Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, promet d’être un événement sportif colossal. Mais économiquement, est-ce que c’est une bonne affaire ?
Bonjour. La réponse courte, c’est : oui pour certains acteurs, non pour d’autres. Pour la FIFA, c’est un événement très rentable, avec des revenus attendus autour de 11 milliards de dollars sur le cycle 2023-2026, tandis que pour les pays hôtes, le bilan est plus nuancé, car ils supportent une partie importante des coûts logistiques et sécuritaires.
Justement, combien coûte l’organisation d’une Coupe du monde ? Et qui paie ?
Le coût total dépend de ce qu’on inclut. La FIFA finance une grande partie de l’organisation centrale et encaisse les principales recettes commerciales, billetterie et sponsoring, mais les pays hôtes paient aussi une facture lourde pour les infrastructures, la sécurité, les transports et l’accueil des supporters.
Dans le cas du Canada, par exemple, des estimations évoquent 1 à 2 milliards de dollars pour ses 13 matches, essentiellement à cause des exigences de la FIFA. Pour le Mexique et les États-Unis, les gains existent, mais ils sont surtout concentrés dans les villes hôtes et dans les secteurs hôtellerie-restauration, transport et retail.
Donc les États-Unis, le Canada et le Mexique ne “gagnent” pas tous de la même façon ?
Exactement. Les États-Unis sont le grand gagnant en volume, simplement parce qu’ils accueillent la majorité des matches et la plus grande partie des visiteurs. Mais en pourcentage du PIB, le Mexique pourrait voir le plus fort effet relatif, avec une hausse estimée autour de 0,1 à 0,2% du PIB, contre environ 0,05 point pour les États-Unis.Autrement dit, les États-Unis gagnent le plus en valeur absolue, tandis que le Mexique peut gagner davantage relativement à sa taille économique.
Et en termes d’argent direct, qu’est-ce que la FIFA redistribue aux équipes ?
La dotation 2026 est record : 727 millions de dollars distribués aux sélections participantes, avec 50 millions pour le vainqueur, 33 millions pour le finaliste, et au minimum 9 millions pour une équipe éliminée dès la phase de groupes.
En plus, chaque sélection qualifiée reçoit une enveloppe de préparation d’environ 1,5 million de dollars, ce qui porte le minimum à un niveau assez élevé avant même de jouer.
Prenons l’exemple de la France. Combien pourraient toucher les joueurs ?
En France, la pratique habituelle est que la FFF reverse une partie de la prime FIFA au groupe, souvent autour de 30%, avec une répartition interne entre joueurs et staff.
Si les Bleus gagnent la Coupe du monde, cela peut représenter plus de 12 millions d’euros à partager, soit plusieurs centaines de milliers d’euros par joueur, selon le nombre de parts et la ventilation entre joueurs et staff. Certains calculs évoquent autour de 425 000 euros par joueur champion, hors droits à l’image, qui peuvent encore augmenter le total.
Ça paraît énorme. Mais comparé à leur salaire habituel, c’est vraiment significatif ?
En effet, il faut relativiser. Pour un international français, cette prime peut représenter l’équivalent de quelques semaines, voire de quelques mois de salaire pour les moins bien payés du groupe, mais beaucoup moins pour les stars, comme M’Bappé ou Dembélé dont les revenus club sont très élevés.Pour un joueur moyen d’une grande sélection, la prime mondiale est un bonus exceptionnel.
Pour un joueur de très haut niveau en club, c’est important symboliquement, mais cela reste inférieur à ses revenus annuels de club, qui dominent largement.
Donc au fond, qui gagne le plus économiquement avec cette Coupe du monde ?
Économiquement, le principal gagnant, c’est la FIFA, parce qu’elle capte l’essentiel des revenus mondiaux du tournoi. Ensuite viennent les villes et secteurs directement exposés au tourisme, surtout l’hôtellerie, la restauration et le transport.
En revanche, pour les économies nationales, l’effet est souvent réel mais temporaire, et parfois décevant si l’on espère un vrai choc de croissance durable.
Un mot de conclusion ?
La Coupe du monde est un événement gigantesque, mais il faut distinguer la création de valeur globale de sa répartition. La FIFA en profite beaucoup, les pays hôtes profitent surtout localement, et les joueurs gagnent une prime très intéressante, sans que cela change radicalement leur niveau de vie par rapport à leurs salaires de club.
Espérons surtout que ce soient les fans qui vont vivre des moments de passion inoubliables. Allez les Bleus !
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.