Elisa Camia, consultante en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradio sur les relations euro-chinoises.
Below you will find the English version of this article.
Bonjour Elisa, dans l’épisode de septembre, vous évoquiez les négociations commerciales entre l’Union européenne et la Chine. Ces derniers jours, les médias ont largement relayé les discussions autour de l’accord qui devra être finalisé. Dans quelle mesure cet accord peut-il contribuer à rééquilibrer les relations économiques entre les deux puissances ?
L’accord annoncé entre l’Union européenne et la Chine constitue une première étape vers l’apaisement des tensions commerciales. Il ne résout pas les déséquilibres structurels entre les deux partenaires.
Quelles concessions ont été obtenues par l’Union européenne et quels sont les effets attendus de cet accord ?
Il faut préciser que cet accord porte notamment sur le secteur automobile. Il prévoit de plafonner les importations chinoises de véhicules hybrides et hybrides rechargeables à 350 000 unités en 2027, contre environ 800 000 attendues en 2026, afin de réduire de moitié la part de marché des constructeurs chinois sur ce segment. En contrepartie, Pékin s’engage à faciliter certaines exportations européennes et à assouplir les licences d’exportation de terres rares. Ce compromis vise à apaiser les tensions commerciales, sans toutefois garantir un rééquilibrage durable.
Donc cet accord pourrait-il ne pas suffire à protéger durablement les constructeurs automobiles européens face à la concurrence chinoise ?
Ce compromis pourrait n’offrir qu’un répit temporaire aux constructeurs européens. Les groupes chinois, comme Changan, développent leurs capacités de production en Europe, ce qui pourrait leur permettre de contourner certaines restrictions à l’importation. Face à leur compétitivité et à leur avance technologique, l’accord ne suffira donc pas sans une stratégie industrielle européenne de long terme.
Comment l’Union européenne entend-elle compléter cet accord commercial par une politique industrielle de long terme ?
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’Industrial Accelerator Act (IAA), présenté par la Commission européenne en mars 2026. Ce projet vise à renforcer la production industrielle européenne dans des secteurs stratégiques comme l’automobile, les batteries, l’acier et les technologies propres. Il prévoit de favoriser les produits fabriqués en Europe dans certains marchés publics et dispositifs de soutien, ainsi que d’encadrer certains investissements étrangers dans des secteurs clés. L’objectif est de soutenir l’emploi, les capacités de production et l’autonomie stratégique de l’Union, tout en réduisant ses dépendances industrielles et en renforçant sa compétitivité face à la Chine.
Comment les divergences entre États membres sur la définition du « Made in Europe » pourraient-elles influencer la portée de cette stratégie industrielle ?
C’est vrai que la définition du « Made in Europe » divise les États membres. La France défend une préférence européenne stricte, privilégiant les entreprises produisant dans l’Union, tandis que l’Allemagne soutient une approche plus ouverte, dite « Made with Europe », incluant certains partenaires commerciaux en échange d’un accès réciproque à leurs marchés. L’Espagne défend une position intermédiaire. Ces divergences reflètent des intérêts industriels différents et détermineront la portée de la préférence européenne.
Dans quelle mesure la mise en place de cette préférence européenne risque-t-elle de raviver les tensions commerciales avec la Chine ?
La Chine juge les critères de préférence européenne potentiellement discriminatoires et contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), menaçant de prendre des contre-mesures. Bruxelles doit donc concilier protection de son industrie, respect de ses engagements commerciaux et maintien de relations avec la Chine. L’enjeu est aussi de veiller à ce que les investissements chinois en Europe profitent réellement à l’économie locale, en matière d’emplois, de technologies et de fournisseurs.
L’Union européenne peut-elle vraiment protéger son industrie, attirer des investissements étrangers et préserver ses relations commerciales avec la Chine ?
