Smart cities, smart citizens

Martinfeld : SMARTinfeld

Photo de Preston Yadegarsur Unsplash Martinfeld : SMARTinfeld
Photo de Preston Yadegarsur Unsplash

Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.

Bonjour Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Aujourd’hui vous nous proposez un petit tour à la campagne, parce qu’il n’y a pas que les grandes villes qui ont de beaux projets.

Et bien oui Laurence, la semaine dernière on parlait d’un très gros projet global à Stockholm, dans un quartier beaucoup, beaucoup plus grand que l’endroit dont nous allons parler. Cela se passe dans la région de la Thuringe en Allemagne, et plus précisément à Martinfeld, « le champ de Martin », un tout petit village de 600 habitants.

Donc il n’y a pas que les villes qui s’intéressent au concept de ville intelligente ?

Bien sur que non. Depuis quelques années, en particulier depuis la pandémie de Covid et avec l’explosion du télétravail, nombreux sont les ménages qui cherchent à s’éloigner des grands centres urbains pour rechercher calme et qualité de vie. Cependant les zones rurales font face à de nombreux défis comme le vieillissement ou l’appauvrissement des services publics, y compris ceux de santé. Pour être plus attractifs, certains villages misent donc sur la généralisation des infrastructures haut débit et la mise en place de services et d’applications exploitant des technologies numériques.

C’est donc ce qu’a fait Martinfeld. Quel est l’axe principal de leur projet ?

Le projet, plutôt bien nommé d’ailleurs, s’appelle SMARTinfeld. Il est basé sur la mise en place d’un réseau IoT. Il utilise donc des équipements connectés pour développer des applications inspirées de ce qui se fait dans de plus grandes villes. Mais elles ont été optimisées pour des zones rurales et des collectivités dont les budgets sont limités. L’objectif est de montrer qu’ici aussi, de manière très concrète, cette technologie permet d’améliorer la qualité de vie des habitants, de piloter et d’utiliser les ressources de manière plus efficace.

Par quoi ont-ils commencé ?

Tout a commencé par un projet de modernisation des éclairages publics, comme c’est souvent le cas, parce que le passage à l’éclairage LED permet de réduire la consommation énergétique et les frais de maintenance de manière significative.

Oui, vous nous en aviez parlé pour Oslo n’est-ce pas ?

Absolument. Et à l’occasion de ces travaux, ils en ont profité pour mettre en place la technologie LoraWAN, un réseau sans fil dédié aux objets connectés, pour tester différentes applications. Petit à petit des capteurs d’humidité du sol, du niveau de l’eau du ruisseau, de qualité de l’air, de comptage du trafic ou encore de consommation électrique ont été installés. Les données remontées alimentent un tableau de bord qui permet d’avoir une vision concrète de ce que le village consomme et de comment il fonctionne. Au-delà des aspects opérationnels, SMARTinfeld a un objectif pédagogique, car ce type de projet peut parfois être perçu comme complexe. Les données sont donc également accessibles sur un site web à la disposition des habitants, pour le rendre plus tangible, et intégrer le numérique de manière concrète dans la vie quotidienne du village.

Comment a été reçu ce projet par la population ?

En fait, ce qui est assez drôle, c’est qu’ils rapportent que le projet a suscité de la curiosité, et que certains habitants se sont même approprié le projet pour créer une coopérative citoyenne, qui propose de nouvelles idées et réfléchit aux applications numériques concrètes qui pourraient être utiles au village. SMARTinfeld est ainsi devenu une sorte de laboratoire, un terrain d’essai concret où de nouveaux capteurs et applications peuvent être testés facilement.

Et c’est un terrain d’essais à la fois pour la collectivité et pour le fournisseur de la solution

Oui la société qui a installé le système a proposé un partenariat gagnant-gagnant à la municipalité, qui lui permet de tester ses capteurs et d’avoir une sorte de showroom grandeur nature. Ici, l’échelle réduite est un vrai atout. Pas de cycles de décisions longs avec une multitude de parties prenantes, des comités X ou Y et des niveaux de validation en cascade. On demande au maire, qui valide ou non et c’est parti !

C’est donc une expérience concluante amenée à en inspirer d’autres ?

Le village a même été distingué en 2023 par un prix d’innovation, qui lui a donné une certaine visibilité dans le pays. Ailleurs en Europe, il existe des projets similaires, comme Saint Sulpice la Forêt en France, dont nous avions également parlé. Elle avait été reconnue il y a quelques années comme la plus petite Smart city du monde. Ces initiatives sont souvent portées par des maires curieux et volontaires qui voient le numérique comme un moyen d’améliorer l’offre du territoire, de le valoriser et ainsi de donner une image plus dynamique des municipalités rurales. Et si on peut avoir les plaisirs de la campagne sans perdre certains des avantages de la ville, ils ont bien raison !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.