Il était une fois l'Europe

Schmidt - Giscard : la relande européenne

Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, 1976. Schmidt - Giscard : la relande européenne
Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, 1976.

Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio

Dans les années 1970, l’Europe doute. Crises monétaires, choc pétrolier, fin de Bretton Woods et la convertibilité du dollar en or.

En 1974, deux hommes arrivent presque simultanément au pouvoir : Valéry Giscard d’Estaing en France, Helmut Schmidt en Allemagne. Leur relation étroite va marquer une étape décisive dans la relance européenne et faire entrer dans le langage politique une expression désormais consacrée : le couple franco-allemand. 
(Leur réponse est simple : se parler plus souvent, décider ensemble, et structurer le dialogue européen.)

Sylvain Schirman, avant de parler du “couple”, parlons des hommes. Qui sont Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt lorsqu’ils arrivent au pouvoir en 1974, et dans quel état se trouve alors l’Europe ?

Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt se connaissent lorsqu’ils accèdent à quelques jours d’intervalles l’un à la présidence de la République, l’autre à la Chancellerie. Ils ont été en charge de fonctions ministérielles au même moment, et surtout ont été partenaires comme ministre de l’Economie de leurs pays respectifs. A ce titre, ils sont travaillé ensemble au Conseil des ministres, lors des sommets franco-allemands et entretiennent des relations régulières, car l’Europe est une union douanière et réfléchit à sa structuration monétaire depuis le début de l’année 1970. Ils sont arrivés au pouvoir dans des circonstances particulières : décès du président Pompidou et démission du chancelier Brandt. A leur arrivée au pouvoir, la CEE est fracturée car les divergences sur la relation transatlantique ont laissé des traces, notamment au sein du couple franco-allemand. Les deux hommes se font cependant confiance.



On associe souvent le couple Giscard–Schmidt à une relance spectaculaire de la construction européenne. Quelles sont, selon vous, les avancées les plus structurantes de cette coopération franco-allemande ?

On peut mettre en avant quelques axes :

  • La relance politique de l’Europe par la décision au sommet de Paris en 1974 de créer le Conseil européen, réunion des chefs d’Etat et de gouvernement, pour fixer les choix stratégiques, impulser les politiques nouvelles et réaliser les arbitrages ; la décision de faire élire le Parlement européen au suffrage universel dès 1979, pour associer davantage les citoyens au processus. Enfin la commande du rapport Tindemans sur l’Europe politique, qui produira ses effets lors de la décennie suivante ;
  • Le développement d’une Europe monétaire. Celle-ci avait commencé à exister à leur arrivée aux affaires : le FECOM existait et les fluctuations monétaires étaient encadrées. Ils parachèvent ce dispositif en créant une unité de compte commune, l’ECU, qui dorénavant fait figure de référence et permet de définir la valeur des monnaies par rapport à cet étalon. Comme également l’intervention plus drastique du FECOM
  • Des initiative en politique extérieure : soutien français à l’entrée de la RFA à l’ONU, négociations de Helsinki, renforcement du multilatéralisme avec la proposition de Giscard acceptée par les partenaires de création du G7

Depuis, le couple franco-allemand est souvent présenté comme le moteur de l’Europe. Le tandem Giscard–Schmidt fait figure de modèle, mais cette image ne masque-t-elle pas aussi des divergences, des frictions, voire un récit un peu idéalisé ?



Tous les couples ont plus ou moins bien fonctionné. La bonne relation personnelle et l’appétence des deux hommes pour les questions économique et monétaires ont éclipsés les divergences. Elles existent sur les relations transatlantiques, l’attitude envers Moscou, le soutien à la dissidence dans les démocraties populaires, sur l’énergie. Il y a également des inquiétudes : allemandes sur la réalité économique et monétaire de la France ; française sur le risque d’une Europe mark.
Cela est partie prenante d’une relation franco-allemande et au-delà européenne.



Le couple franco-allemand Giscard–Schmidt n’a pas tout résolu, mais il a redonné une impulsion politique à une Europe en panne. 


La semaine prochaine, nous quitterons l’Europe communautaire pour l’Europe de la sécurité, avec un moment clé de la détente Est-Ouest : Helsinki et la naissance de la CSCE.

Un entretien réalisé par Olivier Singer.

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