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La Banque de France se met au vert – L’éco de Marc Tempelman

Written by on 1 février 2021

Nous accueillons Marc Tempelman, un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui aide les Européens à épargner plus et mieux. Nous discutons toutes les semaines de finance. 

Au programme cette semaine, La Banque de France et notamment de sa décision de se mettre au vert.

Oui tout à fait. La vénérable Banque de France s’est engagée à verdir son bilan. Le 18 janvier dernier, elle a annoncé qu’elle allait se débarrasser de tous ses investissements liés aux combustibles fossiles avant 2024.

C’est super et une bonne nouvelle pour la planète. Mais avant d’entrer dans les détails pouvez-vous nous rappeler qui est la Banque de France et à quoi elle sert

On la définit souvent comme “la banque des banques”. Car elle est responsable de la production et de l’émission de la monnaie. Donc elle fabrique les billets de banque. Mais elle supervise aussi les autres banques françaises, et elle s’assure de la sécurité des dépôts des épargnants.

Bref, elle joue un rôle très important et unique dans la gestion de notre économie et de la régulation de notre système financier. Et dans ce cadre, il lui arrive d’investir. Beaucoup même !

Parlons justement de ses investissements alors. J’imagine qu’elle intervient notamment dans le cadre des programmes de relance instaurés par la BCE ?

Exactement. Une partie des trois mille milliards d’euros que la BCE a promis de déverser sur l’économie européenne passe par notre banque centrale. C’est elle qui achète sur les marchés financiers une partie des titres que la BCE souhaite avoir en portefeuille. Mais tout ce qu’elle investit dans ce cadre se retrouve bien sur le bilan de la BCE, à Bruxelles. 

En outre, la Banque de France place aussi de l’argent en son propre nom. Pour un montant plus faible. Mais qui atteint 22 milliards tout de même, dont 14 milliards au nom du fonds de pension de ses employés. Et c’est sur ces placements qu’elle fait en direct que l’institution monétaire a récemment fait plusieurs promesses.

Alors quels sont les engagements que la Banque de France a pris au sujet de son propre portefeuille d’investissements ?

Il y en a trois principalement. D’abord elle a annoncé sa sortie définitive de toutes les entreprises liées au charbon, au plus tard en 2024. Elle avait déjà réduit son exposition à ce secteur de façon considérable, mais là elle va plus loin et a décidé tout simplement de s’extraire du secteur du charbon.

Ensuite, elle devient beaucoup plus stricte vis-à-vis de l’industrie du pétrole. Ainsi, la banque centrale éliminera toute son exposition aux hydrocarbures non conventionnels dès 2021. Elle souhaite aussi exclure toutes les entreprises dont le pétrole représente plus de 10% de leurs chiffres d’affaires, d’ici 2024. Enfin, elle s’opposera à tout nouveau projet visant à développer des énergies fossiles, en usant de ses droits de vote.

Je crois que c’est la première banque centrale à s’engager de la sorte non ?

Oui, dans la zone euro vous avez absolument raison. Alors, la banque centrale de nos voisins suisses avait elle aussi pris quelques mesure phares sur le sujet. Elle exclut tout investissement dans des sociétés qui violent les droits de l’homme ou dont les activités nuisent fortement à l’environnement. Mais en Europe, oui, la banque de France prend bien la tête du peloton parmi les banques centrales de la zone, en matière d’investissement responsable.

Elle met donc la pression sur les autres – et notamment sur la BCE – pour adopter des mesures similaires, n’est-ce pas ?

Absolument. Mais cela ne veut pas dire que ce sera aussi facile pour la BCE de franchir le cap. Pour deux raisons notamment.

Premièrement, même si Christine Lagarde est personnellement convaincue de l’importance de la transition énergétique, il n’est pas dit que tous les membres du conseil de la BCE, qu’elle préside, soient du même avis. En effet, on peut entendre leur argument que l’investissement durable ne fait pas nécessairement partie de la mission de l’institution financière. Et qu’il s’agit donc d’une décision politique et non pas financière.

Deuxièmement, si la BCE se mettait à nettoyer son portefeuille de placements, afin de le verdir, les sommes en jeu serait colossales. En effet il s’agirait de vendre une partie des 250 milliards d’euros d’obligations de la BCE, aujourd’hui alloué à l’industrie de l’énergie fossile. Cette démarche provoquerait sans doute de violents mouvements de marché. Pas terrible pour une institution qui est sensée en promouvoir la stabilité.

Donc pour conclure, bravo à l’engagement durable et responsable de la Banque de France, mais l’adoption de mesures similaires sur le plan européen mérite réflexion.

Toutes les éditos de Marc Tempelman sont à retrouver juste ici

Image bannière: Mbzt, CC BY-SA 3.0

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