Les éclaireurs du voyage

Voyage à Chiapa de Corzo

Photo de Roger Ce sur Unsplash Voyage à Chiapa de Corzo
Photo de Roger Ce sur Unsplash

Toutes les semaines, Stéphanie Taupin et Fabien Hée vous emmènent à la découverte de l'Europe... et plus si affinité ! Les cofondateurs de l'agence Les Éclaireurs Du Voyage ramènent de leurs repérages sur le terrain, souvenirs de rencontres, trouvailles insolites et conseils pour vos prochains voyages. Un regard parfois amusé, toujours sincère, sur ces destinations qui nous entourent et nous en font voir de toutes les couleurs.

Stéphanie Taupin, vous êtes cofondatrice de l’agence Les Eclaireurs Du Voyage et aujourd'hui vous nous emmenez tout au sud du Mexique, au Chiapas. Que s’y passe-t-il ?

Et bien Laurence, comme tous les ans en janvier, la ville de Chiapa de Corzo est en ébullition autour de sa Fiesta Grande.

Alors simplement pour vous mettre dans le contexte, c’est tout simplement une des fêtes les plus importantes du Mexique. Elle a commencé le 8 et ne se terminera que le 23 janvier… Et oui, on a dit Fiesta Grande !

Alors Stéphanie, qu’est-ce que c’est que cette grande fête du Chiapas ?

La Fiesta Grande est une véritable institution, reconnue patrimoine Unesco d’ailleurs.

S’y mêlent joyeusement des processions religieuses en l’honneur de plusieurs Saints, à des défilés plus populaires et rythmés de musiques traditionnelles. C’est un élément important dans l’identité culturelle du Chiapas.

On a parfois une image un peu plus sérieuse et engagée du Chiapas qu’on l’aurait du Yucatan par exemple... mais je peux vous dire qu’on sait y faire la fêtes, et que les traditions et légendes qui courent sous tout cela sont vraiment à découvrir si on voyage au Mexique en janvier.

Vous me mentionniez hors antenne la belle histoire des masques. Vous pouvez nous la raconter ?

Oui… C’est le défilé des Parachicos, l’un des moments les plus importants de toute la feria !

On les reconnaît vite avec leurs chapeaux ronds en fibres de sisal, leurs masques en bois peint, des costumes brodés pleins de couleurs, et très important : Leurs hochets.

Tout cet accoutrement est déjà en lui même une magnifique vitrine des savoir-faire des artisans du Chiapas !

Mais en fait, j’aime bien l’histoire qui a mené à ce défilé :

Sous la colonisation espagnole, une riche dame appelée María de Angulo, a eu recours aux guérisseurs indigènes de Chiapa de Corzo pour soulager son enfant.

Elle leur fut très reconnaissante de sa guérison, et distribua généreusement de l’argent dans la communauté.

Pour lui montrer leur appréciation, les villageois ont fabriqué des masques aux visages d’Européens, et dansé au son de leurs clochettes autour du petit garçon... ou comme on dit en espagnol, du « chico ». D’où le nom qui est resté, Para-chico, « pour le garçon ».

Une belle histoire effectivement. Est-ce qu’il y a d’autres défilés comme celui-ci avec une signification profonde ?

Oui Laurence, mais dans un style beaucoup plus léger ! Et pourtant…

Tout au début de la Fiesta Grande, il y a le défilé de las Chuntas.

Las Chuntas, ce sont des hommes, déguisés en femme, et véritables harangueurs de foule. Ceux sont eux qui lancent avec humour la fête.

Mais là aussi, il y a une histoire derrière ces barbus maquillés, avec leurs jolis corsages de femme brodés traditionnels : Des hommes de la communauté indigène Chiapas se seraient ainsi vêtus pour se faire passer pour des servantes, et lutter contre les colons espagnols, pour leur liberté.

C’est assez déconcertant et amusant, dans une région encore très traditionaliste comme le Chiapas, que de les voir défiler comme ça, mais quand on connaît l’histoire qui est derrière, c’est encore plus beau.

Stéphanie Taupin, vous avez mentionné plusieurs fois les communautés indigènes, la colonisation espagnole. Que peut-on visiter aujourd’hui au Chiapas pour découvrir cet héritage culturel ?

C’est vrai Laurence qu’on entend surtout parler du Chiapas pour ses trésors naturels comme les cascades turquoises de Misol ha et d’Agua Azul, ou la jungle du Lacandon, mais il est riche aussi d’un important camaïeu culturel.

On va le retrouver aussi bien dans l’architecture coloniale d’un centre historique , comme dans la ville de San Cristobal de las Casas, que dans les pratiques religieuses des villages indigènes Tzotziles alentours *.

Et n’oublions pas les nombreux sites archéologiques comme Palenque, Bonampak... qui eux aussi témoignent de l’histoire très riche de la région.

Le Chiapas est véritablement un Etat multi-facettes.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.