La guerre des étoiles

Le bug de 2038

© NASA Le bug de 2038
© NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un épisode histoire de La guerre des étoiles, mais un épisode histoire un peu particulier…

Je vous emmène dans l’histoire future ! Et plus précisément, en 2038, le 19 janvier 2038 à 3h du matin, quatorze minutes et sept secondes.

L’heure de décollage d’une fusée, la mise en service d’une station spatiale…?

La panne générale de l’humanité ! Un avant-goût de la fin du monde !

Alors il faut que j’explique, avec l’aide surtout de l’article de Muriel Valin, rédactrice en chef adjointe du magazine scientifique d’actualité Epsiloon. En mars dernier, Epsiloon a consacré un dossier à ce que les scientifiques et industriels appellent “le bug de 2038”. Ils y expliquent l’origine du bug, que l’on connaît mais que tous ne s’attellent pas à résoudre : beaucoup d’appareils, de logiciels ont une date codée en bits, cette alternance de 0 et de 1. Et avec 32 bits, on calcule une date universelle calculée à partir des secondes écoulées depuis le 1er janvier 1970.

Le bug sera donc dû aux limites de bits pour calculer la date ?

Absolument. Et il faut comprendre qu’on parle d’une potentielle panne générale affectant tous les secteurs essentiels : l’article d’Epsiloon auquel je fais référence mentionnait des exemples très inquiétants comme les pompes à insuline et stimulateurs cardiaques. La RATP a repéré le danger, mais est-ce que Alstom, le fabricant des rames, mettra en place une solution à temps pour que le réseau de transports transilien ne soit pas immobilisé ? Le 19 janvier 2038 est un mardi ! Absolument tout, des imprimantes de bureau aux distributeurs de banque, en passant par les vannes automatiques de stations d’épuration, est concerné.

Une perspective aussi terrifiante que le syndrome de Kessler dont nous parlons régulièrement dans ce podcast.

Malgré le fait qu’on parle d’un bug de logiciels qui arrivera dans plus de dix ans, les différents experts interviewés par Muriel Valin dans le dossier consacré au bug insistent sur la difficulté de traquer tous les logiciels codés en 32 bits, de programmer une mise à jour, et de faire la mise à jour sur ces appareils.

Et si certains objets seront probablement remplacés par de nouveaux modèles codés en 64 bits d’ici là, d’autres doivent être corrigés : Airbus et les autres fabricants d’avions et de satellites doivent absolument anticiper et mettre à jour leurs logiciels ; les appareils médicaux en tout genre, qui sont par ailleurs disséminés partout chez des spécialistes en libéral, voire dans le corps de patients, sont codés sur 32 bits…

Anticiper et corriger cette vulnérabilité des logiciels est-il possible ?

Si tous les industriels le prennent au sérieux, le pire pourra être évité. Mais on parle d’une quantité tellement importante d’infrastructures et de matériel qu’il est certain que beaucoup passeront entre les mailles du filet. Et ça veut dire compter sur des entreprises qui ne prennent pas forcément la menace au sérieux, ou qui n’ont pas les moyens de corriger ce codage. Entre celles qui ont fait faillite et n’existe plus, celles pour qui aller physiquement modifier le processeur ou faire une mise à jour logiciel de chaque appareil coûterait tellement cher que ça les pousserait à la faillite… Et puis une mise à jour logiciel, si ça reste la solution la plus simple, implique aussi le risque d’un bug d’incompatibilité au moment-même de la mise à jour.

Quid du secteur spatial, spécifiquement ?

On est sur un exemple typique où se pose la question de la compatibilité des systèmes logiciels : ceux embarqués sur les satellites sont récents et ne devraient pas poser de problème, mais des infrastructures au sol sont probablement concernées. C’est un casse-tête dont il faut s’assurer qu’il soit résolu.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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