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La géopolitique, nouveau paramètre stratégique pour les entreprises - Grégory Glamoc

Photo de Yibei Gengsur Unsplash La géopolitique, nouveau paramètre stratégique pour les entreprises - Grégory Glamoc
Photo de Yibei Gengsur Unsplash

Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.

Confrontations Europe a récemment publié un article de Grégory Glamoc, analyste en stratégie d’entreprise et des affaires gouvernementales chez Dassault Systèmes analysant la manière dont la géopolitique s’impose désormais comme un facteur central dans la stratégie des entreprises, bouleversant un environnement économique autrefois relativement stable.

Pourquoi la géopolitique est-elle devenue aujourd’hui un enjeu incontournable pour les entreprises ?

Pendant longtemps, les entreprises ont évolué dans un cadre global assez prévisible, marqué par une mondialisation croissante et des échanges fluides. Mais ce contexte a profondément changé.

Aujourd’hui, les crises s’enchaînent : Brexit, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient… Tous ces événements ont un point commun : ils montrent que la politique et l’économie sont désormais totalement imbriquées.

Concrètement, la géopolitique n’est plus un simple “bruit de fond”. Elle influence directement le fonctionnement des entreprises. Par exemple, les sanctions économiques, les tensions commerciales ou encore les conflits armés peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement, faire grimper les prix de l’énergie ou bloquer certains marchés.

Ce qui est nouveau, c’est que ces risques ne sont plus exceptionnels : ils deviennent la norme. L’incertitude est désormais permanente, et elle est largement alimentée par des facteurs géopolitiques plutôt que purement économiques.

L’article évoque une vulnérabilité des entreprises face à ces bouleversements. Quels sont les impacts ?

D’abord, il y a un impact direct sur les coûts. Les tensions internationales entraînent une hausse du prix des matières premières et de l’énergie, ce qui fragilise la rentabilité des entreprises. Ensuite, on observe de nombreuses ruptures dans les chaînes d’approvisionnement. La guerre en Ukraine, par exemple, a révélé à quel point certaines entreprises dépendaient de zones géographiques spécifiques pour leurs ressources ou leur production.

Il y a aussi une montée des risques numériques, comme les cyberattaques, qui deviennent de plus en plus fréquentes dans un contexte de rivalités entre États.

Au final, la géopolitique n’est plus un risque lointain ou abstrait mais une contrainte opérationnelle quotidienne. D’ailleurs, une immense majorité de dirigeants reconnaît avoir déjà subi directement les effets de ces chocs.

Quelles solutions peuvent être mises en place pour mieux intégrer la géopolitique dans la stratégie des entreprises ?

Plusieurs pistes commencent à émerger. Certaines entreprises développent ce qu’on appelle des “radars géopolitiques”. L’idée est d’anticiper les évolutions du contexte international pour pouvoir adapter leur stratégie en amont, plutôt que de subir les crises.

D’autres réfléchissent à créer des postes dédiés, comme celui de “Chief Geopolitical Officer”, chargé d’analyser les risques et de conseiller la direction.

Il existe aussi une tendance à externaliser cette expertise, en faisant appel à des cabinets spécialisés ou à des think tanks. Mais quelle que soit la solution choisie, l’enjeu principal reste le même : intégrer réellement ces analyses dans la prise de décision.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.