L'éco de Marc Tempelman

Binance : vol record de cryptos


© Pierre Borthiry - Peiobty via Unsplah Binance : vol record de cryptos

© Pierre Borthiry - Peiobty via Unsplah

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement digitale Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance.

Bonjour Marc, l'actualité est marquée par un événement spectaculaire : la plateforme Binance, numéro un mondial des échanges de cryptomonnaies, vient de subir un piratage qui aurait entraîné le vol de 6,3 milliards de dollars. Que s'est-il passé ?

C'est effectivement colossal. Des pirates auraient réussi à pénétrer dans certains systèmes de Binance, notamment en exploitant la compromission de l'ordinateur d'un ingénieur, avant de déclencher des opérations frauduleuses.

La plateforme a temporairement suspendu certains dépôts et retraits et affirme que les fonds de ses clients seront intégralement couverts. Elle indique également avoir contribué au gel d'environ 3 milliards de dollars d'actifs.

Mais cet événement soulève une question beaucoup plus large : comment une entreprise qui gère des milliards de dollars d'actifs peut-elle offrir des garanties de sécurité suffisantes à ses clients ?

Binance est pourtant le géant mondial du secteur. On pourrait penser que ses systèmes de sécurité sont comparables à ceux d'une grande banque.

C'est précisément le problème. Binance est une entreprise gigantesque, mais la taille d'un acteur financier ne garantit pas le niveau de contrôle auquel sont soumis ses clients.

Le monde des cryptomonnaies s'est développé autour d'une philosophie différente et même volontairement opposée à celle de la finance traditionnelle : beaucoup d'innovation, de rapidité et une volonté de s'affranchir des contraintes réglementaires du système bancaire.

Les plateformes de cryptomonnaies ne sont donc pas soumises aux mêmes règles que les banques ?

Non, et la distinction est fondamentale. Une banque doit respecter des ratios de fonds propres et de liquidité, faire contrôler ses risques et être supervisée par les autorités financières. Elle bénéficie aussi d'un dispositif de protection des déposants : en Europe, les dépôts bancaires sont garantis jusqu'à 100 000 euros par personne et par établissement.

Dans le monde des cryptomonnaies, il n'existe pas de garantie équivalente. Si une plateforme est piratée ou fait faillite, ses clients peuvent se retrouver dans une situation beaucoup plus incertaine pour récupérer leur argent.

Détenir des cryptomonnaies sur une plateforme d'échange n'est donc absolument pas comparable à détenir un dépôt bancaire.

Mais l'Europe a justement adopté une réglementation spécifique, MiCA. Est-ce que cela change la donne ?

Oui, c'est une évolution importante. MiCA impose désormais aux prestataires de services sur crypto-actifs opérant dans l'Union européenne d'obtenir un agrément et de respecter des obligations en matière de gouvernance, de conservation des actifs des clients et de fonds propres.

C'est un progrès considérable, mais attention : MiCA ne transforme pas une plateforme crypto en banque. Elle ne donne notamment pas accès à la garantie des dépôts de 100 000 euros.

Et surtout, aucune réglementation ne supprime totalement les risques de piratage ou de mauvaise gestion.

Finalement, le problème n'est-il pas que les cryptomonnaies ont voulu devenir une alternative au système financier traditionnel sans en reprendre toutes les contraintes ?

C'est exactement le paradoxe. Les acteurs de la crypto ont longtemps promis de supprimer les intermédiaires et les contraintes bancaires.

Mais dans la réalité, la plupart des investisseurs passent par des plateformes centralisées comme Binance, Coinbase ou Kraken. Ces entreprises conservent les actifs, organisent les échanges et jouent un rôle très proche de celui d'un intermédiaire financier traditionnel.

On a donc parfois supprimé certaines contraintes de la banque sans supprimer les risques qui vont avec cette activité !

Alors, finalement, quelle leçon retenir ?

Dans la finance, la sécurité et la confiance ont un prix. Les règles et les contraintes réglementaires peuvent sembler pesantes, mais elles sont aussi ce qui permet au système de fonctionner durablement. La véritable innovation ne devrait pas consister à supprimer ces protections, mais à innover tout en les conservant.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.