L’accord sur les véhicules hybrides et l’Industrial Accelerator Act répondent à deux objectifs complémentaires : le premier vise à apaiser rapidement les tensions commerciales, le second cherche à renforcer l’industrie européenne sur le long terme. Leur réussite dépendra toutefois de la capacité des Vingt-Sept à se mettre d’accord sur des règles communes pour favoriser la production européenne, mais aussi à attirer des investissements qui créent des emplois et développent les capacités de production en Europe. Au-delà des relations avec la Chine, l’enjeu est donc de parvenir à une politique industrielle européenne cohérente, soutenue par l’ensemble des États membres.
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.
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English version :
Junior consultant in public affairs, Elisa Camia specializes in EU-China relations, particularly in the economic and geopolitical sectors. She provides a monthly update on Euradio about EU-China relations.
Hello Elisa, in the previous episode, you discussed trade negotiations between the European Union and China. In recent days, the media have widely covered discussions surrounding the agreement that is still to be finalised. To what extent could this agreement help rebalance economic relations between the two powers?
The agreement announced between the European Union and China marks a first step towards easing trade tensions. However, it does not resolve the structural imbalances between the two partners.
What concessions has the European Union secured, and what impact is this agreement expected to have?
It is important to note that the agreement focuses in particular on the automotive sector. It provides for a cap on Chinese imports of hybrid and plug-in hybrid vehicles at 350,000 units in 2027, down from an estimated 800,000 in 2026, with the aim of halving Chinese manufacturers’ market share in this segment. In return, Beijing has pledged to facilitate certain European exports and ease export licensing requirements for rare earths. The compromise aims to ease trade tensions, although it does not guarantee a lasting rebalancing of economic relations.
So, could this agreement prove insufficient to protect European carmakers from Chinese competition in the long term?
This compromise may offer European carmakers only temporary relief. Chinese groups such as Changan are expanding their production capacity in Europe, which could allow them to circumvent certain import restrictions. Given their competitiveness and technological lead, the agreement will therefore not be enough without a long-term European industrial strategy.
How does the European Union intend to complement this trade agreement with a long-term industrial policy?
This is where the Industrial Accelerator Act (IAA), presented by the European Commission in March 2026, comes in. The proposal aims to strengthen European industrial production in strategic sectors such as automotive, batteries, steel and clean technologies. It seeks to give preference to European-made products in certain public procurement procedures and support schemes, while introducing safeguards for certain foreign investments in key sectors. The goal is to support jobs, production capacity and the EU’s strategic autonomy, while reducing industrial dependencies and strengthening its competitiveness vis-à-vis China.
How could differences between Member States over the definition of “Made in Europe” affect the scope of this industrial strategy?
It is true that the definition of “Made in Europe” divides Member States. France advocates a strict European preference, prioritising companies that manufacture within the EU, while Germany supports a more open approach, known as “Made with Europe”, which includes certain trading partners in exchange for reciprocal access to their markets. Spain takes an intermediate position. These differences reflect diverging industrial interests and will determine the scope of the European preference.
To what extent could the introduction of this European preference reignite trade tensions with China?
China considers the European preference criteria potentially discriminatory and contrary to World Trade Organization (WTO) rules and has threatened to take countermeasures. Brussels must therefore strike a balance between protecting its industry, respecting its trade commitments and maintaining relations with China. Another key challenge is to ensure that Chinese investment in Europe genuinely benefits local economies by creating jobs, fostering technological development and supporting local suppliers.
Can the European Union really protect its industry, attract foreign investment and preserve its trade relations with China?
The agreement on hybrid vehicles and the Industrial Accelerator Act serve two complementary objectives: the former aims to ease trade tensions in the short term, while the latter seeks to strengthen European industry over the long term. Their success will nevertheless depend on the ability of the 27 Member States to agree on common rules to promote European production, while also attracting investment that creates jobs and expands production capacity in Europe. Beyond relations with China, the key challenge is therefore to establish a coherent European industrial policy backed by all Member States.
An interview by Laurent Pététin.