La guerre des étoiles

Crash sur la Lune !

Photo de la Lune, avant et après le crash de la Falcon 9. © NASA Crash sur la Lune !
Photo de la Lune, avant et après le crash de la Falcon 9. © NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un nouvel épisode de La guerre des étoiles, et pour faire un point sur un événement particulier de l’actualité spatiale : l’été dernier, une fusée SpaceX s’est écrasée sur la Lune !

C’est l’étage supérieur d’une Falcon 9, le lanceur lourd réutilisable-phare de l’entreprise d’Elon Musk, qui a effectivement créé un nouveau cratère sur notre satellite naturel. L’étage avait été lancé en janvier 2025, et dérivait à court de carburant depuis des mois, un détritus parmi tant d’autres dans l’espace. Et le 5 août 2026, bam, accident, le déchet s’est écrasé sur la Lune de manière totalement incontrôlée.

Quelle a été la réaction de SpaceX et de la communauté scientifique ?

Chez SpaceX, ces optimistes invétérés et pas toujours très transparents ni honnêtes, ç’a été marketé comme l’opportunité d’étudier la formation d’un cratère dont on connaissait le poids de l’objet impacteur et sa vitesse d’impact. Et ce sont des scientifiques qui se sont dits ravis de cette opportunité, sans avoir l’air de se rappeler que la Lune, faute d’atmosphère, gagne constamment de nouveaux cratères en raison d’impacts d’objets humains et non-humains à sa surface.

Outre une fois de plus la question de la gestion des déchets de l’activité humaine en orbite terrestre et au-delà, quels problèmes suscite un tel accident ?

Ce qui est très inquiétant, c’est que ce crash n’était ni prévu, ni contrôlé. Le cratère fait 18 mètres de large et 3 mètres de profondeur. Donc s’il y avait eu une base lunaire à cet endroit, la base et ses occupants auraient été annihilés.

Il y a des centaines de tonnes de détritus spatiaux qui s’écrasent chaque année sur la Lune, et dans la mesure où l’on est en train de construire un programme d’occupation humaine permanente de la Lune, ça va devenir un enjeu supplémentaire absolument nécessaire, de gérer ces déchets qui s’y écrasent. Et ça, SpaceX s’est bien abstenu de le reconnaître, mais l’entreprise n’avait aucun moyen d’éviter le crash.

Qui est responsable des dégâts causés en cas de dommages sur une base lunaire, si cela vient à se reproduire ?

Selon les traités internationaux sur la gouvernance de l’espace et de la Lune, c’est l’État d’où est lancé la fusée ou l’objet. Donc en l'occurrence, les Etats-Unis. Sauf que ces derniers temps, les Etats-Unis se désengagent des traités internationaux, que si la base lunaire qui était potentiellement impactée est une base, au hasard, chinoise ; il est certain que l’administration Trump et probablement les suivantes ne reconnaîtront pas leur responsabilité et ne prendront pas de mesures préventives. Officiellement, la NASA a été tout l’été sur la même longueur d’onde que les communications de SpaceX en s’extasiant sur le nouveau cratère. Donc on ne peut pas compter sur l’agence spatiale la plus puissante au monde jusqu’à maintenant pour anticiper ce genre de problèmes, manifestement.

Une perspective dérangeante et inquiétante de plus qui nous vient d’outre-Atlantique. Pour finir sur une note positive, une dernière actualité estivale ?

Le télescope Nancy Grace Roman, nommé après la grande astronome américaine qui a été centrale dans la construction du télescope Hubble dont ce nouveau télescope vient prendre la relève, a été lancé le 30 août. Il va être placé au point Lagrange 2, le même que pour le télescope James Webb. C’est une position idéale en termes de température pour les instruments d’observation, et qui reste assez proche de la Terre pour envoyer les quantités astronomiques –c’est le cas de le dire– de données récoltées.

Nancy Grace Roman va pouvoir cartographier le ciel, les systèmes solaires dans notre galaxie, les exoplanètes, dans un champ cent fois supérieur à celui de Hubble, et apporter de nouvelles réponses –et sans doute de nouvelles questions– sur la matière noire.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.