 3,2 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche.

Dimanche, les citoyens étaient invités à voter pour choisir les trois membres de la présidence collégiale, les députés nationaux, ainsi que les dirigeants de la Fédération de Bosnie-Herzégovine et de la République serbe de Bosnie.  

Suivant les modalités du système politique du pays, héritage des accords de paix de 1995, les résultats encore préliminaires désignent pour la présidence partagée le nationaliste serbe Željka Cvijanović du parti SNSD, le modéré bosniaque Denis Bećirović et la nationaliste croate Darijana Filipović.

Si Milorad Dodik n’était pas candidat, son nom a dominé la campagne électorale. 

Ancien président de la République serbe de Bosnie et chef du parti nationaliste serbe SNSD, il a été démis de ses fonctions en 2025, après avoir été condamné pour avoir refusé d’appliquer les décisions du Haut représentant international, chargé de superviser la mise en œuvre des accords de paix. Il lui est depuis, et pour une durée de six ans, interdit d’exercer une fonction publique. Sans être inscrit sur les listes électorales, il aura été tout de même omniprésent durant la campagne. À la suite des résultats, il a salué une victoire de son camp, où son parti conserve le siège serbe à la présidence. Et il a remercié Donald Trump, dont l'administration a levé les sanctions américaines qui le visaient, ainsi que Vladimir Poutine. 

Les élections ont été marquées par un très faible taux de participation. 

La participation n'a atteint qu'environ 42 %, contre plus de 51 % en 2022. Un désintérêt que beaucoup attribuent à la complexité des institutions. Pour la première fois, afin de lutter contre les fraudes, les électeurs ont été identifiés par empreinte digitale et les bulletins scannés dans les bureaux de vote, ce qui a causé quelques retards. 

Les élections se sont déroulées sur fond de tensions ethniques persistantes. 

La plupart des partis restent structurés selon des lignes ethniques. Mais dans l'un des pays les plus pauvres d'Europe, les préoccupations économiques prennent de plus en plus de place, et beaucoup d'électeurs dénoncent un nationalisme instrumentalisé. Le pays est par ailleurs candidat à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2022. Un processus qui reste au point mort face aux efforts du parti nationaliste serbe,  et de la Russie de freiner cette adhésion.

Un journal de Audrey Heller, Élise Houben et Thomas Kox.