Avec sa
chronique Les femmes ou les "oublis" de l'Histoire,
Juliette Raynaud explore "les silences de l'Histoire"
(Michelle Perrot) et nous invite à (re)découvrir notre
matrimoine oublié, une histoire après l'autre...
Vous connaissez Gerty Archimède ?
Elle fut la première avocate noire de France, la première avocate des Antilles françaises et la première femme députée (communiste) de Guadeloupe en 1946. Féministe anticolonialiste, elle lutta toute sa vie pour la justice et l'amélioration des conditions de vie en Guadeloupe.
Gerty naît en 1909 à Morne-à-l’Eau en Guadeloupe. Sa mère est une « dame du téléphone », son père est boulanger, conseiller général de 1910 à 1945 et deviendra maire de la commune de Morne-à-l’Eau en 1951.
Le baccalauréat en poche, Gerty part faire une licence de droit à la Sorbonne qu’elle finance en travaillant comme employée de banque. A Paris, elle fréquente le milieu juridique progressiste.
Elle passe l’examen du barreau en 1939 à Pointe-à-Pitre et devient la première avocate noire de France et la première femme avocate des Antilles françaises. Le contexte de guerre renforce son engagement. Elle adhère au Parti Communiste Français et dirige la branche guadeloupéenne.
En 1946, elle est élue députée de Guadeloupe, deux ans après l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 21 avril 1944 qui a accordé aux femmes le droit de vote et d’éligibilité, et quelques mois après la loi du 19 mars 1946 qui fait de la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane, des départements français.
Gerty Archimède ouvre la branche guadeloupéenne de l’Union des Femmes Françaises et mobilise les femmes guadeloupéennes pour améliorer les conditions de vie sur l’île, défendre les droits des femmes, la sécurité sociale, les retraites et la paix.
A l’Assemblée Nationale, elle témoigne des difficultés économiques et sociales de la Guadeloupe d’après-guerre. Elle s’investit dans la Commission de la justice et de la législation, où elle présente en 1947 le projet de loi permettant aux femmes d’investir diverses professions judiciaires. Elle siège aussi à la Commission des territoires d’outre-mer. Elle est également juge-suppléante à la Haute cour de justice.
En 1951, elle fait partie de la défense des accusés du premier procès du colonialisme français aux Antilles : l’affaire des “16 de Basse-Pointe". 16 coupeurs de cannes martiniquais qui avaient été arrêtés à Basse-Pointe à la suite du meurtre d’un administrateur blanc dans le contexte d’un conflit social. Les 16 accusés sont acquittés.
Elue locale, elle est très présente dans les luttes sociales de l’île et représente le Parti Communiste dans de nombreuses conférences à travers le monde. Devenue une figure du barreau de Guadeloupe, elle en assure la présidence comme bâtonnière de 1967 à 1970.
En 1969, elle défend la militante africaine-américaine Angela Davis contre les douanes françaises qui l’ont arrêtée avec ses camarades alors qu’elle était en escale en Guadeloupe.
Angela Davis lui consacre un passage admiratif dans son autobiographie. Gerty Archimède meurt en 1980. Sa maison à Basse-Terre devient un musée. En 2013, elle est proposée, aux côtés de la martiniquaise Paulette Nardal, pour entrer au Panthéon.