L'éco de Marc Tempelman

Impact de l’attaque de l’Iran

Photo de mana5280 sur Unsplash Impact de l’attaque de l’Iran
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Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

Revenons sur les frappes américano-israéliennes spectaculaires menées le week-end dernier contre l’Iran. Elles ont visé des sites militaires stratégiques et plusieurs responsables politiques à Téhéran et ailleurs, entraînant des représailles iraniennes par missiles dans toute la région.


Marc, quelles sont les implications immédiates de cette escalade pour les marchés mondiaux ?

Ces frappes ont instantanément injecté un risque géopolitique majeur dans les marchés. Naturellement cela provoque un basculement vers les valeurs refuges, tandis que les coûts du pétrole repartent fortement à la hausse. Les contrats à terme sur le pétrole ont bondi de près de 3 %, le Brent dépassant les 72,80 dollars juste après les attaques. Les traders anticipent des perturbations liées à la production iranienne – environ 3,3 millions de barils par jour . Mais ils craignent surtout une possible fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial.

Justement, selon le Financial Times, une interruption durable des exportations iraniennes pourrait ajouter entre 10 et 20 dollars par baril. Et ce serait pire encore si Ormuz était miné ou bloqué. À court terme, à quoi faut-il s’attendre ?

Le FT a raison d’alerter. Même des perturbations partielles à Ormuz pourraient retirer jusqu’à 2 millions de barils par jour du marché dans un premier temps. Cela pourrait propulser les prix vers 90, voire 100 dollars le baril, surtout si des groupes alliés à l’Iran, comme les Houthis, entrent en jeu. Certes, l’offre mondiale reste relativement abondante, ce qui limite un peu la flambée. Mais une hausse de la volatilité est à anticiper. Nous pourrions voir une hausse de 10 à 20 % cette semaine si aucune désescalade n’intervient.

Au-delà du pétrole, les investisseurs se réfugient-ils massivement vers les actifs considérés comme sûrs, notamment les bons du Trésor américains ?

Absolument. On observe un réflexe classique de “risk-off”. Les obligations d’État américains, les US Treasuries, sont très recherchés dès que l’incertitude géopolitique augmente. Les rendements des obligations à 10 ans ont d’abord reculé sous l’effet de cette ruée vers la sécurité et tombent sous la barre des 4%.
Et cela alors que la hausse du prix du pétrole pourrait alimenter les craintes d’inflation. L’or, de son côté, a frôlé des niveaux records, et l’once d’or s’échange à nouveau largement au-dessus des 5 000 dollars. Si le conflit s’intensifie dans le Golfe, ces tendances pourraient encore s’amplifier.

Et du côté des marchés actions, faut-il s’attendre à une correction marquée ?

Un possible conflit long au Moyen-Orient n’est pas favorable aux marchés actions, tout simplement parce que l’environnement est perçu comme étant plus risqué, plus volatil. Les secteurs sensibles aux coûts de l’énergie, comme la technologie ou le transport, sont particulièrement exposés à des corrections.
En revanche, les valeurs de défense et de l’énergie pourraient mieux résister, voire profiter de la situation. Mais globalement, le sentiment reste négatif. Si le pétrole se maintient durablement à des niveaux élevés, le risque de ralentissement économique augmente, ce qui inquiète déjà de nombreux analystes.

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux investisseurs, notamment en Europe et à Paris ?

Tout d’abord et comme dans tout autre environnement de marché, je rappelle qu’il est crucial d’éviter les décisions impulsives dictées par l’émotion. Par ailleurs, je recommande de privilégier la diversification, par secteur, par classe d’actif et par exposition géographique, ce qui vous expose automatiquement à certaines valeurs refuges, comme les obligations d’état et l’or qui devrait protéger votre portefeuille en cas de correction prononcée.

Rappelons-nous aussi que personne ne connaît véritablement la durée de ce conflit. Soyons clairs, un conflit long pèserait sans doute sur la croissance mondiale. Mais une résolution plus rapide pourrait causer un rebond tout aussi rapide.


Un entretien réalisé par Laurence Aubron.