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La « danse » du prix carbone européen – Hashtag PFUE avec Anna Creti

Écrit par sur 24 mai 2022

Nous retrouvons Anna Creti, professeure d’économie à l’Université Paris Dauphine et Directrice scientifique de la chaire économie du gaz naturel et de la chaire Economie du climat.

Le prix carbone est un levier fondamental pour la transition. On n’en parle peut-être pas assez, mais en Europe nous avons un marché carbone. De quoi s’agit-il ?

L’un des mécanismes de la stratégie de protection de l’environnement de l’Union européenne est le système d’échange de quotas d’émission (SEQE). Très complexe et articulé, ce système a été créé en 2005. Le SEQE s’applique à 11 000 installations et couvre une grande variété de secteurs : électricité et chaleur, raffineries, acier, fer, ciment et chaux, verre, céramique, pâte à papier, aviation, aluminium, hydrogène, produits pétrochimiques. Il aligne dans un seul système d’échange les 27 pays de l’UE et les pays de l’Espace économique européen (Norvège, Liechtenstein et Islande). Le SEQE représente environ 45 % des émissions de gaz à effet de serre du Vieux Continent. Le volume global des quotas en circulation est décidé par la Commission Européenne. C’est le « cap » ou plafond d’émission. Dans un premier temps, ce plafond a été fixé pour réduire les émissions polluantes de 20% par rapport au volume de ces dernières en 1990. À partir de 2021, les permis en circulation sont réduits de 2,2 % par an, pour atteindre progressivement la baisse des émissions de 40% par rapport à 1990.

Demande, offre, comment fonctionne ce marché ?

Le « cap » constitue l’offre globale de permis,  et la demande (que l’on appelle le « trade ») dépend des entreprises soumises à ce marché. Dans la pratique, les entreprises ont besoin chaque année d’autant de permis d’émission qu’elles prévoient de rejeter de gaz dans l’environnement.  Les entreprises qui émettent moins que les quotas reçus, par exemple parce qu’elles ont investi dans l’efficacité énergétique, peuvent vendre les permis dont elles n’ont pas besoin. En plus des entreprises concernées par les réductions des émissions, le marché des quotas est aussi peuplé par des traders qui achètent et vendent des quotas, en tant qu’actifs financiers. Le fonctionnement de l’offre et de la demande de quotas reflète donc un principe simple : celui qui émet plus, paie plus. 

Donc depuis 2005 on a un prix carbone. Mais ce prix, est-il suffisamment élevé ?

Comme tous les marchés, celui des quotas à polluer a connu des hauts et des bas. Un début avec des valeurs hautes, puis un écroulement. La crise économique de 2008 ainsi qu’une allocation de quota trop généreuse ont eu comme conséquence un prix très faible (entre 5 et 15 euros la tonne), rendant le système moins incitatif. Le SEQE a ainsi fait l’objet de plusieurs révisions. L’objectif de ces reformes est justement d’avoir un prix suffisamment élevé qui incite les entreprises à innover et adopter des technologies peu émettrices. Les ajustements du système ont donc permis d’augmenter le prix du CO2, qui s’échangeait à 60 euros la tonne en septembre, après une période de relative stabilité autour de 25 euros.

Dans cette période de crise des prix des énergies, que s’est-il passé sur le marché des quotas ?

Depuis le mois d’octobre, on a assisté à une très forte augmentation du prix du carbone, conséquence de la hausse de la demande d’énergie, et du gaz en particulier, au moment de la sortie de la pandémie. Le prix carbone atteint 95 euros. Mais le 7 mars on passe à 58 euros. L’escalade de la guerre en Ukraine, la discussion sur un embargo du gaz, l’intention de vendre des actifs petro-gaziers en Russie à cause des sanctions internationales, la prévision d’une baisse de l’activité économique jouent un rôle important dans l’explication de ce phénomène. Ceci signifie que les entreprises et les traders ont vendus des quotas dans l’anticipation qu’elles auraient moins de valeur : moins de gaz, mois de pollution, mois de demande future. Mais le 10 mars le prix du CO2 atteint 74 euros, car finalement les émissions n’ont pas véritablement diminué en deux semaines. Puis le projet d’embargo fait repartir le marché à la hausse, on atteint à nouveau 90 euros, et la semaine à nouveau une chute, 83 euros, sur la perspective que des quotas pourraient être réinjectées sur le marché. Cette danse du prix carbone n’est que le reflet de la grande incertitude qui entoure les marches de l’énergie. Et qui va continuer…

Anna Creti au micro de Laurence Aubron


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