Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 2 avril 2026

Visite de travail du président de l’Ukraine dans l’État du Qatar. Source : President of Ukraine official website Aujourd'hui en Europe - 2 avril 2026
Visite de travail du président de l’Ukraine dans l’État du Qatar. Source : President of Ukraine official website

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme:  

  • Ukraine–Russie : un nouveau front indirect au Moyen-Orient
  • Drames migratoires : nouvelle série de naufrages meurtriers en Méditerranée et dans la Manche
  • Serbie : la contestation étudiante secoue le pouvoir 

On commence ce journal au Moyen-Orient, où sur le terrain de la guerre contre l’Iran, l’Ukraine et la Russie poursuivent indirectement le conflit qui les oppose depuis plus de quatre ans.

Oui, malgré un enlisement relatif en Ukraine, la Russie continue de renforcer sa coopération militaire avec l’Iran. Celle-ci reposerait sur des échanges technologiques et industriels déjà bien documentés, notamment autour du renforcement des capacités des drones, et possiblement de formes limitées de partage d’expertise, sans preuve établie d’un soutien opérationnel direct.

Et pour Moscou, cette crise au Moyen-Orient présente aussi un intérêt économique très concret.

Oui, la Russie a intérêt à une aggravation de la guerre au Moyen-Orient. Pour Moscou d’abord, la crise énergétique est une opportunité. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, reste fortement perturbé, et le Brent a enregistré en mars une hausse mensuelle record de 64 %. Dans le même temps, la production de l’OPEP a chuté de 7,3 millions de barils par jour sur un mois, un signe supplémentaire de l’ampleur du choc. L’Agence internationale de l’énergie prévient d’ailleurs que ces perturbations commenceront à toucher plus nettement l’économie européenne dès ce mois d’avril, notamment sur le diesel et le kérosène. Pour la Russie, dont les revenus pétroliers restent un pilier du budget, cette flambée des prix peut soutenir l’effort de guerre, même si une partie du gain est absorbée par la hausse des coûts de transport et d’assurance, comme l’a reconnu Rosneft.

Et la Russie a même obtenu un assouplissement partiel de la pression américaine.

Oui, la Russie a en outre obtenu la suspension de certaines sanctions américaines sur son pétrole, une concession qu’elle réclamait en vain depuis des années. Pour Washington, l’objectif est clair : éviter une envolée des prix et donc maintenir autant de pétrole que possible sur le marché, y compris le pétrole russe.

Face à ce rapprochement, l'Ukraine renforce aussi sa présence dans le Golfe en s’imposant comme un partenaire crédible. 

Oui, Kyiv multiplie les offres de coopération aux pays du Golfe afin de les aider à contrer les attaques de drones et de missiles. Les Ukrainiens valorisent leur expérience acquise en conception de drones et en lutte contre les engins russes depuis quatre ans. Le président Volodymyr Zelensky a ainsi effectué il y a quelques jours une tournée en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar, au cours de laquelle plusieurs accords de défense ont été signés, notamment autour de la production conjointe de drones.

Ces partenariats reposent sur un échange d’intérêts avec d’un côté des besoins en matière de sécurité et de l’autre une volonté de renforcer des soutiens internationaux. 

Oui les pays du Golfe cherchent des solutions plus efficaces et moins coûteuses face aux attaques de drones, tandis que l’Ukraine espère obtenir des financements et des systèmes de défense aérienne. 

Sur le plan européen, ces initiatives sont suivies avec attention.

Oui, plusieurs diplomates estiment qu’elles pourraient permettre de diversifier les sources de financement de l’Ukraine, alors que certaines aides de l’Union européenne restent bloquées, comme l’acheminement d’une aide de 90 milliards d’euros en raison de l’opposition de la Hongrie. Ce soutien ukrainien aux pays du Golfe est également vu positivement à Bruxelles, pouvant notamment contribuer à rapprocher les pays du Golfe des positions européennes.

On poursuit ce journal en Méditerranée et dans la Manche, où plusieurs drames migratoires se sont succédés ces dernières heures. 

Mercredi, deux personnes sont mortes au large de Gravelines, dans le nord de la France, lors d’une tentative de traversée clandestine vers le Royaume-Uni. Selon la préfecture maritime, les secours sont intervenus après un embarquement près du littoral, auprès de huit migrants en difficulté, dont trois nécessitaient une prise en charge médicale immédiate.

Et au même moment, la Méditerranée a été le théâtre de deux naufrages meurtriers. 

Au large de Lampedusa d’abord, l’un des principaux points d’entrée maritimes vers l’Union européenne, les garde-côtes italiens ont retrouvé 19 corps et secouru 58 personnes à bord d’un canot en détresse. L’intervention a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3 heures du matin, dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne. Selon les médias italiens, les victimes seraient mortes d’hypothermie, dans des conditions météo particulièrement difficiles, avec de fortes rafales, de la pluie et une température d’environ 10 degrés.

Quelques heures plus tôt, en mer Égée, au large de Bodrum en Turquie, une autre embarcation transportant des migrants afghans a chaviré alors qu’elle tentait de rejoindre la Grèce. 

Le bilan est de 19 morts, dont un bébé. Au moins 20 personnes ont été secourues, et les recherches se poursuivaient encore pour retrouver un disparu. Selon les garde-côtes turcs, le bateau aurait ignoré plusieurs injonctions avant de tenter de fuir, puis de prendre l’eau dans une mer agitée avant de se retourner.

Ces nouveaux drames s’ajoutent à un bilan déjà très lourd. 

Oui, selon l’Organisation internationale pour les migrations, 624 migrants sont morts ou portés disparus en Méditerranée centrale depuis le début de l’année. Dans le même temps, plus de 6 100 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes. Dans la Manche, les deux décès enregistrés mercredi sont les premiers recensés sur cette route en 2026.

On termine ce journal en Serbie, où la contestation étudiante continue de secouer le pays. 

Mardi soir à Belgrade, des centaines d’étudiants et de manifestants se sont heurtés à la police après une perquisition menée dans les locaux de l’université. Selon les autorités, l’opération s’inscrivait dans l’enquête sur la mort d’une étudiante de 25 ans, tombée d’une fenêtre quelques jours plus tôt. Mais le rectorat dénonce une intervention sans base juridique claire et la saisie de documents et d’ordinateurs.

Cette nouvelle tension s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. Depuis décembre 2024, les étudiants sont à l’avant-garde des manifestations contre le pouvoir du président Aleksandar Vucic. 

À l’origine, l’effondrement d’un auvent à la gare de Novi Sad, en novembre 2024, qui a fait 16 morts et relancé les accusations de corruption et de mauvaise gestion. Depuis, le mouvement a dépassé les campus et rassemble aussi des enseignants, des journalistes, des partis d’opposition et une partie de la société civile.

Et la tension ne retombe pas. Les élections locales partielles organisées dimanche dans dix municipalités ont elles aussi été marquées par des violences et des irrégularités relevées par des observateurs internationaux. 

Oui, l’Union européenne a notamment dénoncé des faits jugés inacceptables et demandé que toute lumière soit faite sur les faits . Dans ce contexte, les manifestations étudiantes restent l’un des principaux foyers de contestation contre le pouvoir serbe.

Un journal de Salomé Moinet et Mathilde Boht.