L'Europe et la polycrise

La dette publique, problème et opportunité pour les générations futures ?

© Pixabay La dette publique, problème et opportunité pour les générations futures ?
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Tous les mois sur euradio, Bastien Beauducel, senior fellow à l'institut Open Diplomacy, analyse les réponses de l'Europe à la polycrise, "enchevêtrement inédit de crises systémiques qui s'alimentent mutuellement" et qui a fait l'objet d'un rapport publié par l'institut en octobre 2025.

Comme tous les mois, je suis avec Bastien Beauducel, senior fellow à l’institut Open Diplomacy. Bonjour Bastien, aujourd’hui, vous souhaitez revenir sur un enjeu important de cet automne : la dette publique. 

En effet, depuis début septembre, du fait de la hausse des taux auxquels la France refinance sa dette, la dette publique est redevenue un sujet majeur. 

Elle devrait se rapprocher des 120 % du PIB l’an prochain, soit environ 2 fois la valeur de référence européenne. Les seuls intérêts de cette dette ont représenté près de 65 milliards d’euros en 2025, soit 2,2 % du PIB, un niveau inédit depuis le début des années 2010 qui devrait encore augmenter. 

Selon vous Bastien, la dette publique, c’est une conséquence de la polycrise actuelle ?

En effet, cette situation se nourrit à la fois : 

  • d’une crise économique liée au décrochage économique de l’Europe, 
  • d’une crise géopolitique liée à la concurrence accrue pour l’épargne mondiale,
  • et d’une crise politique liée à la hausse des besoins et du poids électoral des plus âgés. 

Zoomons sur ce dernier point. La dette n’est pas un problème en soi. Elle devient un problème quand elle sert durablement à financer nos dépenses de fonctionnement plutôt qu’à investir dans l’avenir. Or, le renversement démographique accroît les besoins des générations plus âgées, en premier lieu les retraites, et leur poids électoral pèse sur les arbitrages budgétaires.

Ainsi, entre 1975 et 2024, les dépenses publiques ont augmenté de 11 points de PIB. Plus de huit de ces onze points correspondent à la hausse des prestations sociales, dont principalement les retraites. 

Enfin, au-delà du contexte international propice à la hausse des taux, la France présente une singularité du fait de sa situation politique. Depuis la dissolution en 2024, l’écart entre les taux français et ceux des pays européens s’est creusé.

À l’avenir, ces difficultés pourraient encore être aggravées par la crise écologique. Une étude d’Allianz Research soulignait les coûts des chaleurs extrêmes pour la France, alors que nos marges budgétaires pour y répondre sont limitées.

Au-delà de la situation nationale, Bastien vous nous dites aujourd’hui que la construction européenne et en particulier l’euro protègent la France. 

Cela peut sembler paradoxal alors que le taux d’emprunt à 10 ans dépasse les 4 %, mais l’Europe protège la France en lui permettant d’emprunter dans une monnaie recherchée à l’échelle internationale.

D’une part, les taux faibles payés au cours des années 2010 ont été permis notamment par les programmes d’achat d’actifs mis en place par la Banque centrale européenne dont les achats nets puis les réinvestissements ont progressivement pris fin entre 2022 et fin 2024.

D’autre part, alors que la dette française est la dette la plus internationalisée du G7, et donc la plus soumise aux soubresauts du marché, les taux d’emprunt sont inférieurs à ceux du Royaume-Uni et des États-Unis.

Et en plus de la protéger, les pays européens peuvent inspirer la France

Oui, tout d’abord sur des dimensions paramétriques pour gérer la dette. 

Nous pourrions ainsi allonger la maturité de la dette, c’est-à-dire emprunter sur des durées plus longues, comme l’Autriche l’a fait en 2020 en émettant des obligations à cent ans à 0,88 % ; il aurait fallu le faire un peu plus tôt cependant.

On pourrait aussi développer la détention de dette publique par les épargnants français alors que le taux d‘épargne se situe à un niveau record depuis 1979, hors période COVID. La Belgique a émis en 2023 un billet à ordre d'un an assorti d'un coupon de 3,30 %, attirant des souscriptions pour un montant record de 22 milliards d'euros.

Mais au-delà de ces ajustements, l’Europe permettrait d’alléger durablement le coût de financement ?

Oui, elle pourrait y contribuer via les eurobonds, des obligations européennes à l’instar de celles émises pour le programme NextGenerationEU.

En complément des réformes des marchés de capitaux européens, c’est pour moi une clé : cela permettrait de constituer un actif sûr, commun, disponible à grande échelle pour les investisseurs.

Cette démarche aurait deux objectifs : 

  1. Attirer davantage l’épargne européenne vers nos investissements, alors qu’une partie est aujourd’hui investie à l’étranger et en particulier aux États-Unis.
  2. Définir un programme d’investissement d’avenir et le financer grâce à ces levées de fonds. 

Merci Bastien Beauducel, rendez-vous le mois prochain.

Un entretien réalisé par Florent Vautier.