L'éco de Marc Tempelman

Les marchés émergents

© Dmitry Sidorov via Pexels Les marchés émergents
© Dmitry Sidorov via Pexels

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc. 

On parle beaucoup depuis quelques semaines d'une performance assez spectaculaire  et surprenante des marchés émergents, alors que la guerre en Iran fait rage. Est-ce qu'on peut rappeler les chiffres pour nos auditeurs ?

Absolument. Depuis le début du mois d'avril les marchés émergents ont littéralement décollé. L'indice MSCI Emerging Markets a progressé d'environ 15%, quand le S&P 500 américain, lui, gagnait à peu près 10%. Comme vous le soulignez, cette performance est d’autant plus étonnante que l’indice contient des valeurs de 24 pays, dont l’Inde, le Brésil, la Turquie ou encore la Chine, où, sur le plan économique, le contexte est loin d’être au beau fixe.

Et qu'est-ce qui explique ce rebond si marqué depuis avril justement ?

Il faut regarder sous le capot, et c'est là que ça devient vraiment intéressant, et un peu vertigineux. Près de la moitié des gains du MSCI Emerging Markets en avril viennent de seulement trois entreprises. Trois fabricants de semi-conducteurs : TSMC qui a bondi de plus de 23 % en avril, Samsung Electronics, en hausse de 35 % et SK Hynix qui a flambé de plus de 60 %. Ces trois entreprises à elles seules représentent désormais près d'un quart de l'ensemble de l'indice MSCI Emerging Markets.

Pourquoi cette envolée sur ces valeurs en particulier ?

Parce que ces entreprises sont au cœur de la chaîne d'approvisionnement de l'intelligence artificielle. Les grands groupes américains de la tech, Microsoft, Google, Amazon, Meta, investissent des centaines de milliards de dollars dans des infrastructures d'IA. Et pour construire ces infrastructures, il faut des puces. Les meilleures puces du monde, les plus avancées technologiquement, sont fabriquées à Taïwan et en Corée du Sud. La Bourse taïwanaise est en passe de réaliser son meilleur mois en plusieurs décennies, plus de 25 % en termes de dollars. L'indice coréen Kospi, lui, a gagné 24 % en un mois, un record depuis la crise financière asiatique de 1998.

Mais alors, quand un épargnant achète un ETF sur les marchés émergents, il mise surtout sur l'IA ?

C'est précisément la question qu'il faut se poser. Et la réponse est oui, pour une bonne partie. Et ça, beaucoup d'investisseurs ne le réalisent pas. On achète un ETF « marchés émergents » en pensant diversifier son portefeuille, s'exposer à des économies variées, le Brésil, l'Inde, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, la Turquie ... Et en réalité, on se retrouve massivement exposé à la même thématique technologique qui anime déjà Wall Street. 

Mais justement, l'indice MSCI Emerging Markets ne couvre-t-il pas 24 pays différents ? N'y a-t-il pas une vraie diversification géographique ?

En théorie, oui. En pratique, beaucoup moins. La concentration géographique est extrême. Aujourd’hui, Taïwan et la Corée du Sud représentent ensemble près de 44 % de l'indice. Ce n'est pas vraiment ce qu'on appelle une diversification mondiale équilibrée.

Et en ce moment, est-ce que tous ces marchés émergents profitent du rebond ?

Absolument pas, et c'est un point crucial que les chiffres globaux de l'indice masquent. La belle performance du MSCI EM en avril cache des situations très contrastées. Les marchés qui dépendent des importations de pétrole ont été très durement touchés par le conflit en Iran et n'ont pas récupéré. L'Indonésie et les Philippines sont encore en repli de plus de 16 % par rapport à leurs niveaux de fin février. 

Pour conclure, Marc, les marchés émergents, opportunité réelle, ou fausse bonne idée ?

Vraie opportunité, mais avec les yeux grands ouverts. Un ETF sur marchés émergents peut ajouter de la performance à un portefeuille — et ce mois d'avril en est la démonstration éclatante. Et par rapport à des marchés comme l'Inde, le Brésil ou la Chine qu'on peut légitimement trouver difficile à suivre en direct, c'est un outil formidable. Mais il faut résister à l'idée que c'est automatiquement une diversification de son portefeuille actions. En achetant un ETF MSCI Emerging Markets aujourd'hui, vous pariez pour une large part sur la domination de la chaîne d'approvisionnement asiatique dans l'IA mondiale. C'est un pari potentiellement très profitable, mais c'est un pari précis, et non pas un billet d'entrée universel vers soixante pays en développement.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.