Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson

Ecoliers en péril

© Joshua Hoehne via Unsplash Ecoliers en péril
© Joshua Hoehne via Unsplash

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Cette semaine, Quentin Dickinson, on vous sent préoccupé par l’ampleur des manifestations de jeunes, écoliers ou étudiants, qui touchent des établissements d’enseignement dans toute la France…

Ces adolescents et jeunes adultes sont descendus dans la rue de façon généralement spontanée, mais actuellement - et inévitablement - en cours de récupération-démonétisation par la campagne électorale de la présidentielle en France.

C’est grand dommage, car ce fatras de doléances multiples occulte le véritable sujet de préoccupation, qui est, d’année en année, la baisse des niveaux scolaires les plus élémentaires dans notre pays.

Et cette réalité vient de nous être confirmée par la publication du dernier rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement économiques, l’OCDE.

De quoi s’occupe cet organisme ?...

L’OCDE est le successeur en 1961 d’un organisme, enfant de l’après-guerre immédiat, dont le rôle était de fournir aux gouvernements des études et des statistiques fiables afin de hâter la reconstruction du continent européen. Aujourd’hui, elle exerce un mandat élargi à toute réflexion utile aux dirigeants de ses trente-huit États-membres. Elle est devenue un laboratoire respecté de politiques publiques dans tous les domaines ; d’ailleurs, un pays n’y entre pas sur simple déclaration d’intérêt : il lui faut remplir des critères exigeants en matière d’État de droit, de démocratie, et d’ouverture à l’international de son marché.

On ajoutera que l’OCDE a pour siège PARIS, où elle est installée au Château de La Muette, dans le XVIe arrondissement. Pour la petite histoire, c’est dans le parc de cette propriété qu’en 1783 s’est élevée pour la première fois la montgolfière de PILÂTRE de ROZIER. Et, au fronton de l’entrée principale, l’on peut déchiffrer la devise des anciens propriétaires : Concordia, Integritas, Industria – soit : Unité, intégrité, diligence. Voilà deux symboles historiques dont peuvent aujourd’hui s’inspirer les collaborateurs de l’OCDE.

Et, si l’on vous suit, l’OCDE s’occupe aussi de l’éducation scolaire ?...

C’est en effet l’OCDE qui publie, tous les trois ans depuis l’an 2000, le baromètre du Programme international pour le Suivi des Acquis des Élèves, mieux connu par son abréviation PISA.

Cette vaste étude réunit et analyse l’évolution des connaissances acquises par 760.000 écoliers, âgés de quinze ans, dans 91 pays. Et le résultat n’est guère brillant, en particulier pour la France, dont la note globale ne cesse de décroître depuis 2012 : dans les trois matières que comporte PISA, elle est classée désormais 27e en sciences, 29e en lecture, et 30e en mathématiques.

Et que donne le classement général ?...

Au classement général, la France se place derrière treize pays de l’Union européenne, à 4 points derrière l’Allemagne et 7 points derrière la Belgique (dont on remarquera que la note globale est tirée vers le haut par les écoliers flamands devant leurs camarades francophones). 

Ce classement est à nouveau dominé par les écoliers d’Extrême-Orient : Chinois, Singapouriens, Taïwanais, Japonais, et Coréens du Sud. Les 91es sur 91 sont les Rwandais.

Les champions de l’UE sont les Estoniens (en une incroyable 6e place, suivis à distance par les Finlandais et les Irlandais, en 12e et en 15e respectivement.

Les cancres de l’UE sont les Roumains, les Bulgares, et les Chypriotes, entre la 55e et la 66e place.

Enfin, à la 8e place, le Royaume-Uni est étonnamment bien placé.

Comment expliquer ce qu’il faut bien appeler le décrochage des écoliers français ?...

Selon les experts de l’OCDE, notre système scolaire souffre d’abord des inégalités sociales entre familles, lesquelles nourrissent l’écart entre établissements publics et privés. Et le constat est sévère pour le reste : crise de recrutement des enseignants ; équipement pédagogique insuffisant ; discipline mal assurée ; sous-investissement dans les bâtiments ; et un asservissement à l’écran lors de longues périodes quotidiennes à parcourir les réseaux sociaux : la fatigue provoquée par la stimulation visuelle permanente sape la capacité individuelle à la concentration, est-il rappelé.

Les auteurs du rapport soulignent aussi les difficultés croissantes à assimiler le sens des textes classés longs, c’est-à-dire de plus de 400 mots…

Sont également épinglées la baisse du suivi ainsi que celle de l’implication parentale. 

Est-ce que l’OCDE formule des propositions pour la France ?...

Absolument. Certaines sont archi-connues, comme le renforcement de l’attractivité des métiers de l’enseignement ou la priorité à donner aux écoles aux taux de réussite faibles, ou encore une autonomie accrue à accorder aux chefs d’établissement.

D’autres sont plus novatrices, comme l’assimilation individuelle des élèves par étapes, selon le principe Savoir où l’on en est. Autre idée de l’OCDE : renforcer la formation des futurs enseignants par les retours d’expérience des écoles en difficulté. Et bien sûr aussi, l’encadrement strict de l’usage des téléphones portables.

Cet arsenal suffira-t-il selon vous à faire remonter la situation scolaire de la France par rapport aux statistiques mondiales ?...

L’éducation, c’est un domaine où l’on peut mettre une génération pour constater qu’une politique suivie a été une bonne ou une mauvaise idée, mais l’évidence, c’est que l’école doit redevenir le chemin de l’apprentissage de la vie, où la géographie est indispensable à la compréhension de l’histoire ; où la géométrie ouvre la voie aux mathématiques ; où la physique prépare à l’étude de la chimie.

L’école doit redevenir le grand projet national, car c’est le lieu où, aujourd’hui, se construit – ou se détruit – notre société de demain.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.