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Les dépôts facturés – L’éco de Marc Tempelman #11

Écrit par sur 23 novembre 2020

Nous accueillons Marc Tempelman, un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui aide les Européens à épargner plus et mieux. Nous discutons toutes les semaines de finance. Au programme cette semaine: la facturation de nos dépôts par les banques.

Cela n’a pas encore fait trop de bruit mais les grandes banques sont de plus en plus nombreuses à facturer les dépôts, c’est-à-dire qu’elles nous font payer pour le plaisir d’avoir un compte.

Déjà frustrés de ne rien gagner sur leur compte courant ou presque rien sur le compte livret, un grand nombre de français trouve cela choquant. Je vais essayer d’expliquer aujourd’hui pourquoi et comment nous en sommes arrivés là.

C’est vrai qu’on sent bien que les comptes bancaires ne rapportent quasiment plus rien aujourd’hui, mais que ça nous coûte de l’argent semble effectivement injuste. Est-ce vraiment le cas aujourd’hui ?

Oui, les banques disposent de deux façons pour faire plier le client pour les dépôts qu’il a bien voulu confier à sa banque. La première, c’est en lui facturant des frais dits de tenue de compte. Ces frais ne sont liés à aucun service en particulier. Selon l’Observatoire des tarifs bancaires, ils ont augmenté de 164% entre 2012 et 2019, pour atteindre presque 20 euros par an en moyenne. Ce sont surtout les grandes banques à réseaux qui les facturent et chez qui les tarifs sont les plus élevés. Pour donner un exemple chiffré, si vous disposez de 1000 euros en moyenne sur votre compte, cela correspond à 2% par an.

Donc les frais de tenue de compte sont à surveiller. Quelle est alors la deuxième méthode employée par les banques pour faire payer le client pour ses dépôts ?

Depuis quelques années, certaines banques vont plus loin. Elles se sont mises à facturer les dépôts en prélevant un pourcentage sur la somme d’argent que vous déposez. Ce phénomène nous vient de nos voisins européens car ce sont les banques danoises, allemandes et suisses qui ont été les premières à adopter cette mesure radicale.

Typiquement il s’agit d’appliquer un taux d’intérêt aux dépôts qui dépassent un certain montant. Et cela ne concerne pas que les banques privées qui s’occupent des affaires financières des gens fortunés. Récemment la néo-banque N26 a introduit une règle par laquelle les dépôts supérieurs à 50 000 euros sont facturés 1/2% par la banque. Il vous coûtera donc 100 euros par an pour y déposer 70 000 euros.

Alors pourquoi les banques cherchent-t-elles à nous facturer nos dépôts ? Je pensais au contraire que les banques avaient besoin de notre épargne pour faire leur prêt.

Oui, cette situation a quelque chose de surnaturel. On connait tous à peu près le modèle d’affaire d’une banque. Le principe consiste à collecter les dépôts des épargnants pour prêter cet argent aux entreprises et aux personnes ayant besoin de financement, par exemple, pour construire une nouvelle usine ou encore acheter une maison. Si la banque prête à un taux de 5%, et qu’elle rémunère l’épargne de ses clients à 2%, on voit bien comment elle gagne sa vie, en établissant un pont entre ceux qui mettent de côté et ceux qui ont besoin d’emprunt.

Mais l’environnement économique actuel casse ce modèle. D’abord parce que les banques reçoivent beaucoup trop de dépôts, qu’elles ne peuvent pas prêter, faute de demande.

Mais la demande était déjà faible avant la crise…

Oui, peu d’entreprises souhaitaient emprunter pour recruter, faire des investissements et se développer. Mais la crise économique actuelle fait s’écrouler l’envie d’investir et avec elle la demande pour des prêts bancaires.

Côté offre, la crise sanitaire a créé un sentiment d’anxiété qui pousse les Français à épargner plus qu’avant. Et puis le confinement nous donne tout simplement moins d’opportunités pour dépenser notre argent.

Dans un tel contexte, les banques collectent bien plus de dépôts qu’elles n’accordent de prêts. Elles accumulent ainsi des dépôts excédentaires, qui peuvent atteindre des dizaines de milliards d’euros par banque. Or, selon la réglementation, une grande partie de cet excédent doit être déposé auprès de la Banque Centrale, qui leur applique un taux d’intérêt négatif, aujourd’hui fixé à -0,5%.

Dit autrement, nos dépôts collectifs qui ne nous rapportaient rien coûtent cher à la banque. Ce qui explique pourquoi les banques cherchent à leur appliquer des frais de tenue de compte et/ou un taux d’intérêt, car ces dépôts abondants encombrent leur bilan.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire pour protéger notre épargne aujourd’hui ?

Deux solutions face à cette solution qui a en effet peu de chance de changer dans les années à venir. La première consiste à placer votre épargne dans des actions, obligations ou fonds, dans l’espoir de générer un rendement positif et de faire travailler votre argent pour vous.

Mais investir sur ce type de support vient avec un degré de risques, dont nous savons que l’épargnant français n’est pas nécessairement friand.

L’autre alternative consiste à parquer vos dépôts chez les rares banques qui versent encore des intérêts positifs sur leur compte à vue. Il y en a quelques unes en France et elles le font car elles ont fait le choix de ne pas avoir d’agence. Contrairement aux grandes enseignes bancaires, elles ne disposent pas de moyens naturels pour attirer les dépôts dont elles ont pourtant besoin.

crédits photo: Lorenzo Cafaro


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