Chine - Europe : entre tensions et perspectives

La Hongrie, au cœur de l’influence chinoise en Europe ?

Photo de Richard Stachmann sur Unsplash La Hongrie, au cœur de l’influence chinoise en Europe ?
Photo de Richard Stachmann sur Unsplash

Elisa Camia, consultante junior en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradio sur les relations euro-chinoises.

Below you will find the English version of this article.

Bonjour Elisa, aujourd’hui nous allons parler de l’influence chinoise en Hongrie.

Comment la Hongrie est-elle devenue un point d’ancrage de l’influence chinoise en Europe ?

La Hongrie s’est progressivement imposée comme un point d’ancrage majeur de l’influence chinoise en Europe. Tout part de la stratégie dite « d’ouverture vers l’Est », portée par Viktor Orbán depuis 2010, qui vise à diversifier les partenaires économiques du pays et à attirer des capitaux extra-européens.

La Chine devient ainsi un partenaire central. Et la Hongrie une porte d’entrée de Pékin dans l’UE.

Cela se traduit notamment par les projets des « nouvelles routes de la soie », comme la ligne Budapest–Belgrade, censée relier le port du Pirée au cœur logistique européen.

Sur quoi repose concrètement cette influence chinoise en Hongrie ?

Cette influence repose d’abord sur un levier économique puissant. Les investissements chinois, en particulier dans les batteries et l’automobile électrique, ont fait de la Hongrie un hub industriel stratégique. L’implantation de plusieurs acteurs montre la volonté de la Chine de produire directement en Europe. Toutefois, cela renforce aussi la dépendance de la Hongrie aux capitaux étrangers et donc sa vulnérabilité aux chocs géopolitiques et industriels.

La Chine a-t-elle aussi une influence politique ?

Oui, l’influence chinoise est aussi politique. Elle peut influencer certaines positions européennes communes. Cette proximité s’explique par des intérêts partagés : la Chine voit la Hongrie comme un partenaire stable au cœur de l’Europe.

De son côté, Budapest adopte une diplomatie très pragmatique. Elle cherche à tirer le maximum de ses relations avec Pékin, tout en restant membre de l’Union, quitte à s’écarter des positions de Bruxelles.

Comment la coopération avec la Chine est-elle perçue en Hongrie même ?

Cette relation a également des répercussions internes. En Hongrie, la coopération avec la Chine est devenue un enjeu politique central. Le débat oppose les partisans des investissements chinois, qui mettent en avant emplois et industrialisation, et leurs opposants, qui dénoncent une dépendance économique trop forte. Ils critiquent aussi des bénéfices locaux limités de certains projets d’infrastructures issus des « nouvelles routes de la soie », ainsi que leurs impacts environnementaux, notamment dans le secteur des batteries.

Quelles conséquences cette relation sino-hongroise a-t-elle pour l’Union européenne ?

À l’échelle européenne, les effets sont plusieurs. D’une part, la Hongrie contribue à la fragmentation des positions de l’UE en compliquant l’élaboration d’une stratégie commune face à la Chine. D’autre part, les investissements industriels chinois renforcent leur ancrage dans le marché européen en contournant certaines barrières commerciales.

Cette situation pose un enjeu de souveraineté stratégique pour l’Union, confrontée à la nécessité de concilier ouverture économique et réduction des dépendances.

Les élections de 2026 peuvent-elles changer la donne dans cette relation ?

Les élections de 2026, marquées par la victoire de Péter Magyar, pourraient modifier cet équilibre. Le nouveau dirigeant affiche une orientation un peu plus pro-européenne et entend rétablir les relations avec l’Union européenne. Pour autant, il ne s’agit pas d’une rupture avec Pékin.

Vers quel modèle cette nouvelle orientation pourrait-elle conduire ?

La Hongrie pourrait chercher à réduire sa dépendance stratégique, privilégiant une approche plus prudente tout en gardant certains investissements industriels chinois.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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English version :

Junior consultant in public affairs, Elisa Camia specializes in EU-China relations, particularly in the economic and geopolitical sectors. She provides a monthly update on Euradio about EU-China relations.

Hello Elisa, today we’re going to discuss China’s influence in Hungary.

How did Hungary become a key foothold for Chinese influence in Europe?

Hungary has gradually become a key hub of Chinese influence in Europe. This shift is driven by the so-called “Eastern Opening” strategy launched by Viktor Orbán in 2010. The goal is to diversify Hungary’s economic partners and attract investment from outside Europe.

As a result, China has become a key partner, while Hungary has turned into an entry point for Beijing into the EU.

This is most visible through projects linked to the “Belt and Road Initiative,” such as the Budapest–Belgrade railway, designed to connect the port of Piraeus to Europe’s main logistics network.

What does Chinese influence in Hungary rely on?

This influence is based on strong economic leverage. Chinese investments, especially in batteries and electric vehicles, have turned Hungary into a key industrial hub. The arrival of several companies shows China’s intent to produce directly in Europe. However, this also increases Hungary’s dependence on foreign capital, and therefore its vulnerability to geopolitical and industrial shocks.

Does China also have political influence?

Yes, Chinese influence is also political. It can affect some shared EU positions. This closeness is based on common interests: China sees Hungary as a stable partner in the centre of Europe.

Meanwhile, Budapest takes a very pragmatic approach. It aims to benefit as much as possible from its ties with Beijing while staying in the EU, even if that means at times moving away from Brussels’ positions.

How is cooperation with China perceived within Hungary itself?

This relationship also has domestic consequences. In Hungary, cooperation with China has become a major political issue. The debate is between those who support Chinese investment, pointing to jobs and industrial growth, and those who warn about growing economic dependence.

Critics also highlight the limited local benefits of some “Belt and Road Initiative” projects, as well as their environmental impact, especially in the battery industry.

What are the consequences of this Sino-Hungarian relationship for the European Union?

At the European level, the effects are multiple. On the one hand, Hungary contributes to fragmenting the EU’s positions by making it harder to develop a common strategy toward China. On the other hand, Chinese industrial investments strengthen their foothold in the European market by bypassing certain trade barriers.

This situation raises a question of strategic sovereignty for the EU, which must balance economic openness with reducing its dependencies.

Could the 2026 elections change this relationship?

The 2026 elections, marked by the victory of Péter Magyar, could shift this balance. The new leader takes a more pro-European stance and aims to restore relations with the European Union. However, this does not mean a break with Beijing.

What kind of model could this new direction lead to?

Hungary could seek to reduce its strategic dependence, adopting a more cautious approach while still keeping some Chinese industrial investments.

An interview by Laurence Aubron.